Considérations ferroviaires – épisode 1

 

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Laurie et David dans leur tenue quotidienne d’agents du patrimoine à la CCBD

 

 

« On ne sait pas ce qui nous attend sur les rails ! »

Si vous lisez ces mots, c’est que vous êtes sûrement assis sur les redoutables sièges en sky de la jolie et âgée micheline vanille-fraise plus connue sous le nom de « Veyn’art » ou en passe de le faire! Vous pensiez avoir réservé votre voyage, planifié vos activités, gouguelisé votre destination, minuté votre départ et votre arrivée ; bref, vous pensiez savoir où vous mettiez les pieds : dans un train.

Mais le Veyn’art n’est pas un train comme les autres, d’ailleurs à la connaissance de Laurie, nouvelle agente du patrimoine à la Communauté de Communes d’ici, « il n’en existe pas d’autres » !

Laurie et David, petits nouveaux de la CCBD sur le versant culture et communication remplacent Martine, grande manitoute de ce projet que vous avez sûrement aperçue si vous avez pris le Veyn’art les années précédentes.  Je les débusque dans leur bureau jouxtant l’écomusée ferroviaire, entre TGV magazine, maquettes de train en toutes les matières et casquettes de contrôleurs. Tous les deux historiens de formation, ce n’est pas du tout le train qui les a emballés mais plutôt la curiosité, qualité essentielle au métier. Et quelques autres détails… « Ça m’a rappelé ma région [St Etienne] où on a eu la première ligne de train industrielle », ajoute Laurie ; quant à David, « attaché à la vallée du Buëch et à son histoire, c’est plutôt « le côté multipartenaires » et « des gens avec la banane ! » qui l’a séduit. Tous séduits qu’ils sont, il y a eu quelques défis à relever dont l’adaptation à une nouvelle équipe et le manque de temps (4 mois pour préparer). Mais tout de même, « c’est génial d’avoir ce train qui révèle vraiment différents horizons pour faire découvrir une région d’un point de vue totalement nouveau dans une alliance des 4 : historique, artistique, gustatif et même sportif…On vous avait dit : tout est imprévu !

 

Mais que dire de la pérennisation d’un tarin touristique quand les trains ordinaires disparaissent des petites lignes?

D ‘après le documentaire « SNCF, quand le service public déraille » (disponible sur Youtube), le réseau ferroviaire français a été divisé par 2 en 80 ans, passant de 60000km à 30000km de voies. Alain Gardon, membre et fédérateur du « Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes » créé en novembre dernier et dont vous venez d’assister à une action ce 13 juillet 2017, donne son point de vue sur un sujet dont nous ne parlons plus guère tant il est devenu commun: une énième grève à la SNCF? Un énième retard? Des billets hors de prix? Faites du covoiturage! Alain explique donc ici en propos toujours mesurés, en quel sens le train peut avoir une utilité aujourd’hui et pour quelles raisons il s’avère nécessaire dans un avenir proche; notamment dans une région où Veynes, gare de « petites lignes », se situe au cœur d’axes très importants (Valence, Grenoble, Marseille, Briançon).

Pour revenir en quelque sorte à l’origine, pour quelles raisons défendez-vous le train ?

Là on parle maintenant de convictions, les chiffres existent mais ils sont toujours discutables. Ceux que l’on donne nous, comme ceux que donnent les autorités. Alors je vais prendre une image : à l’époque de mes parents, il y avait des trams qui desservaient tous les environs d’une ville ; par exemple à Grenoble, on desservait aussi le Vercors en tram. Puis la mode de la voiture est arrivée et on a détruit tous les trams. Jusqu’à ce que 50 ans après on s’aperçoive que c’est en fait une grosse connerie écologique ainsi que de circulation, de confort, de desserte, etc. On a donc reconstruit des trams. A titre personnel, j’ai la conviction que l’on est en train de faire exactement la même connerie avec les petites lignes de trains. On est en train de dire « ça coûte trop cher », en trichant sur plein de choses , car autant faut-il être auto-critique avec sa propre opinion des choses, autant il y a des choses qui m’apparaissent assez certaines dans la stratégie SNCF. Quand on veut se débarrasser d’une ligne, on commence par ne pas faire les travaux et diminuer les contrôleurs, donc ça dysfonctionne, les gens ne la prennent plus et à la fin c’est en effet facile de dire « mais vous voyez bien, personne ne la prend plus ! ». Ce phénomène est pour moi une certitude. Je pense donc que toutes ces petites lignes qu’on laisse pourrir parce qu’on ne fait pas les travaux nécessaires vont être supprimées. Dans un certain nombre d’années, on s’apercevra que les routes sont surchargées et qu’écologiquement, on court à la catastrophe. Je prends moi-même très peu le train car j’ai encore un pied-à-terre en Belledonne, inaccessible sauf par la voiture. Ce qui fait que concrètement je suis un mauvais défenseur du train car je prends très peu le train ! Malgré cela, je crois que c’est une erreur à long terme de supprimer les petites lignes. Je rajouterai une raison un peu « égoïste » : le car dans nos régions de montagne, ce n’est pas tout à fait la même chose que le car en région de plaine ! Mal de cœur, sécurité – surtout l’hiver : un car sera toujours bloqué avec la neige. A l’époque où la SNCF était sérieuse, on n’aurait jamais vu un train bloqué par la neige.

 

Pensez-vous alors qu’un train artistique tel que le Veyn’art pourrait apporter un point positif à cette politique ?

Je ne sais pas quelle est ma part d’optimisme là-dedans, mais oui, je pense que oui. Car le Veyn’art installe du plaisir de prendre le train même si cela est un train particulier, un train historique… ça peut redonner l’idée de prendre le train, d’autant plus qu’il passe ici par des lignes très belles et les voyageurs peuvent donc redécouvrir que c’est plus confortable qu’en voiture avec en plus le plaisir des yeux : on ne sort pas de livre, on regarde le paysage !

 

Voyez-vous d’autres solutions envisageables pour un avoir un impact sur cette politique?

Ca, c’est peut-être notre boulot principal ; on repère par exemple tous les dysfonctionnements des lignes afin d’avoir des chiffres, ce qui est un outil fort pour éviter la langue de bois des Comités de lignes…Mais rien n’est gagné.

 

 

En savoir plus sur le train haut-alpin:

*La voix ferrée des Alpes, journal dont le 2ième n° vient de paraître (parution aléatoire)

*Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes sur Facebook.

 

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