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Bienvenue dans la gazette du festival version longue et interactive!

 N’hésitez pas à commenter, de la manière qui vous plaira, en format et hors-format mais de manière sensée silvouplé!

 

Numéro 1 :

Entre-voix avec Philippe Séranne, pilote de la résidence

Entre-voix nues avec Elsa Gelly, femme à voix déshabillée (que la voix!)

Entrevue: Katrin Waldteufel, derrière son Cello

Interviou avec Line Tafomat, l’outsider du festival

Le Faï, késako – par Jade Pillard

Considérations ferroviaires – épisode 1

Voies littéraires (le train dans les bouquins)

Mais qui a donc fait l’affiche?! enquête sur les mystères de la dénommée « 4 étages »

Petits joueurs! – la page jeux du festival

 

 

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Réalisation: Agathe et Mickaël Relave

 

 

Numéro deuz: 

« Chansons pour arrêter le temps », ressentis de résidence (texte par la lumineuse Line Tafomat)

Double plateau pour le Faï : retour du 20 juillet

Pièce pour plasticiens: la résidence des pianos transformés

Entre-vins avec Vinomelody

Considérations ferroviaires – épisode 2

La Rotonde, késako?

Le Veyn’art, en de bonnes voix

Dans le Veyn’art: interview avec Nathalie Tison et ses multiples personnages

Dans le Veyn’art: portrait de sa croqueuse

La fabrique d’un festival – photos inédites!

Métamorphoses du piano et mélodie du vin: retour du 21 juillet

Line, la lumineuse; Cellowoman l’archet échevelé : retour du 22 juillet

Des mots et non des moindres: Elsa Gelly et Philippe Séranne; retour du 23 juillet

 

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Réalisation: les mêmes!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Métamorphoses du piano et mélodie du vin : vernissage

 

Deuxième évènement du festival d’arts et de chanson en lieux insolites, « les pianos transformés » ont su créer poésie et rencontres en ce vendredi 21 juillet dernier.

A FestiFaï, il est d’usage de se jouer du piano et de l’accorder en d’insolites harmonies : dans la cour de l’écomusée cheminot de Veynes, ce vendredi soir anormalement animée sous une pluie d’orage, une mélodie bien différente de celles des trains et des vieilles horloges ferroviaires fixées par le temps s’y élève. Notes de piano et bruit de bouteilles que l’on débouche ; le temps est à la fête, le temps est au vernissage des pianos métamorphosés !  Aux mains de quatre plasticiens professionnels et amateurs – Michaël Relave, Marie-Sophie Koulischer, Emilie Teillaud et Gaëlle de Feraudy, au terme d’une résidence d’environ 1 semaine, ont épousé ou décortiqué tables d’harmonies en de nouveaux accords sublimés tantôt « en convergence », tantôt « en contraste » par Philippe Rodriguez alias Vinomelody, caviste de Veynes. Lui-même plasticien de formation, la fibre esthétique qui l’anime se réveille alliée d’une pointe de spirituel à chacun de ses commentaires décapants. Dans un florilège d’adjectifs que Philippe Rodriguez anime comme s’il était partie prenante du piano, chacun se voit associer « un vin bio élevé en levure naturelle » aux noms de domaines inconnus des supermarchés et autres caves ordinaires. Du Viognier pour l’univers « chantant » et assoiffé de couleurs de Michaël, au rouge puissant évoquant épices et sécheresse de la garrigue pour le piano démantelé et sec de Gaëlle, en passant par les plus sensuels et enveloppés instruments d’Emilie et Marie-Sophie ; les visiteurs trinquent et se font leur propre idée, entamant de multiples « dialogues avec les œuvres d’art ». Véritable petite poésie de la rencontre, ces pianos sans le vouloir créent les liens : entre deux vins, Line Tafomat, chanteuse du festival, exprime sa joie par un « I’m feeling good » au piano d’Emilie, voix qui prend soudain toute la place dans le silence qui se fait autour d’elle. Deux très jeunes visiteuses venues aider Michaël Relave dans sa peinture se mettent elles aussi au clavier…  S’il ne faut qu’un piano et quelques accords pour rapprocher les gens, FestiFaï a trouvé le bon cru !

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Et pour finir sur une touche généreuse, un super-montage réalisé par Elisabeth Chedebois:

 

Vous en voulez plus? L’intégralité du tube de l’été « Avec ma grand-mère », c’est par ici!

 

 

 

 

Considérations ferroviaires – épisode 2

Samedi dernier, le Veyn’art faisait le concert prévu en gare de Sisteron…en gare de Veynes ! Et oui, petit incident technique (et probablement amour inconditionnel des Hautes-Alpes) ! Qui s’occupe de le réparer ? Le Veyn’art, est-ce la SNCF ? Enquête dans les méandres d’une coopération à quatre voix (encore !). En voici ici deux!

 

Julien, président de l’ATTCV – Association du train touristique centre-var, et très actif pour le Veyn’art nous donne un petit aperçu du métier de conducteur, de la mise en place du Veyn’art, et de bien d’autres choses encore…

Que fais-tu Julien ?

Je conduis pour l’association mais dans la « vraie vie » je travaille à la SNCF, je gère les TER. J’y gère tous les trains qui tournent en opérationnel dans la région, en ce qui concerne la journée du conducteur ; par exemple si un train est très en retard peut-être que le conducteur qui était censé finir à Briançon va se retrouver à Gap. Il va donc falloir lui trouver un hôtel ou un taxi. Je vais aussi gérer le matériel par exemple, s’il y a une avarie sur le matos en cours de route. On va appliquer des procédures et c’est moi qui vais gérer pour acheminer le matériel vers le centre de maintenance pour être réparé et rerouler derrière.

Depuis quelques temps, les trains ne sont plus très souvent à l’heure, n’est-ce pas de plus en plus difficile de gérer le tout ?

Sur la région, on a beaucoup de circulation, on a des retards qui sont liés à la fois à des problèmes de réseau qui est en train d’être rénové un peu partout et il  y a aussi des problématiques sur le matériel au sens où on a beaucoup de matériel différent.

Et pour le Veyn’art, quelle fonction as-tu ?

Pour le Veyn’art, je suis président de l’association qui préserve le matériel. Le matériel est confié par la SNCF à l’association et on a été sollicités par la Communauté de Communes pour faire circuler un train touristique sur l’étoile de Veynes. Nous mettons donc à disposition l’autorail, le préposé à la conduite et l’accompagnement et toute la maintenance qu’il y a derrière bien sûr. On est un train SNCF et on roule avec un cadre de la SNCF qui vient nous piloter sur les lignes. On connaît l’engin moteur mais on ne connaît pas l’infrastructure. Donc on vient nous dire à quelle vitesse on doit rouler, etc…

Et l’ATTCV là-dedans ?

L’association est maintenant basée à Carnoules, dans le Var et maintenant que c’est la 4ième année que le Veyn’art roule, on est en train de réfléchir à ce qu’elle soit à la fois varoise et haut-alpine pour que le Veyn’art puisse continuer à circuler et à se développer un petit peu.

Et pour préciser un peu, l’ATTCV exploite une ligne de chemin de fer entre Carnoules et Brignoles et qui fait 21km, fermée au trafic SNCF. C’est une ligne qui ne sert plus depuis plus de 30 ans et nous y faisons par exemple des circulations historiques.

 

Quand on vous a proposé le projet du Veyn’art, avez-vous accepté tout de suite ?

Oui, et on a porté toute la partie technique ferroviaire du projet du Veyn’art.

Comment avez-vous mené ce projet ? Quelles ont été les étapes ?

On fait tout d’abord une demande de circulation ; notre engin est déjà autorisé à circuler et on fait cette demande tôt dans l’année pour que la SNCF puisse vérifier que l’autorail puisse bien rouler et que tout ce qu’il faut faire soit fait pour qu’on roule en sécurité et qu’on ait des horaires car il faut s’intercaler entre les TER sans les gêner.  Il ne faut pas qu’il vienne perturber ces autres trains.

Etait-ce tâche aisée ?

Non, faire rouler un train aujourd’hui, c’est devenu compliqué. A la fois pour des problèmes de sécurité mais aussi d’organisation puisque quand on roule par exemple sur la ligne entre Aix et Veynes, entre les trains, il y a des plages travaux pour faire la maintenance de la voie et pour que le Veyn’art puisse passer, il faut demander à la SNCF si elle peut décaler les travaux pour laisser passer le Veyn’art. Ce sont des choses qu’on ne voit pas forcément mais il y a des opérations de maintenance assez fréquentes où des tournées sont effectuées à pied.

 

Le 13 juillet, on a pu voir une action « Grand Train Ta Marre » contre la fermeture de la ligne. Penses-tu que ce train touristique ou ce genre d’actions permettrait de conserver le train ?

Je pense qu’un train touristique sur la ligne Veynes-Grenoble montre que la ligne au-delà du transport quotidien pour le travail – cette dimension touristique – peut contribuer au développement de la ligne. Après c’est vrai que derrière, ce sont aux élus de choisir ce qu’ils souhaitent pour l’intérêt général. Parce que la voie ferrée, c’est comme la route, ça a un coût et on ne peut pas se permettre de faire rouler un train sur une voie ferrée qui est mal entretenue ou sur laquelle il peut y avoir un risque de sécurité mais encore une fois,  c’est aux élus de choisir ce qu’ils souhaitent pour la région, dans l’intérêt régional et général.

 

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en gare…
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Les techniciens ferroviaires nous aident à décharger l’piano!
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à la conduite du train et à l’écoute du concert!
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membres de la CCBD en voyage

 

On a ensuite interrogé Franck Gatounes, conducteur de trains depuis plus de 30 ans. Partant à la retraite dans 2 mois, il nous a fait une petite rétrospective ferroviaire. Cela fait maintenant 18 ans qu’il conduit sur l’étoile de Veynes (axe Grenoble, Briançon, Marseille) après avoir commencé en région parisienne. Sa ligne préférée est la ligne Veynes-Grenoble au travers du Trièves. Lorsque je l’appelle, il est en vacances, et pourtant le « clacclac » du train sur les rails se fait toujours entendre…

Est-ce que tu pourrais nous décrire un peu ton métier ?

Comment dire…C’est une bonne question ça ! C’est-à-dire que la conduite d’un train n’a rien à voir avec la conduite d’une automobile : quand on conduit une auto, on conduit par rapport à ce que l’on voit devant nous alors que quand on conduit un train, on conduit suivant différents types de situations qui peuvent arriver, on conduit par rapport à ce qui pourrait arriver ! Pendant la formation qui dure 18 mois, on nous apprend presque toutes les situations qu’on pourrait rencontrer. Pour la simple et unique raison que lorsqu’on est dans un TGV qui roule à 300km/h, il lui faut 3km pour s’arrêter, or nous n’avons pas la vision à 3km ! Même dans un TER, même en freinage d’urgence avec le matériel le plus moderne qui soit, quand on a freiné en 500m, c’est magnifique ! Et 500m, s’il y a une courbe, on ne voit pas du tout où on va s’arrêter.

 

As-tu également participé à la mise en place du Veyn’art ?

Oui, je suis aussi élu à Veynes ainsi qu’à la Communauté de Communes. Les autres années, il m’est arrivé aussi de conduire sur le Veyn’art en plus d’être acteur du projet.

 

Avez-vous rencontré des difficultés dans cette mise en place ?

Alors oui, c’est compliqué dans le sens où il faut s’intercaler avec tout le système de la SNCF. Par exemple, pour obtenir le droit de circulation au mois de juillet, il faut qu’on la commande au mois d’octobre- novembre. Il faut toujours prendre énormément d’avance avec la grosse grosse machine de la SNCF. Nous n’y sommes qu’un grain de sable, même en étant au premier plan en tant que conducteur.

 

On dit que la SNCF va mal en ce moment, le train devient extrêmement cher et plus très pratique…

Ce n’est pas qu’une question de coût, c’est aussi une question de fiabilité, c’est-à-dire que ce sont les régions qui commandent les trains et heures de circulation et c’est la SNCF qui doit mettre en place un plan de transport, mais la SNCF de son côté espace énormément les visites de maintenance des engins, ce qui fait qu’on a beaucoup de pannes; et ce pour pouvoir réduire les coûts, tout simplement. On trouve la même chose sur l’entretien des voies, c’est-à-dire qu’elles sont entretenues mais de plus en plus sporadiquement. Résultat, on a beaucoup d’accidents. En ce moment il y a beaucoup de travaux sur les lignes de l’étoile, mais c’est parce que l’entretien a été négligé pendant longtemps et il devient extrêmement nécessaire de les réparer. Après il existe deux solutions,  soit on répare, soit on diminue la vitesse.

 

Penses-tu alors que le Veyn’art pourrait apporter quelque chose de positif dans la politique du train ?

Oui dans le sens où il amène sur le réseau ferroviaire d’autres voyageurs qui n’ont pas l’habitude de prendre le train et je trouve cela très intéressant: quelqu’un qui vient passer un moment convivial entre un spectacle et une découverte du paysage, ce n’est pas forcément quelqu’un qui prend le train obligatoirement. On amène donc une autre population sur le réseau ferroviaire.

Un meilleur/pire moment sur la voie ?

Les pires, ça paraît logique, ce sont les accidents de personne. Les meilleurs, c’est quand on a l’occasion de conduire un train particulier, tel qu’un train de marchandise qui fait 750m de long, c’est la longueur maximale. Le Veyn’art aussi est original, dans le sens où c’est un autorail des années 50-60. Ensuite au niveau de la conduite, c’est ordinaire, mais au moins il n’y a pas du tout d’assistance technologique comme on le trouve dans les nouveaux trains. C’est bien aussi de savoir conduire sans ces aides!

***

 

 

 

 

 

La Rotonde, késako?

La Rotonde, lieu de concert du 23 juillet, est l’ancien emplacement de garage et réparation des trains; un cercle où défilaient wagons et locomotives sous une grande coupole. Il en existe encore, comme à Chambéry. Celle de Veynes, cependant, a été détruite en 1971 et a suscité beaucoup d’émotions; comme le témoigne ses quelques extraits…

[merci à la compagnie Dernière Minute pour ses extraits choisis!]

 

6 novembre 1971, la dernière rotonde de la région méditerranée part en fumée. Certes, elle était en mauvais état, mais elle était l’un des symboles de la gloire du PLM 36 voies et…72 fenêtres pour 80m de diamètre.

 Le personnel est utilisé à la démolition des locomotives…et là, y’a pas que la rotonde qui est abattue !… Roger Marrou, cheminot veynois (dit La Repi) en a fait un poème intitulé « la fin d’un règne » :

« La fin d’un règne

Ce lent écroulement leur rappelait soudain

Celui que les trompettes chantèrent avant combat

Bien des siècles en arrière, au bord du Jourdain.

Mais ce soir ne sonnait que le bronze d’un glas

Un airain qui pleurait sur une sépulture,

Des songes envolés, un règne qui s’achève.

Des illusions perdues que des foulées impures

Inexorablement repoussaient vers le rêve.

Puis la dernière pierre tomba comme lassée

Suivie par des regards perdus loin dans le temps

Qui tentaient de chercher les traces du passé,

Ce passé qui fuyait déjà depuis longtemps

Comme un vieux souvenir, un conte trop usé

Au passage des ans, et qui s’oublie bien vite.

Une larme brilla en goutte de rosée

Puis coula doucement sur une face cuite.

Il ne restait plus rien du colosse de pierre.

Rien qu’un immense vide emplissait le regret.

Là-haut dans le ciel bleu où planait la poussière

Un ange pris son vol ,bouté par le progrès.

Les yeux se détournèrent sur le gris du chemin

Où passaient lentement les fantômes ternis

d’une ère révolue que la main du destin

Refoulait sans pitié vers l’éternelle nuit…

Le long piétinement d’un groupe soudain las,

S’en allait tristement suivant une autre vie,

Foulant une autre route où résonnent les pas

De ceux qui auraient maudit cette lente agonie

Et le dépôt SNCF tomba… « 

 

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Dans le Veyn’art ensoleillé: la nostalgie jusqu’au bout

 

La fabrique d’un festival

Installation de la Rotonde : pied-à-terre sur une étoile

Un festival itinérant dans un train, ça fait rêver non ? FestiFaï et le Veyn’art l’ont fait, mais pas depuis un nuage : l’ambition onirique se heurte toujours à la réalité de la réalisation, notamment dans de tels projets impliquant une multitude d’acteurs, notamment la grosse machine de la SNCF. Il a fallu entre autres avoir l’accord de toutes les gares d’arrêts et dépêcher du personnel en plus – vu qu’il s’agit également « de périodes de congés », nous précise Brigitte –  chef de gare à Veynes, enthousiasme aux lèvres discret mais palpable et la conscience des précautions.

Quant au concert du 23 juillet clouant le festival, c’est aussi en gare qu’il va se dérouler, mais celle des trains, des anciens trains qu’on réparait sur une Rotonde, aujourd’hui friche industrielle, verdure réapparaissant entre les pavés et plateforme d’une jolie couleur rouille. Evidemment, même processus :  c’est ici un dossier complet, photos à l’appui qu’il a été nécessaire de transmettre pour obtenir l’autorisation de la région SNCF. On ne lésine pas ensuite sur la sécurité dans l’installation des gradins qui doivent être prêts à recevoir d’éventuels transports d’amour, de joie, ou autres effusions des spectateurs : « Imagine qu’ils décident tous d’un coup de se lever pour aller embrasser les artistes à la fin », lance Jean-Michel Pillone, en train de fixer avec attachement les planches qui accueilleront séants de spectateurs.

Bref, les rêves sont réalisables… avec un solide pied-à-terre !

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Nathalie Tison, en équilibre très stable entre lard et cochon

 

Bonjour Nathalie, es-tu Nathalie ? Comme on t’as vu apparaître sous divers personnages, je vérifie !

Oui, c’est moi ! C’est vrai que je me dédouble !

Alors puisque je parle à l’originel, pourrais-tu nous expliquer un peu la genèse de ces personnages que tu incarnes ?

J’aime beaucoup le théâtre de l’invisible, c’est-à-dire un théâtre où les gens ne savent pas si c’est du vrai ou du faux, ce n’est pas annoncé comme « du théâtre » et du coup être parmi la population et jouer des choses un tout petit peu décalé mais pas trop, quelque chose qui reste réaliste , c’est ça que j’aime bien. Et là c’est vrai que les personnages que j’ai créés ont été pensés pour le train et d’années en années je les affine, il y en a d’autres qui arrivent, je les essaye et de jour en jour, je les enrichis ou les transforme.

Moi, je fais plutôt du théâtre de rue: j’aime beaucoup cette forme où l’on est parmi la population avec quelque chose d’hyper démocratique dans le sens où les gens n’ont pas forcément payé leur place mais assistent à quelque chose d’incongru à un moment donné, et le théâtre de l’invisible, ça va encore plus loin. Ce n’est pas annoncé comme étant du théâtre, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de place pour cela et que ça peut se dérouler dans n’importe quel endroit de la vie; les gens ne savent pas si c’est du lard ou du cochon et j’adore jouer là-dessus. Après, la particularité du Veynart, c’est que les gens à partir du moment où j’ai joué un personnage, ils me reconnaissent donc ils jouent le jeu mais ne sont plus dupes. C’est pour ça que j’aime bien faire des petites escapades dans les gares parce que j’y ai un public plus frais qui se fait prendre au piège.

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Y-a-t-il un de tes personnages pour lequel tu aurais une préférence ?

En fait, je suis toujours en découverte et en recherche et j’essaye vraiment de rester dans le moment présent, c’est-à-dire de ne pas prévoir trop ce qui va se passer à l’avance car ce sont les gens qui vont me donner du jeu et les situations qui sont différentes donc pour moi, c’est rester ouverte à tout ce qui peut se passer. Après, hier, à un moment j’étais morte de rire car avec ma touriste voyageuse avec sa tente quechua gonflable – c’est un nouveau personnage que je teste cette année – il y a trois personnes qui n’avaient jamais monté une tente de leur vie, ils s’y sont mis pour m’aider et je les laissé  se débrouiller mais ils y arrivaient pas du tout et là j’ai vraiment eu du mal à me retenir de rire, c’était poilant ! Donc voilà, il y a des belles surprises. J’aime bien tous les personnages mais ça dépend plutôt des situations, de ce que me renvoient les gens.

 

 

Le best-off des moments magiques dans le Veyn’art

y’a eu le premier jour [le 13 juillet] quand on est allé à Embrun, le train était bien plein et tout le monde attendait la femme de ménage et ça créé des hurlements dans le train, des trucs complètement improbables. On s’est arrêtés à Gap ou à Embrun et là y’a tout le monde qui est sorti plus le personnel de la gare et j’ai demandé à un gars sur le quai de m’aider à nettoyer les vitres et là j’étais dans ses bras. J’aime bien me mettre en difficulté…S’il y a une difficulté je vais y aller pour créer l’accident et j’aime bien ces moments là qui sont très courts et imprévisibles.

 

Le 15 juillet, au retour de Grenoble, j’ai sorti la tête de Nénette par la fenêtre et je faisais coucou aux voyageurs sur la nationale. Comme la route est au même niveau que la voie ferrée, qu’il y a plein de passages à niveaux et qu’on roulait à 50km/h, on allait tout doucement et je pouvais leur faire coucou. C’était juste énorme parce que toutes les voitures klaxonnaient, c’était le feu sur la nationale ! C’est des moments que tu ne peux pas prévoir !

Et Nénette, c’est qui ???

Normalement, c’est un duo : y’a Mario et Nénette. Mario est resté à la maison. En fait ce sont des marionnettes que m’a cédé une compagnie et que nous avons repris avec ma compagnie Liquidation Totale, ce sont des personnages de rue, complétement en impro avec les gens et là je teste Nénette en solo donc ça me demande d’avoir pour partenaires de jeu le public, je dois aller chercher les gens beaucoup plus qu’en duo (qui est un spectacle de la compagnie).

Mais en fait, Nathalie, tu n’as pas fait toute ta vie du théâtre ?

Ca doit faire 10 ans que je fais du théâtre. C’est vrai que j’ai commencé par les Beaux-Arts donc j’étais plus dans l’art plastique bien que mon travail a toujours été un travail d’installation avec une scénographie et une participation du public où ce dernier était toujours impliqué dans l’œuvre pouvant la faire changer, l’influer. Il y avait déjà une forme de théâtralité. Et en plus, j’ai toujours joué avec ma voix et mon image, soit en me prenant en photo et en me mettant dans des mises en scène, soit avec des enregistrements de voix. Il y a toujours eu un rapport au jeu de ce que tu donnes de ton intimité et comment tu joues avec le faux/vrai donc quand j’ai découvert le théâtre, je m’en suis sentie super proche et le pas n’ a pas été compliqué à franchir finalement. Maintenant je peux en vivre donc je suis très contente!

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T’arrives-tu de te changer en un de tes personnages dans ta vie quotidienne ?

Tous les personnages que je joue – c’est un peu le cas pour tous les comédiens – c’est une petite partie de moi que j’ai développé, que j’ai poussé à outrance. Donc ils font tous partie de moi quelque part …mais après y’a pas de confusion hein ! C’est pas un dédoublement de personnalité ! Ca me fait rire, ça m’amuse !

Jouer de concert: quand deux festivals s’allient

Un partenariat réussi pour le Festival de Chaillol et le FestiFaï accueillis par la Ferme du Faï ce 20 juillet dernier pour un double plateau et un double plaisir.

On aurait plutôt l’habitude de voir les festivals se disputer le temps des potentiels spectateurs en cette période estivale.  Ce 20 juillet, ce fut l’inverse. La Ferme du Faï (commune du Saix), connue pour accueillir les chantiers de Village des Jeunes – association réunissant des jeunes de tous pays et cultures autour d’un projet commun concret-, a vu naître en son lieu et pour la première fois un double plateau Festival de Chaillol/FestiFaï.

Qu’on ne se leurre, pas cette collaboration provient à l’origine…d’un conflit de dates ! Les deux festivals souhaitaient organiser un concert au même lieu le même jour. Mais quelle belle rencontre que ce conflit a produite. D’un côté, le Faï représentant la marque de fabrique du FestiFaï, revenu après 3 ans d’absence à son berceau créé par Jean-Michel Pillone, directeur du la Ferme du Faï à l’époque, et Philippe Séranne ; de l’autre Chaillol, « conjuguant les joies de la découverte musicale à celles d’une joyeuse itinérance dans le vaste territoire alpin ». Côté organisation, ce dernier s’est chargé de la billetterie afin de faciliter l’entreprise déjà colossale.

Ainsi, rencontres des cultures liées pour un temps à ce qui semble son contraire – des identités culturelles marquées, la patte artistique de Chaillol ; la fête s’ouvre sur les ardents musiciens de Mazalda accompagnés de Sofiane Saidi, la voix du raï et Manu Théron, voix de l’occitan. Le raï se marie à l’occitan sans accroche et ondulent dans les corps ; ce n’est plus musique mais mouvement et les voix réveillent images enfouies de paysages imaginaires, invitent à la danse sous les sons aux limites de la trance.

Les Trompes du Faï, système sonore unique en son genre, se charge de la transition qui n’est pas des moindres, les accents de Sofiane Saidi répercutés en échos contre la falaise : de 10 musiciens, on passe à 4 – Elsa Gelly, Line Tafomat, Katrin’Waldteufel et Philippe Séranne accompagnés des 3 jeunes danseurs de la compagnie Chrysalide.  S’ensuit une toute autre exploration vocale, au doux mélange non pas raï mais plutôt railleur, tantôt mélancolique ou joyeux sur des chansons originales des chanteurs ou de reprises de classiques de la chanson. La fête fait place à l’intimité, aux harmonies soigneusement accordées, à la respiration du silence entre les voix et les corps. La musique s’achève, naturelle, dans la nuit qui a déjà pris les plus jeunes spectateurs, endormis dans les échos de la montagne.

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Vinomelody, accordeur d’harmonies

« Un bon spiritueux n’arrache jamais la gueule »

De la pièce de théâtre pour plasticiens en sages adages de caviste…. Il est en effet bien connu que ceux qui s’occupent des spiritueux planent aussi dans des sphères spirituelles. La preuve: qui donc fait la Chartreuse? Des moines. Et les bières d’abbaye, hein? Bref ici, Philippe Rodriguez alias Vinomelody, tout à fait versé dans le spiritueux et très spirituel- mais pas tout à fait comme un moine, nous a accordé une interviou presque normale, entre dégustation d’une bière fumée et d’un gin aux douces notes d’agrumes. De dégustations en digressions, voici l’intégralité de cette interviou.

 

Comment tu as accueilli l’idée d’associer un vin à un « piano transformé » ?

Assez favorablement dans le sens où dès qu’il y a un petit partenariat qui se propose avec des gens dans l’coin, ça me plaît bien.

En fait, ce n’est pas la première fois que tu fais cela, n’est-ce pas?  On t’avais déjà vu avec des chanteurs du festival en 2015 il me semble…

Oui c’est vrai. Et là, par exemple, j’ai un projet avec une chanteuse ibérique qui va se faire accompagner au piano, et à 3 nous devons monter un petit spectacle où elle, elle chante ses  morceaux et entre je présente des vins qui elle l’incite à chanter, qui moi m’incite à présenter un autre vin en une sorte de ping-pong comme ça.

Et à la fin d’un tel spectacle, on finit …

On finit contents ! Hyper contents ! [rires]

Et là ici le fait que ça soit des plasticiens, ça me remet aussi dans le bain, Ça converge avec ma reprise du crayon car, à la base, je suis diplômé des Beaux-Arts et j’ai été plasticien aussi. A un moment donné y’a plus rien qui sortait donc j’ai arrêté ce qui fait maintenant 15 ou 17 ans d’arrêt. Je me remets d’ailleurs en ce moment à faire des dessins qui se rapprochent de l’univers de l’art brut;  donc oui, ça m’a plu cette idée ! Surtout qu’à terme j’aimerais reprendre totalement cette activité pour lâcher celle-là. Enfin bon cette activité me fait plus vivre que l’autre ! [rires]

Oui, enfin d’après ton esthétique aperçue sur le site et quand je te parle, il me semble que choisir des vins est aussi entreprise artistique !

Ah bien sûr, tu ne trouveras pas ici ce qu’il y a au supermarché ou dans les chaines comme les Nicolas où les mecs sont obligés de prendre à la plateforme. Après il suffit que certains cavistes indépendants soient beaucoup plus commerçants. Moi je suis plus caviste que commerçant, je vais être beaucoup plus restrictif; mais déjà parce qu’on est dans le Buëch: il y a cette réalité économique et comme me dit un mec qui vient prendre du vin ici et qui est assez pointu en dégustation : « les meilleurs rapports qualité/prix je les ai toujours trouvés chez vous dans le sens où je comprends votre problématique où vous ne pouvez pas stocker énormément », parce que oui, ça coûte un bras le stock ! et encore un bras c’est gentil…

 

Payer des grands vins à 100/200/300€ une bouteille, c’est une pure connerie, aujourd’hui à 15€ t’as les mêmes vins. C’est ce que vont dire les vendeurs de luxe :  » nous on vend du rêve ». Non, « toi tu t’fout de la gueule du monde ». C’est ce que j’aime démontrer – pour les avoir goûté ces vins qui coûtent des bras.

 

Et alors pour revenir au sujet…

Donc oui, du coup j’étais content voilà ! [rires]

A quoi es- tu sensible dans le piano pour choisir un vin ?

Alors là il faut que j’y retourne ! J’y suis allé une fois, samedi dernier [2ième jour de résidence].

Ils t’ont déjà inspiré quelque chose ces pianos ?

Non pas vraiment. C’était presque un peu trop tôt et j’attendais en fait la quatrième personne [Gaëlle de Feraudy, arrivée un peu plus tard ] pour faire une composition équilibrée. Quand j’y suis allée samedi [14 juillet, 2ième jour de résidence artistique], j’avais l’impression que Marie-Sophie avait encore rien foutu – feignasse ! [rires] Avec les deux Lyonnais, c’était plus avancé, notamment avec Emilie.

Et du coup, que regardes-tu dans le piano, qu’est-ce qui attire ton œil avisé esthétiquement parlant ?

Ce qui va forcément être déterminant, c’est l’appropriation du piano car ce sont à peu près tous les mêmes, des pianos droits. Par exemple, j’ai vu que Emilie avait créé un univers un peu lyrique, un petit univers de fées.

Tu avais vu leur univers avant ?

Non, après c’est un problème de contagion. C’est comme quand tu dégustes avec des copains, t’es là, tu cherches une saveur, une odeur, quelque chose qui en fait est propre à tes sens, ton vécu, ton histoire et pi là y’en a un qui dit « : fraise ! ». Et toi: « ah, c’est ça j’y étais, merci parce que sinon je n’allais pas trouver ». Mais en fait non, tu avais quelque chose en tête et comme le cerveau est très feignant, il va chercher au plus facile : « ah ben tiens tu m’enlèves une épine du pied. Qu’est-ce qu’on goûte maintenant qu’on a trouvé la fraise ? »

Je ne voulais donc pas trop voir en amont ce qu’ils faisaient pour me débarrasser du « tout cuit » : « bon voilà celle-là elle a cet univers-là, ok », je voulais vraiment voir s’il y avait quelque chose de plus qui se passait avec l’interaction avec le piano, tous les 4 pour isoler cette proposition.

Ca marche aussi en dessin: tant que je n’ai pas emmagasiné un tas de choses personnelles, je ne me sens pas de repartir sur d’autres influences que j’avais avant, c’est-à-dire que je ne replonge pas encore dans les univers d’arts plastiques pour éviter un parasitage trop précoce. Je pense que toute reconstruction quelle qu’elle soit part de là, de toi. J’ai des potes qui hallucinent par exemple de voir comment on est comment on réseaute mais en même temps ce truc-là, ce bonheur, tu ne le trouve pas par terre. Tu peux être prêt à te tourner vers les autres si déjà tu as fait un chemin vers les autres et que tu es dispo, que t’es suffisamment solide pour aller vers les autres.

Ah, ça devient très philosophique! Y-a-t-il un autre critère dans le choix des vins que la pure esthétique?

Il y a aussi la question du coût à prendre en compte bien sûr, on va taper dans les 8-10€ la bouteille, y’a des choses très bien dans ces prix-là. Allez, j’vais pas m’faire chier, j’vais prendre un blanc, un rosé, un rouge.

Nan mais y sont 4 les plasticiens hé !

Alors euh blanc, rosé, un rouge, blanc …nan, blanc, rosé, un rouge euh …une bière ! Non, je plaisante,  si ça se trouve il y aura pas de blanc du tout. Je vais voir comment ça se présente!

 

Et « Vinomelody », ça vient d’où?

La mélodie du vin? Eh bien non: cette melody là provient de la célèbre chanson de Serge Gainsbourg. La seconde partie vient d’un personnage inventé « Nicomelody »; et tout de même…du vin!

 

Philippe Rodriguez est installé depuis 12 ans dans le Buëch et 3 ans dans sa boutique de la Place de la République à Veynes, qui ne contient les vins que d’amis et « de connaissances dans le pire des cas ». Il se souvient de marchés à Veynes, levé à 6h30 et revenu à 12h30 ayant vendu en tout et pour tout une bouteille de jus de fruit. Car oui, il vend aussi du jus de fruits – ou vendait car « personne ne vient acheter du jus de fruits chez le caviste » – du thé, et du café; les bonnes choses qui se dégustent, s’explorent, se développent au palais se colorant d’adjectifs en tous genres lorsqu’il les se met à les décrire.