HOrS-fOrMAt

« Chansons pour arrêter le temps », ressentis de résidence

On demande souvent l’avis du public, on demande plus rarement celui des artistes. Que pensent-ils de leurs concerts en gare et de la résidence, les 4 chanteurs du FestiFaï ? Enquête spéciale d’Hors-Format réalisée par l’interviouvée elle-même (autant vous dire qu’elle est spéciale celle-là !).

J+7 déjà (et que) une semaine qu’on joue ensemble, qu’on explore nos univers respectifs, qu’on fait connaissance musicalement et humainement.

Musicalement, à J+7, on a appris les chansons des uns et des autres, on se les approprie, on s’amuse aussi, allant là où on n’a pas l’habitude de s’aventurer, hors de la zone de confort. A J+7, le répertoire au début disparate s’étoffe, s’assume, se pose. Du coup, la folie s’immisce et accentue le contraste pour dessiner le relief.

Humainement, à J+7, on titille les tics découverts au fil des répétitions, on cerne nos limites qu’on ose pousser pour les dépasser et avancer ensemble, dans le respect de chacun. Car tout professionnels que nous sommes, à J+7, quasi 24h/24, on a chacun-e eu un moment de tristesse, de fragilité, de stress, de doute. Et parce qu’en même temps que la musique s’écrit, les humains se lient, ces moments on les transcendent, dans l’échange, la parole, le chant.

Rythmés par le balancement du Veyn’art, les jours se suivent et ne se ressemblent pas, ponctués de rencontres en tous genres, de chocolat au lait et des chaleureux repas d’Aline [non, pas la contrôleuse du Veyn’art mais la responsable accueil des artistes sur le FestiFaï !] …

L’aventure continue, prochaine étape : le FestiFaï…A J+7, ce n’est pas encore fini qu’on pense déjà à revenir…

Par Line Tafomat, dans le Vey’nart au retour d’un concert en gare de Briançon

 

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Générale, 19 juillet [photo: C.Mery]
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En gare de Briançon, 16 juillet, 10h35 [photo: AA]
 

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A la résidence vocale des 4 chanteurs, s’est immiscée la résidence dansée de la Compagnie Chrysalide qui a eu 2 jours pour mettre en mouvement « Chansons pour arrêter le temps ». Retour sur leur travail et sur leur ressentis de danseurs dans un lieu atypique qu’est le Faï.

Hf: Comment avez-vous procédé pour vous intégrer à ce que les chanteurs avaient déjà construits?

Christelle, chorégraphe de la compagnie Chrysalide: Très simplement: en amont, je connaissais l’univers de Philippe [ Christelle a travaillé avec Philippe Séranne sur la scénographie] et il m’a également envoyé des extraits musicaux des 4 artistes sur scène. Sinon, on a écouté ce matin tout le set musical, on a échangé à propos des moments où les chanteurs et moi-même voyaient de la danse. Puis j’ai enregistré ce qui m’intéressait d’eux au niveau musical et on s’est retirés avec les danseurs pendant une demi-journée pour travailler et structurer chorégraphiquement parlant. Enfin, on a reéchangé avec les chanteurs en fin d’après-midi.

Hf: Dans la chorégraphie, travailles-tu à partir de la musique ou bien directement du mouvement?

Christelle: Les deux; la musique est très écrite donc on essaye de se caler sur elle. Ensuite, mes consignes pour les danseurs, ce sont des choses qui ont trait uniquement au mouvement.

Hf: Y-a-t-il des moments musicaux qui provoquent particulièrement le mouvement pour vous, par exemple avec la voix du violoncelle?

Christelle: Ah oui effectivement. On danse principalement sur les morceaux de Line qui étaient extrêmement inspirants: ça a tout de suite parlé aux danseurs de retrouver cette rythmique très présente. J’ai fait le choix de ne pas intervenir sur les chansons à trop-à-texte car il y a des chansons qui s’écoutent et trop de visuel tue le texte. Il fallait donc trouver un équilibre entre tous les arts ici présents et les chansons de Line s’y prêtent assez bien. Ensuite, on a les Trompes qui sont un vrai bonheur; avec un vrai travail d’improvisation et un son vraiment particulier, qui pose une ambiance un peu magique, de science-fiction…

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Pendant la générale, le 19 juillet [photo: Claude Mery]

A quoi êtes-vous sensibles lorsque vous dansez dans ce spectacle ?

(Hf précise que la question a été posée séparément aux 2 premiers)

Camille, 22 ans, a commencé la danse dans sa baignoire – à tout ! Le lieu, l’ambiance, le son…on reçoit beaucoup d’informations et il faut composer avec cela. Dans une des chansons, j’ai commencé à improviser dans quelque chose qui n’est pas mon répertoire et c’est resté, c’est intéressant, ça me met en difficulté !

Adrien, 20 ans, médite quand il ne danse pas– à tout ! Le lieu, les personnes, la musique…et de toute façon quand la musique s’arrête, celle-ci est encore dans le silence, dans la respiration.

Céline, 18 ans, fière bachelière – à ce qui se passe en moi quand je danse, j’essaye de me regarder danser, c’est comme s’il y avait des petits explorateurs dans mon corps ; oui, cette conscience du corps. Et de celle des autres aussi, car nous sommes un groupe.

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La croqueuse du Veyn’art: portrait

La croqueuse du Veyn’art : portrait à 9h23, le samedi 15 juillet

A l’ombre sur un banc, elle dessine pendant que voyageurs débarquent et embarquent. Elle s’en fout un peu du train. Ce qui l’intéresse, ce sont les paysages, les personnages. Une situation ou une scène, « une tranche de vie » qu’elle croque pour le plaisir. Ce n’est pas son métier, quoique l’on pourrait dire que ça l’est puisqu’elle fait cela « pour se changer les idées depuis qu’elle est à la retraite ». Depuis sa retraite de l’informatique où elle peignait tous les soirs pour équilibrer sa vie, elle voyage en carnets. On pourrait dire « elle visite » car ce n’est jamais très loin qu’elle bourlingue : Hautes-Alpes, Italie…à côté tout ça ! Mais c’est ceci, le vrai voyage : « il y a tellement à découvrir que ça suffit ! ».  Son mari gravitant autour, complète avec enthousiasme ses propos, peu prolixes, qu’elle réserve à la couleur et au tracé : « c’est aussi rendre hommage à tous ces hommes, ces ouvriers de ces lignes de chemins de fer ! Cela permet de comprendre un peu ces gens, de comprendre le boulot qu’ils ont réalisé : les tunnels, les voies dans des régions montagneuses… Son ton accuse les lignes qu’elle vient de tracer : « et voir que beaucoup en a été détruit ou est en train de se détruire, c’est dommage, c’est presque une insulte à tous ces travailleurs !». C’est lui qui aura le mot de la fin puisque Mireille, elle, esquisse : finalement, « le train c’est serein » !

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Mireille Gullo a commencé à dessiner avec le Veyn’art en 2015. Depuis, on en redemande et elle revient donc.

Elle-même et son mari Jean-Claude participent à la Journée Mondiale du Croquis, elle aux images, lui aux mots. Ils organisent également des projets en partenariat avec la ville de Gap – et les enfants de la ville  – pour les journées du patrimoine.

Leur site : http://instantscroquis.blogspot.fr/

 

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Pièce pour plasticiens

Par contagion de la métamorphose, le reportage sur la résidence des pianos transformés s'est mué en pièce de théâtre sous ce magnifique titre que voilà...

D’où vient votre inspiration, du piano ou d’ailleurs ?

(« Comme de longs échos qui de loin se confondent/ (…) les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » Baudelaire)

une pièce pour un nombre pas tout à fait défini d’acteurs d’après les propos réels de personnages réels dans un décor que l’on pourrait penser réel.

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant tout à fait réels, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé n’est pas vraiment une coïncidence. »

 

Personnages en ordre d’apparition non respecté

Emilie, plasticienne et compagne de Mickaël

Mickaël, plasticien et compagnon d’Emilie

Gaëlle de Feraudy, plasticienne

Marie-Sophie Koulischer, plasticienne

Agnès, observatrice

Les Belges germanophones en vacances

Léa, veynoise et serbo-croate d’adoption

 

Jardin de l’écomusée cheminot de Veynes. On entre par une grille ouverte, piano à l’entrée accueillant le chaland. Le soleil de fin de matinée y troue l’ombre rafraîchissante dans laquelle les pianos reposent, livrés aux 4 paires de mains des plasticiens. Des anciennes horloges ferroviaires à l’heure aléatoire réinventent le temps. Autour des pianos : un vrai bordel de papier, crayons, pinceaux de toutes tailles, peintures, visseuses, pinces, boîtes à outils, lianes de clématite, marteaux à piano, bombes de peinture, grands et petits pots de peinture, godets d’eaux colorées….Bref, un vrai bordel !

 

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Mickaël Relave: un p’tit bazar organisé

 

 

Acte I, scène I

Depuis la grille, c’est le piano de Marie-Sophie, recouvert d’une sorte de robe blanche, qui nous attrape l’œil. Mais Marie-Sophie n’est pas là. A gauche, le long du mur, Emilie et Mickaël fignolent leurs peintures. Plus loin, Gaëlle, arrivée un peu après, commence tout juste à décortiquer un piano. Bruits intermittents de piano en détresse.

 

Agnès, parapluie argenté à la main – Bonjour bonjour !

Emilie – wa trop bien ton parapluie ! J’en veux un aussi ! (Emilie a le goût de l’argenté)

Agnès – Je t’en donnerai les références va. Alors, ça se passe bien ? C’est plutôt le piano ou votre inspiration intérieure qui vous fait faire ces jolies choses ?

Emilie, la femme qui peint des femmes aux jambes molles – c’est viscéral, généralement ça vient d’un coup, sans pause. Et j’ai tout de suite eu un coup de cœur pour ce piano qui était blanc et argenté.

Mickaël, en t-shirt superman et pantalon à trous et à couleurs –  Moi, c’est la forme de mon piano, le support qui m’inspire. Mais là, c’est Emilie qui m’a piqué mon piano, elle a crié : « lui, jle veux !», j’ai pas eu le choix ! Alors je me suis contenté de celui-ci (tend la main vers un piano à la robe brune). En fait, ici, je voulais une envolée d’oiseaux mais ça a bifurqué sur autre chose. Mais comme on peut le constater, je suis dans ma période végétale ! – il est en train de peindre des feuilles, des roses violettes, des lianes et autres végétaux sur le cadre du piano.

Gaëlle, derrière, nous arrose de sons dissonants, ouvrant les viscères de la bêtes – Quant à moi, j’ai un piano chez moi, je l’ai observé pour pouvoir découper celui-ci en morceaux.

J’appuie sur une touche – silence-. Ah oui, au moins on ne joue jamais faux avec celui-ci !

Soudain un cri brise le silence :

Emilie – aaaa j’ai perdu mon stylo fétiche ! où est mon stylo ???

 

Acte I, scène 2

Même endroit. Agnès a posé son parapluie et son sac sur une chaise près du piano de Gaëlle. Elle se balade entre les pianos et prend quelques photos. Emilie farfouille pour chercher son stylo. Resoudain, grand cri de piano du côté de Gaëlle comme un écho au cri d’Emilie. Cette dernière se penche, ramasse quelque chose.

Emilie – ah, j’ai retrouvé mon stylo !… Ben alors Gaëlle tu te venges ?

Gaëlle, l’air discret mais redoutable – Ah et bien j’ai pris des cours de piano quand j’étais petite et je me souviens très bien que j’avais triplé ma première année, il y a peut-être quelques souvenirs qui se réveillent…Maintenant j’ai une fille qui fait du piano, j’essaye de l’en dissuader mais ça marche pas trop. Du coup là, ça me va très bien de découper un piano en morceaux, c’est plutôt défoulant !

 

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Gaëlle de Feraudy décortiquant

 

 

Acte I, scène 3

Même décor.

Agnès à Mickaël et Emilie– et les vôtres, ils jouent encore vos pianos ?

Mickaël– oui oui, Philippe va essayer de les accorder pour le vernissage. Ça va être d’enfer.

Agnès tripote les touches du piano d’Emilie. Sons de piano : sons graves pas trop piquants. Sons aigus un peu plus piquants. Emilie plaque deux trois accords. On entend un homme gueuler un truc.

Emilie – eh il m’a dit « ta gueule » le mec !

Mickaël – vazy c’est qui là ? C’est le papy d’en face ? C’est l’mec dans la rue ? Le mec d’à côté ? vazy c’est qui ?

On voit un homme à la fenêtre du deuxième étage de l’immeuble d’en face qui nous observe. Emilie lui fait coucou, il renvoie son coucou.

Emilie, toujours optimiste – ba voilà, il suffit d’être souriant.

Mickaël, un tout tout petit peu ironique – oh c’était ptète à sa femme qu’il disait « ta gueule »…

 

Acte I, scène 4

Même décor. Agnès est assise sur une chaise. Derrière Gaëlle s’acharne toujours délicatement sur son piano. Agnès change de sujet – ce n’est pas que la femme du voisin ne l’intéresse pas mais elle a quand même des informations précises à recueillir.

Agnès –Emilie, j’ai remarqué que tu peins sur des coussins ; là c’est un piano : tu aimes les supports originaux dis-moi !

Emilie, qui ne sait plus où commencer – d’autant plus qu’elle fait deux choses en même temps, c’est-à-dire qu’elle envoie des photos sur Facebook à Agnès tout en tentant de contenir en quelques mots sa création – Ah ben tiens, un exemple récent de support original : j’ai créé un top pour le Festival de Cannes. C’est l’actrice Victoria Wmszpk [nous conservons ici l’anonymat des personnes célèbres] qui l’a porté à la montée des marches.

Agnès – Victoria qui ?

Emilie – Victoria Wmszpk. Elle a bossé avec Alain Chabat notamment.

Agnès, apparemment toujours dans le flou de l’ignorance peoplesque – Connait pas. Mais impressionnant tout de même ! Ça coûte combien un t-shirt comme ça ?

Emilie – Oh, 250€.

Agnès – Ah oui. Modeste.

Emilie – Oui bon, j’ai créé aussi des coussins que je vends 45€. J’essaye d’avoir toute la gamme de prix dans mes créations.  Tiens, j’ai mon book ici.

Elle va chercher un livre dans le bazar de peintures et autres ustensiles plastiques qu’elle tend à Agnès.

 

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Crayon sur piano – Emilie Teillaud

 

 

Acte II, scène 1

Agnès consulte le book d’Emilie, un livre tout en longueur où l’on retrouve coussins, chaises, robes de mariées aux couleurs et aux formes arrondies du pinceau d’Emilie. Beaucoup de femmes à jambes molles notamment.

Agnès – Gaëlle, tu as une collection comme ça de tes œuvres ?

Gaëlle, toujours en train de pincer et décorder le piano – Non, pas du tout. Moi, je suis instit à mes heures perdues, avec les tout-petits. C’est génial, y’a vachement de liberté. Du coup, mes œuvres, je les fais comme ça pour le plaisir, et parfois je les offre à quelqu’un. C’est tout en fil de fer et en papier de soie. Quand tu enduis le papier de soie de vernis-colle, il prend cette teinte transparente et lumineuse. Et en fait, les photos que je t’ai données ont été faites par un ami qui adore la photo.

Agnès – Et toi Mickaël, t’as un book ?

Mickaël – ben non.

Emilie – Mais si, il est où ton book ?

Mickaël – Mais non j’en ai pas j’te dis !

Emilie – Bien sûr que si, le catalogue que tu as vendu aux clients là…

Mickaël – ah mais oui mais j’en ai plus. Et puis de toute façon j’ai un site !

Emilie – Ah ouai d’accord alors t’as un site donc les gens n’ont pas l’droit à un book !

Mickaël – ba… si tu regardes le piano, c’est un peu ce que je fais !

 

(Aparté : Mickaël et Emilie se sont rencontrés à une soirée barbecue d’un pote de basket pour Mickaël, d’un pote de pote pour Emilie. Emilie, à l’époque, était en fac de psycho et kinésiologie. Depuis, la création l’a dépassée. Entre temps, ils se sont séparés « il m’a largué. J’mettais pas assez d’glaçons dans son pastis » « ouai chuis chiant, avoua-t-il ». Et puis voilà, là ça fait 18 ans qu’ils sont ensemble. Maintenant, ils promènent leurs enfants dans une cariole le long des doux ruisseaux vaseux de la cité sainte qu’est Ars. Ils ont aussi essayé de se marier. Ils se sont vraiment mariés mais la fête de mariage était -comment dire – originale. La raconter semble avoir fonction catharsistique, ce qui est doublement intéressant. Et puis c’est drôle. Fin de l’aparté)

 

Acte II, scène 2

Entre des inconnus. A leur accent, on devine une sorte de germanité prononcée. Ils regardent un peu les pianos puis s’arrêtent devant une installation de jardinières-bouteilles en plastique.

Un touriste– Was machen Sie hier?

Agnès, dans un allemand approximatif – Wir machen eine FestiFal. Musik und Art. Und dir ?

Un touriste – Nous sommes en vacances.

Agnès– Ah mais vous parlez français ! Vous venez pour la première fois ?

Un touriste – Non, mon fils habite à St Auban d’Oze.

Un autre touriste – On vient de la Belgique.

Agnès –  ah des Belges germanophones !

Sur cette conversation profonde, les Belges germanophones en vacances, enthousiastes à cette vue rafraîchissante et rassurés sur le niveau d’allemand des Français qui sont pas plus nuls qu’eux dans la langue de Proust, Marc Levy, Molière, Houellebecq, choisissez celui qui vous convient – continuent leur balade parmi les pianos puis ressortent par où ils sont venus.

 

Acte II, scène 3

Après ces dernières scènes chargées en émotions, Agnès est allée faire un tour. Pendant ce temps-là, Marie-Sophie arrive. Quand Agnès rerentre, elle est en train de discuter avec Emilie. Gaëlle est toujours concentrée sur le fastidieux et méticuleux boulot de décordage ; elle ne s’arrête plus ! La conversation est prise au vol.

 

Emilie – Oui moi aussi ça a évolué. C’est difficile de s’arrêter parfois, j’aimais bien aussi les débuts de mon piano qui me faisaient presque penser à une BD d’Enki Bilal.

MSK– Oui, pas évident de s’arrêter au bon moment. Les idées évoluent.

Agnès, sautant sur l’occasion – Ah Marie-Sophie, toi c’est le piano qui t’as inspiré ce que tu as fait ?

MSK–  Moi j’avais beaucoup d’idées avant de commencer, je voulais de la légèreté.

Agnès, amusée – ah pour contraster avec le poids du piano !?

MSK, un peu confuse dans ses propos (c’est ça les artistes) – oui mais avant j’avais quelques souvenirs plutôt horribles de cours de piano étant petite. Et quand j’ai vu mon piano, mes idées ont complètement changées. Il y a pour moi cette idée de légèreté dans la musique que je voulais représenter.  Là j’ai ajouté du végétal, et ici (elle montre le bas du piano) ce sont donc les petits ouvriers du piano.  Et là en fait (elle montre le haut du piano), ce que j’ai fait ne me plaît plus : il me faut plus de courbes pour que ça soit plus léger ! Je veux adoucir le piano, l’arrondir.

Agnès – Ah oui, ce n’est pas ton support de prédilection il me semble ; d’habitude c’est plutôt le « tout végétal » non ?

MSK– Oui mais du coup, ça m’a fait réfléchir et poser des questions que je ne me serais pas posées autrement.

Agnès, en montrant la tête d’un des « ouvriers du piano » – et ça c’est quoi ?

MSK– ce sont des physalis – ou « amour en cage ».

Agnès– chouette nom, tu les as choisis à cause de ça ?

MSK– ah non, plutôt pour leur forme et leur texture.

Agnès – oui, c’est vrai que ça leur sied bien à ces petites créatures. (Elle fait un petit tour dans la cour. Les horloges, fixes, la regardent). Bon, moi j’m’arrache, on m’appelle ailleurs. Travaillez bien !

Agnès s’en va. Les quatre autres restent, leurs 4 paires de mains « pianotouillant » sec.

 

MSK
Marie-Sophie Koulischer, aérienne

 

Acte III, scène 1

Saut dans le temps : nuit, dans la voiture de Marie-Sophie descendant du Faï. A l’intérieur : Gaëlle, Marie-Sophie, Agnès et Léa. Un cubi de rouge traîne aux pieds de Léa, très élégante dans sa robe longue à rayures. Elle fait la moue : ça la gonfle d’être avec des gens qui parlent d’horaires et de trucs de festival. Gaëlle, Marie-Sophie et Agnès parlent justement du festival. On descend dans la nuit, nuit où la montagne ne dort pas encore : un lapin manque de se faire aplatir, un tracteur travaille encore, deux ploucs le long de la route, jouant avec leur lampe de poche, nous gueulent « ah on vous a fait peur ! » (en fait, non). On prend la conversation en route.

 

Agnès – Bon finalement, Emilie et Mickaël n’ont pas trop pris de risques par rapport à vous : vous, le piano ce n’est pas forcément votre support de travail…

Gaëlle – ah ouai, ben moi ça ne m’a pas dérangée (on sent le souvenir pesant de cette première année de piano triplée) !

MSK– Oh peut-être, mais justement ça fait poser des questions. Emilie et Mickaël ont leurs univers picturaux bien à eux…D’ailleurs j’étais étonnée quand j’ai vu les photos sur le site, je trouvais qu’il y avait beaucoup de similitudes entre eux deux : la même souplesse du trait, les mêmes coloris parfois.

Agnès – Ah c’est drôle, à part quelques éléments, je n’ai pas du tout observé ça. Emilie m’a juste fait remarquer qu’elle se sentait très proche de l’univers d’Elizabeth Brainos qui expose à Veynes, elle est apparemment assez connue.

MSK– Ah oui, effectivement ; c’est à la galerie G’M ! Bon ils m’ont dit les deux qu’ils ne travaillaient généralement pas ensemble, mais sur les pianos, ils se demandaient toujours leurs avis respectifs et ils utilisent aussi les mêmes outils, les mêmes stylos.

Agnès – ça ne marcherait pas avec Gaëlle ça ? Tu lui prêtes tes physalis, elle te prête la perceuse…

Léa, avec le mot de la fin philoso-nostalgique – Nek’bude šta bude. (« Que soit ce qui sera »).

Sur ces mots sages, nous débarquons car la voiture arrive à destination. Gaëlle et Léa descendent (avec le cubi de rouge), puis Agnès et enfin Marie-Sophie. Les conversations s’éteignent : c’est pas grave, on se verra demain.

 

FIN

Mais ça continue sur la galerie des pianos ici!

Et en exclusivité, petit bonus sur les techniques des plasticiens…

Le Faï, késako? – par Jade P.

Le Fai-panorama

Le Faï, certains connaissent bien; d’autres nous regardent circonspects à la mention de « Trompes » et de « chantiers »! Notre envoyée spéciale, Jade Pillard, en service civique sur les lieux de mars à novembre 2016, a eu grandement le temps d’enquêter. Elle nous éclaircit le mystère en ombres chinoises, ouvrant la voix de notre curiosité.

Le Faï, c’est d’abord le nom d’un lieu. Un lieu faisant parti de la délégation « Les villages des Jeunes » de l’association Solidarités Jeunesses.  En clair, ce sont des personnes ayant un objectif commun : vivre-ensemble. Cet objectif se construisant au travers de chantiers regroupant des personnes de tous horizons. Chantiers animés par la volonté d’abaisser les barrières entre les âges, les cultures, les langues, les pays…
Mais le Faï c’est aussi tout ce qu’il t’arrivera si tu y monte (attention tu risques de te laisser porter par l’imprévu) :
Sur le chemin, tu te feras guider par diverses créatures… quand tu seras arrivé, tu le sentiras. Tu te laisseras le temps qu’un frisson de magie te parcoure.
Si tu entres dans la cuisine, tu auras surement la chance d’y sentir l’odeur sucrée du pain perdu ou celle épicée d’un plat exotique qui mijote sur le feu.
Tu y rencontreras des gens d’ici et d’ailleurs, tu riras aux éclats, tu y apprendras beaucoup, tu te feras des amis sincères et peut-être même que tu tomberas amoureux…
Quand le soleil aura disparu derrière la falaise, tes yeux se rempliront d’étoiles aux reflets argentés.
Tu tendras l’oreille, et te laissera envouter par le chant de la montagne.
Enfin, tu en partiras avec une envie, celle de changer le monde.

 

 

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Pour mieux comprendre l’ambiance du Faï, allez-y faire un tour ou bien lisez quelques articles de l’édition 2012 de FestiFaï qui s’est passée (presque) entièrement là-haut.

 

Voies littéraires: le train dans les bouquins

Le train est omniprésent dans la littérature – même actuelle, à l’heure où on lui préfère le covoiturage. Sur d’autres continents où le train est plus – ou moins – présent; jusqu’à s’en faire l’objet plus que le sujet:  « The evening train is a literary device » (« le train du soir est un outil littéraire ») décide David Berman dans un de ses poèmes.

Extraits de lectures faites…au gré de voyages en trains. Bon voyage!

Voyage à Steno

Dans le jour gris du petit matin, nous partons pour la gare. Je vais enfin savoir vers quel pays nous allons, car je n’ai encore rien compris aux explications vagues données hier, dans la salle à manger.

Voice la gare, dans un faubourg endormi. On dirait une station de tramway départemental. Les voies d’ailleurs n’ont qu’un mètre. Le train est là, devant la gare, formé de cinq ou six wagons, les portières ouvertes pour absorber les voyageurs éventuels, assez rares à cette heure très matinale.

Pendant ce temps, la machine se promène toute seule, sur des voies de garage verdoyantes où elle semble paître, pour se donner des forces. Les compartiments reçoivent la lumière et la fumée par une unique fenêtre très étroite, à chaque portière. Ces antiques véhicules me rappellent bien assez les vieux wagons de troisième classe de la Compagnie du Midi, où j’ai roulé pendant mon enfance, sur la ligne de Perpignan.

On sonne une cloche pour appeler les voyageurs retardataires. Le chef de gare jette un dernier coup d’œil sur la rue déserte. Il joue de la trompette. Le chef de train siffle. Alors, la machine répond sur un ton grave, disparaît dans une apothéose de vapeur, et le train démarre. Il circule d’abord familièrement dans les rues du Pirée. Les amis se saluent ; des femmes jettent des paquets au mécanicien qui fait aussi les commissions, puis c’est enfin la campagne, et le train se lance à vingt kilomètres à l’heure.

Un véritable enchantement que ce trajet du Pirée à Athènes, le matin, au lever du soleil, à travers des vergers de grenadiers,  d’orangers, de citronniers et, partout, des roses, des buissons, des haies, des forêts de roses. Au loin, l’Acropole, sur sa montagne toute dorée par le soleil, et d’autres ruines mettent sur ces campagnes la puissante poésie des souvenirs.

Brusquement tout disparaît, quand le train s’engouffre dans la hall de la gare d’Athènes, puant le poisson, le coaltar et la fumée.

Trente minutes à contempler cette œuvre de civilisation, ce progrès, et le petit train repart.

La ligne s’infléchit tout de suite à l’ouest, au flanc de ces montagnes bleues et roses, aperçues hier de la mer, roches grises et bleuâtres émergeant du tapis mordoré des cistes. Cà et là des maisons isolées, de style grec, colorées en jaune pâle ou en rose tendre, aux toits plats en tuiles à canaux, au milieu d’enclos d’oliviers et de vignes. De grands cyprès sombres se détachent, très droits, dans l’air limpide, comme les impassibles habitants d’un monde où tout vibre en lumière.

Puis ce sont des pins aux troncs rouges qui embaument l’air de senteur de résine, et la mer, derrière nous, s’étale toujours plus vaste à mesure que nous montons.

AU haut du col, brusquement, le golfe d’Athènes se découvre tout entier, entouré de chaînes de montagnes élevées. La mer est si bleue qu’elle semble avoir des reflets violets, par opposition à l’ocre des côtes.

La ligne par instants surplombe la mer et, à travers le cristal de ses eaux pures, on voit le détail des fonds, les rochers, les forêts d’algues roses, s’enfoncer vers les abîmes bleus, à mesure que le regard s’éloigne de la plage.

[…]

Notre petit train est express. Depuis deux heures, nous roulons sans arrêt, à ving-cinq kilomètres à l’heure, dans ce féerique décor, brûlant les rares stations solitaires qui desservent de petits villages aux toits vieil or, accrochés tout là-haut, au flanc de la montagne, comme si notre passage avait mis leurs maisons en fuite, tel un troupeau peureux.

[…]

Nous arrivons à la gare de Corinthe. […] Puis, c’est de nouveau la montagne. […]

Les gares sont rares en ce pays désert et les bourgades qu’elles desservent sont très loin dans la montagne. Des sentiers rocailleux tiennent lieu de route et, seuls, les mules et les ânes y peuvent circuler.

Pendant les arrêts, on boit du vin blanc sec parfumé à la résine, le « crachi retzina », qui se paie un sou le verre et qui est fort bon quand on a vaincu la répugnance pour son arôme résineux et amer.

Le train dévale maintenant en une course folle vers Argos et Myli, au fond du golfe de Nauplie où jadis vivait Agamemnon. Ce n’est plus qu’une jolie vallée large et fertile où paissent, dans une herbe grasse, de lents troupeaux de bœufs.

Le golfe s’ouvre, vaste, vers le grand large, sur la mer libre, et je pense aux nefs des temps héroïques partant pour la guerre de Troie. Mais toutes ces images sont filles de mon esprit, car plus rien maintenant, ici, ne parle du passé…A-t-il même existé ? […]

Un brusque contour, et voilà devant nous les hauts-plateaux couverts de verdoyantes cultures, dominés au loin par la masse d’une chaîne de montagnes neigeuses, toutes roses dans le soleil qui baisse.

Nous sommes arrivés. Nous descendons à Steno, petite gare à huit kilomètres avant Tripoli. 

Henry de Monfreid

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Les levers de soleil sont un accompagnement des longs voyages en chemin de fer, comme les œufs durs, les journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s’évertuent sans avancer. A un moment où je dénombrais les pensées qui avaient rempli mon esprit pendant les minutes précédentes, pour me rendre compte si je venais ou non de dormir (et où l’incertitude même qui me faisait poser la question était en train de me fournir une réponse affirmative), dans le carreau de la fenêtre, au-dessus d’un petit bois noir, je vis des nuages échancrés dont le doux duvet était un rose fixé, mort, qui ne changera plus, comme celui qui teint les plumes de l’aile qui l’a assimilé ou le pastel sur lequel l’a déposé la fantaisie du peintre. Mais je sentais qu’au contraire cette couleur n’était ni inertie ni caprice, mais nécessité et vie. Bientôt s’amoncelèrent derrière elle des réserves de lumière. Elle s’aviva, le ciel devint d’un incarnat que je tâchais en collant mes yeux à la vitre, de mieux voir car je le sentais en rapport avec l’existence profonde de la nature, mais la ligne du chemin de fer ayant changé de direction, le train tourna, la scène matinale fut remplacée dans le cadre de la fenêtre par un village nocturne aux toits bleus de clair de lune, avec un lavoir encrassé de la nacre opaline de la nuit, sous un ciel semé encore de toutes ses étoiles, et je me désolais d’avoir perdu ma bande de ciel rose quand je l’aperçus de nouveau, mais rouge cette fois, dans la fenêtre d’en face qu’elle abandonna à un deuxième coude de voie ferrée ; si bien que je passais mon temps à courir d’une fenêtre à l’autre pour rapprocher, pour rentoiler les fragments intermittents et opposites de mon beau matin écarlate et versatile et en avoir une vue totale et un tableau continu.

Le paysage devint accidenté, abrupt, le train s’arrêta à une petite gare entre deux montagnes. On ne voyait au fond de la gorge, au bord du torrent, qu’une maison de garde enfoncée dans l’eau qui coulait au ras des fenêtres.  Si un être peut être le produit d’un sol dont on goûte en lui le charme particulier, plus encore que la paysanne que j’avais tant désiré voir apparaître quand j’errais seul du côté de Méséglise, dans les bois de Roussainville, ce devait être la grande fille que je vis sortir de cette maison et, sur le sentier qu’illuminait obliquement le soleil levant, venir vers la gare en portant une jarre de lait. Dans la vallée à qui ces hauteurs cachaient le reste du monde, elle ne devait voir personne que dans ces trains qui ne s’arrêtaient qu’un instant. Elle longea les wagons, offrant du café au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel.

Marcel Proust

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Debout à la portière, le préfet salua de la main. […] Il ne songeait pas au retour. Il relut encore une fois, dans son indicateur, les noms de toutes les stations : « Changer à Oderberg ! » se répéta-t-il. Il compara les heures de départ et d’arrivée indiquées avec les heures réelles, et sa montre avec toutes les horloges des gares devant lesquelles son train passait. Toute irrégularité le réjouissait, lui rafraîchissait même étrangement le cœur. A Oderberg, il laissa passer un train. Jetant des regards curieux de tous les côtés, il traversa les voies, les salles d’attente, fit même un petit bout de chemin sur la longue route qui mène à la ville. Revenu à la gare, il fit comme s’il s’était mis en retard sans le vouloir et dit expressément à l’employé :

– J’ai manqué mon train !

Il fut déçu que l’employé ne manifestât pas de surprise. Il dut changer encore une fois à Cracovie. Il y trouva de l’agrément. S’il n’avait pas annoncé son arrivée à Charles-Joseph et s’il n’y avait eu deux trains par jour pour « ce dangereux trou », il aurait volontiers fait un nouvel arrêt pour observer le monde.

Joseph Roth

Petits joueurs!

Au FestiFaï, on aime jouer avec les mots, avec les voix, avec les pianos…et du coup on ne s’arrête plus et on vous fait jouer vous!

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Premier jeu, jeu d’enfant si vous avez visité un peu ce site: la part belle au mot, mais aussi au piano ! Cette année, 4 plasticiens vont transformer de vieux pianos délaissés, les renouer au regard et au toucher du public, tous les jours à partir du 13 juillet dans le jardin de l’Ecomusée cheminot de Veynes. Saurez-vous associer leur nom à l’univers graphique dont ils sont les auteurs ?

MARIE-SOPHIE KOULISCHER – GAELLE DE FERAUDY – EMILIE TEILLAUD – MICKAEL RELAVE

 

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Deuxième jeu, toujours dans le même esprit! Mais qui chante quoi ? Puisque FestiFaï fait la part belle au (mééé)tissage des mots, voici un petit jeu d’association qui devrait mettre à l’épreuve votre connaissance de l’univers des 4 voix de FestiFaï 2017 !  (Réponses sur Hors format en ligne)

 

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Un méééétissage

 

 

LINE TAFOMAT/ ELSA GELLY/ CELLOWOMAN (Katrin w.)/ PHILIPPE SERANNE

« Tant de mots tant de pensées qui s’entrechoquent/ ricochent et disparaissent dans une onde de choc/ de la conscience de l’immensité qui m’entoure fait danser tour à tour la peur le vide et l’abondance abondance, abonder ok dans quel sens, j’abandonne mon essence, quand je perds ma foi et ma confiance […] »

 

« Comme un parfum de fleur légère/ dans les avenues de Manhattan/ Comme un grand vent de mai de femmes/ au milieu des pingouins d’affaire/ Un jour de printemps à Lisbonne/ les tout premiers se sont levés/ par millions ils ont semé la nouvelle donne […] »

 

« On s’est trouvés un lundi soir/ nés à nés sur le même comptoir/ Il faisait sombre/ Il faisait triste/ La vie ne nous souriait pas/ On aurait bien pu s’ignorer/ Au lieu de quoi on s’est parlé,/ Si je résume/ Comme on allume/ Un bout de chandelle dans le noir […] »

 

« Têtes de bétails, en licols blancs/ dans les voitures de premier choix/ Bardées de gras, le cœur saignant, l’élite debout, prête à l’emploi/ Entre bestiaux des beaux quartiers, on s’tient les côtes, on parlemente, on broute le temps de chez Cartier en désossant le CAC40 […] »

Etape suivante: trouver la mélodie…héhéhé!

Donnez vos réponses en commentaires! (Et peut-être je vous en donnerai les bonnes)

 

 

 

 

Tout, tout, tout, vous saurez tout…sur l’affiche de FestiFaï!

Tu signes « Les 4 étages » ; c’est un nom bien mystérieux…Qui se cache donc dans ces 4 étages ?

C’est un nom trouvé dans l’urgence, quand nous avions créé l’affiche 2013. Il nous fallait un pseudo collectif puisque nous l’avions faite à 2, ma fille Suzanne et moi, or nous habitons au 4e étage… c’est trivial mais j’aime bien ce pseudo trivial. Maintenant, le collectif c’est moi toute seule mais c’est commode de garder ce nom.

 

Depuis 2013, tu reviens régulièrement apporter ton univers pour les affiches du festival. Pourquoi ?

En fait, c’est juste la 2ième fois. Mais je ne propose pas spontanément, je réponds à une commande. En 2013, c’était pour dépanner, je n’y croyais pas ; puis me suis prise au jeu et ça a plu ! En 2014, dépannage encore mais ma proposition n’a pas été retenue. Ensuite, en 2017, j’ai eu deux ans pour y penser, coup de bol, ça a plu.

 

 

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L’affiche qui n’a pas vu le jour

 

On voit souvent apparaître une jeune fille ou une femme dans tes dessins. Pourtant FestiFaï, ce ne sont pas que des chanteuses (sauf cette année peut-être !). Y-a-t-il une symbolique particulière derrière cette jeune femme ?

La gamine qui dansait sur le piano en 2013 a pris un peu de lest avec la femme piano de 2017 ; le seul point commun, c’est la chevelure rousse ! Mais peut-être est-ce en effet la même, qui sait ? En tout cas, elle est venue toute seule sous mon crayon. D’habitude, je fais des dragons et des petites créatures tourmentées, mais en terre cuite ; c’est différent, le geste n’est pas le même.

 

Enfin, comment travailles-tu ? Est-ce l’idée du festival et sa programmation qui t’inspire? Ou bien commences-tu par dessiner, choisir des matières et des couleurs?

La réponse est simple : je fais ce qu’Aline [responsable visuels pour FestiFaï] me demande. Comme ses demandes sont à la fois très précises sur les éléments à inscrire et très vagues sur le rendu, c’est parfait, je peux m’amuser. J’ai d’ailleurs retrouvé la commande de 2013 : « J’aimerais un piano à queue bleu sur l’eau avec une danseuse qui danse sur le piano. Est-ce que vous pourriez me dessiner ça ? ». Je n’avais aucun matériel sauf de la peinture, des feutres et du papier canson. C’était donc tout vu pour les matières et les couleurs (sauf la robe rouge à pois blancs ; ça, c’est le génie de Suzanne). Cette fois-ci, la demande initiale était de trouver un visuel qui associe piano et chant, le chant étant quand même l’essence même de FestiFaï, or on n’avait encore pas mis de chanteur/se sur les affiches. Il fallait aussi que le visuel soit déclinable plusieurs années, pour que le public identifie rapidement FestiFaï (et que les organisateurs soient moins angoissés au sujet de l’affiche). Là j’ai eu le temps de cogiter, de faire des esquisses, de jeter tout et de refaire. La silhouette est prête depuis plus d’un an mais le fond est arrivé par hasard, en passant près d’une grille rouillée…

 

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La jeune fille, robe rouge à pois blancs

 

 

Les 4 étages sont sur la toile et c’est ici!

 

Considérations ferroviaires – épisode 1

 

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Laurie et David dans leur tenue quotidienne d’agents du patrimoine à la CCBD

 

 

« On ne sait pas ce qui nous attend sur les rails ! »

Si vous lisez ces mots, c’est que vous êtes sûrement assis sur les redoutables sièges en sky de la jolie et âgée micheline vanille-fraise plus connue sous le nom de « Veyn’art » ou en passe de le faire! Vous pensiez avoir réservé votre voyage, planifié vos activités, gouguelisé votre destination, minuté votre départ et votre arrivée ; bref, vous pensiez savoir où vous mettiez les pieds : dans un train.

Mais le Veyn’art n’est pas un train comme les autres, d’ailleurs à la connaissance de Laurie, nouvelle agente du patrimoine à la Communauté de Communes d’ici, « il n’en existe pas d’autres » !

Laurie et David, petits nouveaux de la CCBD sur le versant culture et communication remplacent Martine, grande manitoute de ce projet que vous avez sûrement aperçue si vous avez pris le Veyn’art les années précédentes.  Je les débusque dans leur bureau jouxtant l’écomusée ferroviaire, entre TGV magazine, maquettes de train en toutes les matières et casquettes de contrôleurs. Tous les deux historiens de formation, ce n’est pas du tout le train qui les a emballés mais plutôt la curiosité, qualité essentielle au métier. Et quelques autres détails… « Ça m’a rappelé ma région [St Etienne] où on a eu la première ligne de train industrielle », ajoute Laurie ; quant à David, « attaché à la vallée du Buëch et à son histoire, c’est plutôt « le côté multipartenaires » et « des gens avec la banane ! » qui l’a séduit. Tous séduits qu’ils sont, il y a eu quelques défis à relever dont l’adaptation à une nouvelle équipe et le manque de temps (4 mois pour préparer). Mais tout de même, « c’est génial d’avoir ce train qui révèle vraiment différents horizons pour faire découvrir une région d’un point de vue totalement nouveau dans une alliance des 4 : historique, artistique, gustatif et même sportif…On vous avait dit : tout est imprévu !

 

Mais que dire de la pérennisation d’un tarin touristique quand les trains ordinaires disparaissent des petites lignes?

D ‘après le documentaire « SNCF, quand le service public déraille » (disponible sur Youtube), le réseau ferroviaire français a été divisé par 2 en 80 ans, passant de 60000km à 30000km de voies. Alain Gardon, membre et fédérateur du « Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes » créé en novembre dernier et dont vous venez d’assister à une action ce 13 juillet 2017, donne son point de vue sur un sujet dont nous ne parlons plus guère tant il est devenu commun: une énième grève à la SNCF? Un énième retard? Des billets hors de prix? Faites du covoiturage! Alain explique donc ici en propos toujours mesurés, en quel sens le train peut avoir une utilité aujourd’hui et pour quelles raisons il s’avère nécessaire dans un avenir proche; notamment dans une région où Veynes, gare de « petites lignes », se situe au cœur d’axes très importants (Valence, Grenoble, Marseille, Briançon).

Pour revenir en quelque sorte à l’origine, pour quelles raisons défendez-vous le train ?

Là on parle maintenant de convictions, les chiffres existent mais ils sont toujours discutables. Ceux que l’on donne nous, comme ceux que donnent les autorités. Alors je vais prendre une image : à l’époque de mes parents, il y avait des trams qui desservaient tous les environs d’une ville ; par exemple à Grenoble, on desservait aussi le Vercors en tram. Puis la mode de la voiture est arrivée et on a détruit tous les trams. Jusqu’à ce que 50 ans après on s’aperçoive que c’est en fait une grosse connerie écologique ainsi que de circulation, de confort, de desserte, etc. On a donc reconstruit des trams. A titre personnel, j’ai la conviction que l’on est en train de faire exactement la même connerie avec les petites lignes de trains. On est en train de dire « ça coûte trop cher », en trichant sur plein de choses , car autant faut-il être auto-critique avec sa propre opinion des choses, autant il y a des choses qui m’apparaissent assez certaines dans la stratégie SNCF. Quand on veut se débarrasser d’une ligne, on commence par ne pas faire les travaux et diminuer les contrôleurs, donc ça dysfonctionne, les gens ne la prennent plus et à la fin c’est en effet facile de dire « mais vous voyez bien, personne ne la prend plus ! ». Ce phénomène est pour moi une certitude. Je pense donc que toutes ces petites lignes qu’on laisse pourrir parce qu’on ne fait pas les travaux nécessaires vont être supprimées. Dans un certain nombre d’années, on s’apercevra que les routes sont surchargées et qu’écologiquement, on court à la catastrophe. Je prends moi-même très peu le train car j’ai encore un pied-à-terre en Belledonne, inaccessible sauf par la voiture. Ce qui fait que concrètement je suis un mauvais défenseur du train car je prends très peu le train ! Malgré cela, je crois que c’est une erreur à long terme de supprimer les petites lignes. Je rajouterai une raison un peu « égoïste » : le car dans nos régions de montagne, ce n’est pas tout à fait la même chose que le car en région de plaine ! Mal de cœur, sécurité – surtout l’hiver : un car sera toujours bloqué avec la neige. A l’époque où la SNCF était sérieuse, on n’aurait jamais vu un train bloqué par la neige.

 

Pensez-vous alors qu’un train artistique tel que le Veyn’art pourrait apporter un point positif à cette politique ?

Je ne sais pas quelle est ma part d’optimisme là-dedans, mais oui, je pense que oui. Car le Veyn’art installe du plaisir de prendre le train même si cela est un train particulier, un train historique… ça peut redonner l’idée de prendre le train, d’autant plus qu’il passe ici par des lignes très belles et les voyageurs peuvent donc redécouvrir que c’est plus confortable qu’en voiture avec en plus le plaisir des yeux : on ne sort pas de livre, on regarde le paysage !

 

Voyez-vous d’autres solutions envisageables pour un avoir un impact sur cette politique?

Ca, c’est peut-être notre boulot principal ; on repère par exemple tous les dysfonctionnements des lignes afin d’avoir des chiffres, ce qui est un outil fort pour éviter la langue de bois des Comités de lignes…Mais rien n’est gagné.

 

 

En savoir plus sur le train haut-alpin:

*La voix ferrée des Alpes, journal dont le 2ième n° vient de paraître (parution aléatoire)

*Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes sur Facebook.

 

Katrin Waldteufel alias Cellowoman

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Fan de Wonderwoman quand elle était petite et de son aïeul alsacien, grand compositeur pour soirées dansantes, Catherine ou Katrin’ est devenue par une métamorphose incongrue – Cellowoman, une femme à cordes aux pouvoirs de voix décuplés (au moins par deux) qui ne dort pas avec son violoncelle mais « à côté ». A l’écoute de son album sorti en février dernier, c’est tout à fait bluffant : les deux s’en mêlent mais ne font qu’un (HF en est déboussolé) ! Sinon, elle aime les fleurs dans les cheveux et la couleur rose-rouge, et elle a l’air très sérieuse et très sage comme ça mais vraiment, ne vous fiez pas aux apparences : elle vous déménage un Café du Peuple entier à son énergie vocale trépidante !

 [une autre interviou faite au vol avant une résidence]

 

Bonjour Katrin, Tu te nommes également Cellowoman. Pourquoi ce nom aux consonances mystérieuses ?

Mon nom d’artiste, quand j’ai commencé, c’est Katrin’ pour faire plus court que l’orthographe ordinaire et j’ai gardé mon nom de famille qui est illustre grâce à un aïeul compositeur avec un nom qui est magnifique et dont je suis très fière mais à part en Alsace et en Allemagne c’est toujours compliqué pour le prononcer, les gens bloquent sur le « waldtttt » et du coup en entendant les gens prononcer mon nom avec une certaine difficulté, je me suis dit « pourquoi pas trouver un truc plus simple qui parlerait aussi directement de mon univers ! Cello c’est en effet l’abréviation, le terme générique qui vient de l’italien pour tout violoncelliste du monde entier. C’est pour raconter ce qu’il se passe sur scène : il y a du cello, il y a une femme ; cello-femme ça sonnait moins bien que cellowoman et en plus il se trouve que c’est quand même mes initiales C.W, Catherine Waldteufel. Et là les gens le retiennent et arrivent à le prononcer normalement, du coup ça me va.

 

Cellowoman, ça fait aussi super-héros ! Cellowoman a-t-elle des super-pouvoirs ?

Exactement. En fait, c’est un peu le contre-pied du super-héros : y’a Pretty Woman, Wonder Woman et il y a Cello Woman. Je pense que les héros modernes n’ont rien à voir avec les héros qu’on nous montre dans les livres et les films, c’est-à-dire que je propose vraiment ce que je suis, le plus authentiquement possible : je montre que je ne suis pas la plus forte ni la meilleure mais qu’il y a un peu de bonheur par là et finalement les gens se sentent rejoints dans ce qu’il y a d’imparfait car nous sommes tous les mêmes dans cette imperfection. C’est ce qui nous lie tous. Et ce n’est pas grave ! Le monde nous montre ce modèle de perfection et effectivement, ça fait rêver, on a besoin de rêve mais à un moment donné, il faut aussi voir l’autre côté.

 

Mais justement une Cello Woman, c’est original, ça appelle au rêve !

Eh bien Cellowoman s’appelle aussi Cellowoman parce qu’il ya Mr Cello. C’est de l’ordre de l’onirique. Et sa vie sur scène, c’est avec Mr Cello.

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A chanson qui rocke, Katrin rocke!

Et comment se passe cette vie de couple ?

Alors il y a Cellowoman sur scène et Catherine dans la vie, c’est du 2 en 1 comme l’exprime le titre de mon album. On peut être double : il y a un peu de cello en moi et Mr Cello a un peu de Cellowoman en lui. Je suis femme et violoncelliste, la femme violoncelle et sur scène, effectivement, nous sommes inséparables. Ca peut ressembler à une vie de couple mais le jour où les violoncelles parleront, les poules auront des dents ! On est dans un univers onirique et poétique, c’est ce côté entre la vie très quotidienne et la vie fantastique qu’on s’invente.

 

On dit que le violoncelle est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix. C’est donc peut-être toi, qui le fait « parler » …

C’est vrai qu’à un moment donné, sur la formule que je vais présenter au Festifaï, le but est que l’on ne distingue pas qui chante et qui joue. Ce n’est pas la seule que je fais sur scène mais ici c’est ce que je veux, mêler les deux. Dans l’album, il y a ces deux formules : la première « solo » que je viens de décrire, « deux en une » et une formule « duo », plus large, travaillée avec un multi-instrumentiste, qui donne un son plus large et où je lâche parfois mon violoncelle. C’est le CD blanc de l’album. Et finalement cet album montre bien mon côté duel, de mon travail, de mon univers, de ma personnalité et de ce que je présente sur scène.

 

Enfin, en regardant ton affiche et en t’ayant vue pendant la résidence, on sent un grain de folie percer derrière une apparence de sériosité !

[rires] Exactement, ce qui transparaît sur scène ne se voit pas forcément dans la vie mais je pense que beaucoup d’artistes ont ça en eux, pas vraiment un côté schizophrène mais pour s’exprimer d’une façon plus fantaisiste, il faut un cadre, et c’est ce que donne la scène, un espace-temps cadré. Donc oui, la Cellowoman est toujours là en moi, mais elle s’exprime à des moments particuliers.

 

Elsa Gelly, la femme à voix nue

 

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Elsa et Katrin en résidence

 

Elsa Gelly est une grande détourneuse de chansons (françaises) ! Elle a commencé par le saxophone classique – « je ne sais pas quelle idée m’avait prise » dit-elle à ce sujet –. Pour s’en libérer et aller plus loin, elle a préféré chanter. Bien lui en a pris ! Depuis c’est a capella qu’elle a chanté et jazzé dans plusieurs ensembles, et depuis peu, seule. Chose curieuse mais courante : quand elle chante, elle n’a pas l’accent du Sud. Et pourtant, elle vient de Montpellier.  Sinon elle aime aussi le chocolat, mais son vrai besoin, c’est chanter…au second degré!

 [une interviou réalisée rien que pour vous un croissant entre les dents et les pieds sur le départ de la résidence!]

La première chose que j’ai pu apercevoir de toi est ton affiche avec cette image très sensuelle ainsi que le titre de ton spectacle « La Femme à voix nue ». En quel sens te mets-tu à nu ou te déshabilles-tu sur scène ?

Je ne me déshabille pas sur scène, qu’on soit bien clair [rires] ! La première raison, c’est que je suis a cappella, il n’y a pas d’accompagnement. Ensuite, l’histoire de mon spectacle c’est un peu ça : comment certaines situations font qu’on doit se dévêtir petit à petit de « couches » qui nous montrent finalement tels que l’on est vraiment. Dans ce spectacle, je suis arrivée avec une liste de chanson que j’avais rassemblées et il a fallu chercher avec mon metteur en scène Michèle Guigon comment relier ces chansons pour pouvoir trouver un sens et les habiter. Et puis j’aime beaucoup les histoires de transformation de nous-même, qui on est, cette quête de soi ; à travers les chansons je parle de ça. Ces chansons ne sont que des reprises, je m’en sers donc comme des outils pour dire quelque chose sur moi et la nature humaine, c’est tout un parcours qui va à l’essentiel de ce que l’on est.

 

Tu interprètes mais tu n’écris pas de chansons. Est-ce un choix ? As-tu déjà pensé à écrire tes propres chansons ?

J’y ai pensé mais j’ai l’impression que c’est un tout autre métier. C’est devenu un choix ; ceci dit il y a sûrement une partie de moi qui n’ose pas le faire, tout en me disant qu’être interprète, c’est AUSSI un vrai travail de recherche et de pratique.

 

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L’interprétation de chansons « d’autres », c’est le boulot de la résidence et pas des moindres!

 

Quelles sont les chansons que tu préfères interpréter, as-tu un titre ou un auteur particulier ?

Non pas vraiment. Il y a un auteur que j’aime beaucoup, c’est Nougaro. J’aime aussi beaucoup détourner. Par exemple dans le spectacle, là, j’ai une chanson de Johnny [Hallyday !], au départ c’est pas forcément ma tasse de thé mais j’aime bien les transformer avec le second degré, c’est quelque chose que j’aime beaucoup et d’ailleurs ça te permet de découvrir des textes qui sont certes assez simples dans l’écriture mais qui ne sont pas si nazes au final !

 

En effet, j’ai remarqué à l’écoute de certaines de tes chansons que l’humour y est très présent. Est-ce un ingrédient essentiel pour toi, pour une bonne chanson ?

Oui, absolument, j’ai besoin de ça. Hier, on parlait de Leprest sur lequel on a fait un spectacle avec Katrin Waldteufel ; pour moi c’est hyper dur de chanter Leprest car c’est trop premier degré, ça m’étouffe. Ça ne m’empêche pas d’être aussi touchée mais c’est très important pour moi d’avoir un décalage, de l’humour pour faire passer tout ça.

 

Et pour finir: as-tu déjà chanté sur un quai de gare ?

Eh bien…non ! J’ai hâte de voir quelle ambiance cela va créer. Je ne doute pas de l’effet, je trouve que c’est un bel endroit pour chanter !