Considérations ferroviaires – épisode 2

Samedi dernier, le Veyn’art faisait le concert prévu en gare de Sisteron…en gare de Veynes ! Et oui, petit incident technique (et probablement amour inconditionnel des Hautes-Alpes) ! Qui s’occupe de le réparer ? Le Veyn’art, est-ce la SNCF ? Enquête dans les méandres d’une coopération à quatre voix (encore !). En voici ici deux!

 

Julien, président de l’ATTCV – Association du train touristique centre-var, et très actif pour le Veyn’art nous donne un petit aperçu du métier de conducteur, de la mise en place du Veyn’art, et de bien d’autres choses encore…

Que fais-tu Julien ?

Je conduis pour l’association mais dans la « vraie vie » je travaille à la SNCF, je gère les TER. J’y gère tous les trains qui tournent en opérationnel dans la région, en ce qui concerne la journée du conducteur ; par exemple si un train est très en retard peut-être que le conducteur qui était censé finir à Briançon va se retrouver à Gap. Il va donc falloir lui trouver un hôtel ou un taxi. Je vais aussi gérer le matériel par exemple, s’il y a une avarie sur le matos en cours de route. On va appliquer des procédures et c’est moi qui vais gérer pour acheminer le matériel vers le centre de maintenance pour être réparé et rerouler derrière.

Depuis quelques temps, les trains ne sont plus très souvent à l’heure, n’est-ce pas de plus en plus difficile de gérer le tout ?

Sur la région, on a beaucoup de circulation, on a des retards qui sont liés à la fois à des problèmes de réseau qui est en train d’être rénové un peu partout et il  y a aussi des problématiques sur le matériel au sens où on a beaucoup de matériel différent.

Et pour le Veyn’art, quelle fonction as-tu ?

Pour le Veyn’art, je suis président de l’association qui préserve le matériel. Le matériel est confié par la SNCF à l’association et on a été sollicités par la Communauté de Communes pour faire circuler un train touristique sur l’étoile de Veynes. Nous mettons donc à disposition l’autorail, le préposé à la conduite et l’accompagnement et toute la maintenance qu’il y a derrière bien sûr. On est un train SNCF et on roule avec un cadre de la SNCF qui vient nous piloter sur les lignes. On connaît l’engin moteur mais on ne connaît pas l’infrastructure. Donc on vient nous dire à quelle vitesse on doit rouler, etc…

Et l’ATTCV là-dedans ?

L’association est maintenant basée à Carnoules, dans le Var et maintenant que c’est la 4ième année que le Veyn’art roule, on est en train de réfléchir à ce qu’elle soit à la fois varoise et haut-alpine pour que le Veyn’art puisse continuer à circuler et à se développer un petit peu.

Et pour préciser un peu, l’ATTCV exploite une ligne de chemin de fer entre Carnoules et Brignoles et qui fait 21km, fermée au trafic SNCF. C’est une ligne qui ne sert plus depuis plus de 30 ans et nous y faisons par exemple des circulations historiques.

 

Quand on vous a proposé le projet du Veyn’art, avez-vous accepté tout de suite ?

Oui, et on a porté toute la partie technique ferroviaire du projet du Veyn’art.

Comment avez-vous mené ce projet ? Quelles ont été les étapes ?

On fait tout d’abord une demande de circulation ; notre engin est déjà autorisé à circuler et on fait cette demande tôt dans l’année pour que la SNCF puisse vérifier que l’autorail puisse bien rouler et que tout ce qu’il faut faire soit fait pour qu’on roule en sécurité et qu’on ait des horaires car il faut s’intercaler entre les TER sans les gêner.  Il ne faut pas qu’il vienne perturber ces autres trains.

Etait-ce tâche aisée ?

Non, faire rouler un train aujourd’hui, c’est devenu compliqué. A la fois pour des problèmes de sécurité mais aussi d’organisation puisque quand on roule par exemple sur la ligne entre Aix et Veynes, entre les trains, il y a des plages travaux pour faire la maintenance de la voie et pour que le Veyn’art puisse passer, il faut demander à la SNCF si elle peut décaler les travaux pour laisser passer le Veyn’art. Ce sont des choses qu’on ne voit pas forcément mais il y a des opérations de maintenance assez fréquentes où des tournées sont effectuées à pied.

 

Le 13 juillet, on a pu voir une action « Grand Train Ta Marre » contre la fermeture de la ligne. Penses-tu que ce train touristique ou ce genre d’actions permettrait de conserver le train ?

Je pense qu’un train touristique sur la ligne Veynes-Grenoble montre que la ligne au-delà du transport quotidien pour le travail – cette dimension touristique – peut contribuer au développement de la ligne. Après c’est vrai que derrière, ce sont aux élus de choisir ce qu’ils souhaitent pour l’intérêt général. Parce que la voie ferrée, c’est comme la route, ça a un coût et on ne peut pas se permettre de faire rouler un train sur une voie ferrée qui est mal entretenue ou sur laquelle il peut y avoir un risque de sécurité mais encore une fois,  c’est aux élus de choisir ce qu’ils souhaitent pour la région, dans l’intérêt régional et général.

 

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en gare…
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Les techniciens ferroviaires nous aident à décharger l’piano!
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à la conduite du train et à l’écoute du concert!
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membres de la CCBD en voyage

 

On a ensuite interrogé Franck Gatounes, conducteur de trains depuis plus de 30 ans. Partant à la retraite dans 2 mois, il nous a fait une petite rétrospective ferroviaire. Cela fait maintenant 18 ans qu’il conduit sur l’étoile de Veynes (axe Grenoble, Briançon, Marseille) après avoir commencé en région parisienne. Sa ligne préférée est la ligne Veynes-Grenoble au travers du Trièves. Lorsque je l’appelle, il est en vacances, et pourtant le « clacclac » du train sur les rails se fait toujours entendre…

Est-ce que tu pourrais nous décrire un peu ton métier ?

Comment dire…C’est une bonne question ça ! C’est-à-dire que la conduite d’un train n’a rien à voir avec la conduite d’une automobile : quand on conduit une auto, on conduit par rapport à ce que l’on voit devant nous alors que quand on conduit un train, on conduit suivant différents types de situations qui peuvent arriver, on conduit par rapport à ce qui pourrait arriver ! Pendant la formation qui dure 18 mois, on nous apprend presque toutes les situations qu’on pourrait rencontrer. Pour la simple et unique raison que lorsqu’on est dans un TGV qui roule à 300km/h, il lui faut 3km pour s’arrêter, or nous n’avons pas la vision à 3km ! Même dans un TER, même en freinage d’urgence avec le matériel le plus moderne qui soit, quand on a freiné en 500m, c’est magnifique ! Et 500m, s’il y a une courbe, on ne voit pas du tout où on va s’arrêter.

 

As-tu également participé à la mise en place du Veyn’art ?

Oui, je suis aussi élu à Veynes ainsi qu’à la Communauté de Communes. Les autres années, il m’est arrivé aussi de conduire sur le Veyn’art en plus d’être acteur du projet.

 

Avez-vous rencontré des difficultés dans cette mise en place ?

Alors oui, c’est compliqué dans le sens où il faut s’intercaler avec tout le système de la SNCF. Par exemple, pour obtenir le droit de circulation au mois de juillet, il faut qu’on la commande au mois d’octobre- novembre. Il faut toujours prendre énormément d’avance avec la grosse grosse machine de la SNCF. Nous n’y sommes qu’un grain de sable, même en étant au premier plan en tant que conducteur.

 

On dit que la SNCF va mal en ce moment, le train devient extrêmement cher et plus très pratique…

Ce n’est pas qu’une question de coût, c’est aussi une question de fiabilité, c’est-à-dire que ce sont les régions qui commandent les trains et heures de circulation et c’est la SNCF qui doit mettre en place un plan de transport, mais la SNCF de son côté espace énormément les visites de maintenance des engins, ce qui fait qu’on a beaucoup de pannes; et ce pour pouvoir réduire les coûts, tout simplement. On trouve la même chose sur l’entretien des voies, c’est-à-dire qu’elles sont entretenues mais de plus en plus sporadiquement. Résultat, on a beaucoup d’accidents. En ce moment il y a beaucoup de travaux sur les lignes de l’étoile, mais c’est parce que l’entretien a été négligé pendant longtemps et il devient extrêmement nécessaire de les réparer. Après il existe deux solutions,  soit on répare, soit on diminue la vitesse.

 

Penses-tu alors que le Veyn’art pourrait apporter quelque chose de positif dans la politique du train ?

Oui dans le sens où il amène sur le réseau ferroviaire d’autres voyageurs qui n’ont pas l’habitude de prendre le train et je trouve cela très intéressant: quelqu’un qui vient passer un moment convivial entre un spectacle et une découverte du paysage, ce n’est pas forcément quelqu’un qui prend le train obligatoirement. On amène donc une autre population sur le réseau ferroviaire.

Un meilleur/pire moment sur la voie ?

Les pires, ça paraît logique, ce sont les accidents de personne. Les meilleurs, c’est quand on a l’occasion de conduire un train particulier, tel qu’un train de marchandise qui fait 750m de long, c’est la longueur maximale. Le Veyn’art aussi est original, dans le sens où c’est un autorail des années 50-60. Ensuite au niveau de la conduite, c’est ordinaire, mais au moins il n’y a pas du tout d’assistance technologique comme on le trouve dans les nouveaux trains. C’est bien aussi de savoir conduire sans ces aides!

***

 

 

 

 

 

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Nathalie Tison, en équilibre très stable entre lard et cochon

 

Bonjour Nathalie, es-tu Nathalie ? Comme on t’as vu apparaître sous divers personnages, je vérifie !

Oui, c’est moi ! C’est vrai que je me dédouble !

Alors puisque je parle à l’originel, pourrais-tu nous expliquer un peu la genèse de ces personnages que tu incarnes ?

J’aime beaucoup le théâtre de l’invisible, c’est-à-dire un théâtre où les gens ne savent pas si c’est du vrai ou du faux, ce n’est pas annoncé comme « du théâtre » et du coup être parmi la population et jouer des choses un tout petit peu décalé mais pas trop, quelque chose qui reste réaliste , c’est ça que j’aime bien. Et là c’est vrai que les personnages que j’ai créés ont été pensés pour le train et d’années en années je les affine, il y en a d’autres qui arrivent, je les essaye et de jour en jour, je les enrichis ou les transforme.

Moi, je fais plutôt du théâtre de rue: j’aime beaucoup cette forme où l’on est parmi la population avec quelque chose d’hyper démocratique dans le sens où les gens n’ont pas forcément payé leur place mais assistent à quelque chose d’incongru à un moment donné, et le théâtre de l’invisible, ça va encore plus loin. Ce n’est pas annoncé comme étant du théâtre, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de place pour cela et que ça peut se dérouler dans n’importe quel endroit de la vie; les gens ne savent pas si c’est du lard ou du cochon et j’adore jouer là-dessus. Après, la particularité du Veynart, c’est que les gens à partir du moment où j’ai joué un personnage, ils me reconnaissent donc ils jouent le jeu mais ne sont plus dupes. C’est pour ça que j’aime bien faire des petites escapades dans les gares parce que j’y ai un public plus frais qui se fait prendre au piège.

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Y-a-t-il un de tes personnages pour lequel tu aurais une préférence ?

En fait, je suis toujours en découverte et en recherche et j’essaye vraiment de rester dans le moment présent, c’est-à-dire de ne pas prévoir trop ce qui va se passer à l’avance car ce sont les gens qui vont me donner du jeu et les situations qui sont différentes donc pour moi, c’est rester ouverte à tout ce qui peut se passer. Après, hier, à un moment j’étais morte de rire car avec ma touriste voyageuse avec sa tente quechua gonflable – c’est un nouveau personnage que je teste cette année – il y a trois personnes qui n’avaient jamais monté une tente de leur vie, ils s’y sont mis pour m’aider et je les laissé  se débrouiller mais ils y arrivaient pas du tout et là j’ai vraiment eu du mal à me retenir de rire, c’était poilant ! Donc voilà, il y a des belles surprises. J’aime bien tous les personnages mais ça dépend plutôt des situations, de ce que me renvoient les gens.

 

 

Le best-off des moments magiques dans le Veyn’art

y’a eu le premier jour [le 13 juillet] quand on est allé à Embrun, le train était bien plein et tout le monde attendait la femme de ménage et ça créé des hurlements dans le train, des trucs complètement improbables. On s’est arrêtés à Gap ou à Embrun et là y’a tout le monde qui est sorti plus le personnel de la gare et j’ai demandé à un gars sur le quai de m’aider à nettoyer les vitres et là j’étais dans ses bras. J’aime bien me mettre en difficulté…S’il y a une difficulté je vais y aller pour créer l’accident et j’aime bien ces moments là qui sont très courts et imprévisibles.

 

Le 15 juillet, au retour de Grenoble, j’ai sorti la tête de Nénette par la fenêtre et je faisais coucou aux voyageurs sur la nationale. Comme la route est au même niveau que la voie ferrée, qu’il y a plein de passages à niveaux et qu’on roulait à 50km/h, on allait tout doucement et je pouvais leur faire coucou. C’était juste énorme parce que toutes les voitures klaxonnaient, c’était le feu sur la nationale ! C’est des moments que tu ne peux pas prévoir !

Et Nénette, c’est qui ???

Normalement, c’est un duo : y’a Mario et Nénette. Mario est resté à la maison. En fait ce sont des marionnettes que m’a cédé une compagnie et que nous avons repris avec ma compagnie Liquidation Totale, ce sont des personnages de rue, complétement en impro avec les gens et là je teste Nénette en solo donc ça me demande d’avoir pour partenaires de jeu le public, je dois aller chercher les gens beaucoup plus qu’en duo (qui est un spectacle de la compagnie).

Mais en fait, Nathalie, tu n’as pas fait toute ta vie du théâtre ?

Ca doit faire 10 ans que je fais du théâtre. C’est vrai que j’ai commencé par les Beaux-Arts donc j’étais plus dans l’art plastique bien que mon travail a toujours été un travail d’installation avec une scénographie et une participation du public où ce dernier était toujours impliqué dans l’œuvre pouvant la faire changer, l’influer. Il y avait déjà une forme de théâtralité. Et en plus, j’ai toujours joué avec ma voix et mon image, soit en me prenant en photo et en me mettant dans des mises en scène, soit avec des enregistrements de voix. Il y a toujours eu un rapport au jeu de ce que tu donnes de ton intimité et comment tu joues avec le faux/vrai donc quand j’ai découvert le théâtre, je m’en suis sentie super proche et le pas n’ a pas été compliqué à franchir finalement. Maintenant je peux en vivre donc je suis très contente!

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T’arrives-tu de te changer en un de tes personnages dans ta vie quotidienne ?

Tous les personnages que je joue – c’est un peu le cas pour tous les comédiens – c’est une petite partie de moi que j’ai développé, que j’ai poussé à outrance. Donc ils font tous partie de moi quelque part …mais après y’a pas de confusion hein ! C’est pas un dédoublement de personnalité ! Ca me fait rire, ça m’amuse !

Vinomelody, accordeur d’harmonies

« Un bon spiritueux n’arrache jamais la gueule »

De la pièce de théâtre pour plasticiens en sages adages de caviste…. Il est en effet bien connu que ceux qui s’occupent des spiritueux planent aussi dans des sphères spirituelles. La preuve: qui donc fait la Chartreuse? Des moines. Et les bières d’abbaye, hein? Bref ici, Philippe Rodriguez alias Vinomelody, tout à fait versé dans le spiritueux et très spirituel- mais pas tout à fait comme un moine, nous a accordé une interviou presque normale, entre dégustation d’une bière fumée et d’un gin aux douces notes d’agrumes. De dégustations en digressions, voici l’intégralité de cette interviou.

 

Comment tu as accueilli l’idée d’associer un vin à un « piano transformé » ?

Assez favorablement dans le sens où dès qu’il y a un petit partenariat qui se propose avec des gens dans l’coin, ça me plaît bien.

En fait, ce n’est pas la première fois que tu fais cela, n’est-ce pas?  On t’avais déjà vu avec des chanteurs du festival en 2015 il me semble…

Oui c’est vrai. Et là, par exemple, j’ai un projet avec une chanteuse ibérique qui va se faire accompagner au piano, et à 3 nous devons monter un petit spectacle où elle, elle chante ses  morceaux et entre je présente des vins qui elle l’incite à chanter, qui moi m’incite à présenter un autre vin en une sorte de ping-pong comme ça.

Et à la fin d’un tel spectacle, on finit …

On finit contents ! Hyper contents ! [rires]

Et là ici le fait que ça soit des plasticiens, ça me remet aussi dans le bain, Ça converge avec ma reprise du crayon car, à la base, je suis diplômé des Beaux-Arts et j’ai été plasticien aussi. A un moment donné y’a plus rien qui sortait donc j’ai arrêté ce qui fait maintenant 15 ou 17 ans d’arrêt. Je me remets d’ailleurs en ce moment à faire des dessins qui se rapprochent de l’univers de l’art brut;  donc oui, ça m’a plu cette idée ! Surtout qu’à terme j’aimerais reprendre totalement cette activité pour lâcher celle-là. Enfin bon cette activité me fait plus vivre que l’autre ! [rires]

Oui, enfin d’après ton esthétique aperçue sur le site et quand je te parle, il me semble que choisir des vins est aussi entreprise artistique !

Ah bien sûr, tu ne trouveras pas ici ce qu’il y a au supermarché ou dans les chaines comme les Nicolas où les mecs sont obligés de prendre à la plateforme. Après il suffit que certains cavistes indépendants soient beaucoup plus commerçants. Moi je suis plus caviste que commerçant, je vais être beaucoup plus restrictif; mais déjà parce qu’on est dans le Buëch: il y a cette réalité économique et comme me dit un mec qui vient prendre du vin ici et qui est assez pointu en dégustation : « les meilleurs rapports qualité/prix je les ai toujours trouvés chez vous dans le sens où je comprends votre problématique où vous ne pouvez pas stocker énormément », parce que oui, ça coûte un bras le stock ! et encore un bras c’est gentil…

 

Payer des grands vins à 100/200/300€ une bouteille, c’est une pure connerie, aujourd’hui à 15€ t’as les mêmes vins. C’est ce que vont dire les vendeurs de luxe :  » nous on vend du rêve ». Non, « toi tu t’fout de la gueule du monde ». C’est ce que j’aime démontrer – pour les avoir goûté ces vins qui coûtent des bras.

 

Et alors pour revenir au sujet…

Donc oui, du coup j’étais content voilà ! [rires]

A quoi es- tu sensible dans le piano pour choisir un vin ?

Alors là il faut que j’y retourne ! J’y suis allé une fois, samedi dernier [2ième jour de résidence].

Ils t’ont déjà inspiré quelque chose ces pianos ?

Non pas vraiment. C’était presque un peu trop tôt et j’attendais en fait la quatrième personne [Gaëlle de Feraudy, arrivée un peu plus tard ] pour faire une composition équilibrée. Quand j’y suis allée samedi [14 juillet, 2ième jour de résidence artistique], j’avais l’impression que Marie-Sophie avait encore rien foutu – feignasse ! [rires] Avec les deux Lyonnais, c’était plus avancé, notamment avec Emilie.

Et du coup, que regardes-tu dans le piano, qu’est-ce qui attire ton œil avisé esthétiquement parlant ?

Ce qui va forcément être déterminant, c’est l’appropriation du piano car ce sont à peu près tous les mêmes, des pianos droits. Par exemple, j’ai vu que Emilie avait créé un univers un peu lyrique, un petit univers de fées.

Tu avais vu leur univers avant ?

Non, après c’est un problème de contagion. C’est comme quand tu dégustes avec des copains, t’es là, tu cherches une saveur, une odeur, quelque chose qui en fait est propre à tes sens, ton vécu, ton histoire et pi là y’en a un qui dit « : fraise ! ». Et toi: « ah, c’est ça j’y étais, merci parce que sinon je n’allais pas trouver ». Mais en fait non, tu avais quelque chose en tête et comme le cerveau est très feignant, il va chercher au plus facile : « ah ben tiens tu m’enlèves une épine du pied. Qu’est-ce qu’on goûte maintenant qu’on a trouvé la fraise ? »

Je ne voulais donc pas trop voir en amont ce qu’ils faisaient pour me débarrasser du « tout cuit » : « bon voilà celle-là elle a cet univers-là, ok », je voulais vraiment voir s’il y avait quelque chose de plus qui se passait avec l’interaction avec le piano, tous les 4 pour isoler cette proposition.

Ca marche aussi en dessin: tant que je n’ai pas emmagasiné un tas de choses personnelles, je ne me sens pas de repartir sur d’autres influences que j’avais avant, c’est-à-dire que je ne replonge pas encore dans les univers d’arts plastiques pour éviter un parasitage trop précoce. Je pense que toute reconstruction quelle qu’elle soit part de là, de toi. J’ai des potes qui hallucinent par exemple de voir comment on est comment on réseaute mais en même temps ce truc-là, ce bonheur, tu ne le trouve pas par terre. Tu peux être prêt à te tourner vers les autres si déjà tu as fait un chemin vers les autres et que tu es dispo, que t’es suffisamment solide pour aller vers les autres.

Ah, ça devient très philosophique! Y-a-t-il un autre critère dans le choix des vins que la pure esthétique?

Il y a aussi la question du coût à prendre en compte bien sûr, on va taper dans les 8-10€ la bouteille, y’a des choses très bien dans ces prix-là. Allez, j’vais pas m’faire chier, j’vais prendre un blanc, un rosé, un rouge.

Nan mais y sont 4 les plasticiens hé !

Alors euh blanc, rosé, un rouge, blanc …nan, blanc, rosé, un rouge euh …une bière ! Non, je plaisante,  si ça se trouve il y aura pas de blanc du tout. Je vais voir comment ça se présente!

 

Et « Vinomelody », ça vient d’où?

La mélodie du vin? Eh bien non: cette melody là provient de la célèbre chanson de Serge Gainsbourg. La seconde partie vient d’un personnage inventé « Nicomelody »; et tout de même…du vin!

 

Philippe Rodriguez est installé depuis 12 ans dans le Buëch et 3 ans dans sa boutique de la Place de la République à Veynes, qui ne contient les vins que d’amis et « de connaissances dans le pire des cas ». Il se souvient de marchés à Veynes, levé à 6h30 et revenu à 12h30 ayant vendu en tout et pour tout une bouteille de jus de fruit. Car oui, il vend aussi du jus de fruits – ou vendait car « personne ne vient acheter du jus de fruits chez le caviste » – du thé, et du café; les bonnes choses qui se dégustent, s’explorent, se développent au palais se colorant d’adjectifs en tous genres lorsqu’il les se met à les décrire.

 

 

 

« Chansons pour arrêter le temps », ressentis de résidence

On demande souvent l’avis du public, on demande plus rarement celui des artistes. Que pensent-ils de leurs concerts en gare et de la résidence, les 4 chanteurs du FestiFaï ? Enquête spéciale d’Hors-Format réalisée par l’interviouvée elle-même (autant vous dire qu’elle est spéciale celle-là !).

J+7 déjà (et que) une semaine qu’on joue ensemble, qu’on explore nos univers respectifs, qu’on fait connaissance musicalement et humainement.

Musicalement, à J+7, on a appris les chansons des uns et des autres, on se les approprie, on s’amuse aussi, allant là où on n’a pas l’habitude de s’aventurer, hors de la zone de confort. A J+7, le répertoire au début disparate s’étoffe, s’assume, se pose. Du coup, la folie s’immisce et accentue le contraste pour dessiner le relief.

Humainement, à J+7, on titille les tics découverts au fil des répétitions, on cerne nos limites qu’on ose pousser pour les dépasser et avancer ensemble, dans le respect de chacun. Car tout professionnels que nous sommes, à J+7, quasi 24h/24, on a chacun-e eu un moment de tristesse, de fragilité, de stress, de doute. Et parce qu’en même temps que la musique s’écrit, les humains se lient, ces moments on les transcendent, dans l’échange, la parole, le chant.

Rythmés par le balancement du Veyn’art, les jours se suivent et ne se ressemblent pas, ponctués de rencontres en tous genres, de chocolat au lait et des chaleureux repas d’Aline [non, pas la contrôleuse du Veyn’art mais la responsable accueil des artistes sur le FestiFaï !] …

L’aventure continue, prochaine étape : le FestiFaï…A J+7, ce n’est pas encore fini qu’on pense déjà à revenir…

Par Line Tafomat, dans le Vey’nart au retour d’un concert en gare de Briançon

 

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Générale, 19 juillet [photo: C.Mery]
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En gare de Briançon, 16 juillet, 10h35 [photo: AA]
 

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A la résidence vocale des 4 chanteurs, s’est immiscée la résidence dansée de la Compagnie Chrysalide qui a eu 2 jours pour mettre en mouvement « Chansons pour arrêter le temps ». Retour sur leur travail et sur leur ressentis de danseurs dans un lieu atypique qu’est le Faï.

Hf: Comment avez-vous procédé pour vous intégrer à ce que les chanteurs avaient déjà construits?

Christelle, chorégraphe de la compagnie Chrysalide: Très simplement: en amont, je connaissais l’univers de Philippe [ Christelle a travaillé avec Philippe Séranne sur la scénographie] et il m’a également envoyé des extraits musicaux des 4 artistes sur scène. Sinon, on a écouté ce matin tout le set musical, on a échangé à propos des moments où les chanteurs et moi-même voyaient de la danse. Puis j’ai enregistré ce qui m’intéressait d’eux au niveau musical et on s’est retirés avec les danseurs pendant une demi-journée pour travailler et structurer chorégraphiquement parlant. Enfin, on a reéchangé avec les chanteurs en fin d’après-midi.

Hf: Dans la chorégraphie, travailles-tu à partir de la musique ou bien directement du mouvement?

Christelle: Les deux; la musique est très écrite donc on essaye de se caler sur elle. Ensuite, mes consignes pour les danseurs, ce sont des choses qui ont trait uniquement au mouvement.

Hf: Y-a-t-il des moments musicaux qui provoquent particulièrement le mouvement pour vous, par exemple avec la voix du violoncelle?

Christelle: Ah oui effectivement. On danse principalement sur les morceaux de Line qui étaient extrêmement inspirants: ça a tout de suite parlé aux danseurs de retrouver cette rythmique très présente. J’ai fait le choix de ne pas intervenir sur les chansons à trop-à-texte car il y a des chansons qui s’écoutent et trop de visuel tue le texte. Il fallait donc trouver un équilibre entre tous les arts ici présents et les chansons de Line s’y prêtent assez bien. Ensuite, on a les Trompes qui sont un vrai bonheur; avec un vrai travail d’improvisation et un son vraiment particulier, qui pose une ambiance un peu magique, de science-fiction…

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Pendant la générale, le 19 juillet [photo: Claude Mery]

A quoi êtes-vous sensibles lorsque vous dansez dans ce spectacle ?

(Hf précise que la question a été posée séparément aux 2 premiers)

Camille, 22 ans, a commencé la danse dans sa baignoire – à tout ! Le lieu, l’ambiance, le son…on reçoit beaucoup d’informations et il faut composer avec cela. Dans une des chansons, j’ai commencé à improviser dans quelque chose qui n’est pas mon répertoire et c’est resté, c’est intéressant, ça me met en difficulté !

Adrien, 20 ans, médite quand il ne danse pas– à tout ! Le lieu, les personnes, la musique…et de toute façon quand la musique s’arrête, celle-ci est encore dans le silence, dans la respiration.

Céline, 18 ans, fière bachelière – à ce qui se passe en moi quand je danse, j’essaye de me regarder danser, c’est comme s’il y avait des petits explorateurs dans mon corps ; oui, cette conscience du corps. Et de celle des autres aussi, car nous sommes un groupe.

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Tout, tout, tout, vous saurez tout…sur l’affiche de FestiFaï!

Tu signes « Les 4 étages » ; c’est un nom bien mystérieux…Qui se cache donc dans ces 4 étages ?

C’est un nom trouvé dans l’urgence, quand nous avions créé l’affiche 2013. Il nous fallait un pseudo collectif puisque nous l’avions faite à 2, ma fille Suzanne et moi, or nous habitons au 4e étage… c’est trivial mais j’aime bien ce pseudo trivial. Maintenant, le collectif c’est moi toute seule mais c’est commode de garder ce nom.

 

Depuis 2013, tu reviens régulièrement apporter ton univers pour les affiches du festival. Pourquoi ?

En fait, c’est juste la 2ième fois. Mais je ne propose pas spontanément, je réponds à une commande. En 2013, c’était pour dépanner, je n’y croyais pas ; puis me suis prise au jeu et ça a plu ! En 2014, dépannage encore mais ma proposition n’a pas été retenue. Ensuite, en 2017, j’ai eu deux ans pour y penser, coup de bol, ça a plu.

 

 

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L’affiche qui n’a pas vu le jour

 

On voit souvent apparaître une jeune fille ou une femme dans tes dessins. Pourtant FestiFaï, ce ne sont pas que des chanteuses (sauf cette année peut-être !). Y-a-t-il une symbolique particulière derrière cette jeune femme ?

La gamine qui dansait sur le piano en 2013 a pris un peu de lest avec la femme piano de 2017 ; le seul point commun, c’est la chevelure rousse ! Mais peut-être est-ce en effet la même, qui sait ? En tout cas, elle est venue toute seule sous mon crayon. D’habitude, je fais des dragons et des petites créatures tourmentées, mais en terre cuite ; c’est différent, le geste n’est pas le même.

 

Enfin, comment travailles-tu ? Est-ce l’idée du festival et sa programmation qui t’inspire? Ou bien commences-tu par dessiner, choisir des matières et des couleurs?

La réponse est simple : je fais ce qu’Aline [responsable visuels pour FestiFaï] me demande. Comme ses demandes sont à la fois très précises sur les éléments à inscrire et très vagues sur le rendu, c’est parfait, je peux m’amuser. J’ai d’ailleurs retrouvé la commande de 2013 : « J’aimerais un piano à queue bleu sur l’eau avec une danseuse qui danse sur le piano. Est-ce que vous pourriez me dessiner ça ? ». Je n’avais aucun matériel sauf de la peinture, des feutres et du papier canson. C’était donc tout vu pour les matières et les couleurs (sauf la robe rouge à pois blancs ; ça, c’est le génie de Suzanne). Cette fois-ci, la demande initiale était de trouver un visuel qui associe piano et chant, le chant étant quand même l’essence même de FestiFaï, or on n’avait encore pas mis de chanteur/se sur les affiches. Il fallait aussi que le visuel soit déclinable plusieurs années, pour que le public identifie rapidement FestiFaï (et que les organisateurs soient moins angoissés au sujet de l’affiche). Là j’ai eu le temps de cogiter, de faire des esquisses, de jeter tout et de refaire. La silhouette est prête depuis plus d’un an mais le fond est arrivé par hasard, en passant près d’une grille rouillée…

 

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La jeune fille, robe rouge à pois blancs

 

 

Les 4 étages sont sur la toile et c’est ici!

 

Considérations ferroviaires – épisode 1

 

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Laurie et David dans leur tenue quotidienne d’agents du patrimoine à la CCBD

 

 

« On ne sait pas ce qui nous attend sur les rails ! »

Si vous lisez ces mots, c’est que vous êtes sûrement assis sur les redoutables sièges en sky de la jolie et âgée micheline vanille-fraise plus connue sous le nom de « Veyn’art » ou en passe de le faire! Vous pensiez avoir réservé votre voyage, planifié vos activités, gouguelisé votre destination, minuté votre départ et votre arrivée ; bref, vous pensiez savoir où vous mettiez les pieds : dans un train.

Mais le Veyn’art n’est pas un train comme les autres, d’ailleurs à la connaissance de Laurie, nouvelle agente du patrimoine à la Communauté de Communes d’ici, « il n’en existe pas d’autres » !

Laurie et David, petits nouveaux de la CCBD sur le versant culture et communication remplacent Martine, grande manitoute de ce projet que vous avez sûrement aperçue si vous avez pris le Veyn’art les années précédentes.  Je les débusque dans leur bureau jouxtant l’écomusée ferroviaire, entre TGV magazine, maquettes de train en toutes les matières et casquettes de contrôleurs. Tous les deux historiens de formation, ce n’est pas du tout le train qui les a emballés mais plutôt la curiosité, qualité essentielle au métier. Et quelques autres détails… « Ça m’a rappelé ma région [St Etienne] où on a eu la première ligne de train industrielle », ajoute Laurie ; quant à David, « attaché à la vallée du Buëch et à son histoire, c’est plutôt « le côté multipartenaires » et « des gens avec la banane ! » qui l’a séduit. Tous séduits qu’ils sont, il y a eu quelques défis à relever dont l’adaptation à une nouvelle équipe et le manque de temps (4 mois pour préparer). Mais tout de même, « c’est génial d’avoir ce train qui révèle vraiment différents horizons pour faire découvrir une région d’un point de vue totalement nouveau dans une alliance des 4 : historique, artistique, gustatif et même sportif…On vous avait dit : tout est imprévu !

 

Mais que dire de la pérennisation d’un tarin touristique quand les trains ordinaires disparaissent des petites lignes?

D ‘après le documentaire « SNCF, quand le service public déraille » (disponible sur Youtube), le réseau ferroviaire français a été divisé par 2 en 80 ans, passant de 60000km à 30000km de voies. Alain Gardon, membre et fédérateur du « Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes » créé en novembre dernier et dont vous venez d’assister à une action ce 13 juillet 2017, donne son point de vue sur un sujet dont nous ne parlons plus guère tant il est devenu commun: une énième grève à la SNCF? Un énième retard? Des billets hors de prix? Faites du covoiturage! Alain explique donc ici en propos toujours mesurés, en quel sens le train peut avoir une utilité aujourd’hui et pour quelles raisons il s’avère nécessaire dans un avenir proche; notamment dans une région où Veynes, gare de « petites lignes », se situe au cœur d’axes très importants (Valence, Grenoble, Marseille, Briançon).

Pour revenir en quelque sorte à l’origine, pour quelles raisons défendez-vous le train ?

Là on parle maintenant de convictions, les chiffres existent mais ils sont toujours discutables. Ceux que l’on donne nous, comme ceux que donnent les autorités. Alors je vais prendre une image : à l’époque de mes parents, il y avait des trams qui desservaient tous les environs d’une ville ; par exemple à Grenoble, on desservait aussi le Vercors en tram. Puis la mode de la voiture est arrivée et on a détruit tous les trams. Jusqu’à ce que 50 ans après on s’aperçoive que c’est en fait une grosse connerie écologique ainsi que de circulation, de confort, de desserte, etc. On a donc reconstruit des trams. A titre personnel, j’ai la conviction que l’on est en train de faire exactement la même connerie avec les petites lignes de trains. On est en train de dire « ça coûte trop cher », en trichant sur plein de choses , car autant faut-il être auto-critique avec sa propre opinion des choses, autant il y a des choses qui m’apparaissent assez certaines dans la stratégie SNCF. Quand on veut se débarrasser d’une ligne, on commence par ne pas faire les travaux et diminuer les contrôleurs, donc ça dysfonctionne, les gens ne la prennent plus et à la fin c’est en effet facile de dire « mais vous voyez bien, personne ne la prend plus ! ». Ce phénomène est pour moi une certitude. Je pense donc que toutes ces petites lignes qu’on laisse pourrir parce qu’on ne fait pas les travaux nécessaires vont être supprimées. Dans un certain nombre d’années, on s’apercevra que les routes sont surchargées et qu’écologiquement, on court à la catastrophe. Je prends moi-même très peu le train car j’ai encore un pied-à-terre en Belledonne, inaccessible sauf par la voiture. Ce qui fait que concrètement je suis un mauvais défenseur du train car je prends très peu le train ! Malgré cela, je crois que c’est une erreur à long terme de supprimer les petites lignes. Je rajouterai une raison un peu « égoïste » : le car dans nos régions de montagne, ce n’est pas tout à fait la même chose que le car en région de plaine ! Mal de cœur, sécurité – surtout l’hiver : un car sera toujours bloqué avec la neige. A l’époque où la SNCF était sérieuse, on n’aurait jamais vu un train bloqué par la neige.

 

Pensez-vous alors qu’un train artistique tel que le Veyn’art pourrait apporter un point positif à cette politique ?

Je ne sais pas quelle est ma part d’optimisme là-dedans, mais oui, je pense que oui. Car le Veyn’art installe du plaisir de prendre le train même si cela est un train particulier, un train historique… ça peut redonner l’idée de prendre le train, d’autant plus qu’il passe ici par des lignes très belles et les voyageurs peuvent donc redécouvrir que c’est plus confortable qu’en voiture avec en plus le plaisir des yeux : on ne sort pas de livre, on regarde le paysage !

 

Voyez-vous d’autres solutions envisageables pour un avoir un impact sur cette politique?

Ca, c’est peut-être notre boulot principal ; on repère par exemple tous les dysfonctionnements des lignes afin d’avoir des chiffres, ce qui est un outil fort pour éviter la langue de bois des Comités de lignes…Mais rien n’est gagné.

 

 

En savoir plus sur le train haut-alpin:

*La voix ferrée des Alpes, journal dont le 2ième n° vient de paraître (parution aléatoire)

*Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes sur Facebook.

 

Katrin Waldteufel alias Cellowoman

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Fan de Wonderwoman quand elle était petite et de son aïeul alsacien, grand compositeur pour soirées dansantes, Catherine ou Katrin’ est devenue par une métamorphose incongrue – Cellowoman, une femme à cordes aux pouvoirs de voix décuplés (au moins par deux) qui ne dort pas avec son violoncelle mais « à côté ». A l’écoute de son album sorti en février dernier, c’est tout à fait bluffant : les deux s’en mêlent mais ne font qu’un (HF en est déboussolé) ! Sinon, elle aime les fleurs dans les cheveux et la couleur rose-rouge, et elle a l’air très sérieuse et très sage comme ça mais vraiment, ne vous fiez pas aux apparences : elle vous déménage un Café du Peuple entier à son énergie vocale trépidante !

 [une autre interviou faite au vol avant une résidence]

 

Bonjour Katrin, Tu te nommes également Cellowoman. Pourquoi ce nom aux consonances mystérieuses ?

Mon nom d’artiste, quand j’ai commencé, c’est Katrin’ pour faire plus court que l’orthographe ordinaire et j’ai gardé mon nom de famille qui est illustre grâce à un aïeul compositeur avec un nom qui est magnifique et dont je suis très fière mais à part en Alsace et en Allemagne c’est toujours compliqué pour le prononcer, les gens bloquent sur le « waldtttt » et du coup en entendant les gens prononcer mon nom avec une certaine difficulté, je me suis dit « pourquoi pas trouver un truc plus simple qui parlerait aussi directement de mon univers ! Cello c’est en effet l’abréviation, le terme générique qui vient de l’italien pour tout violoncelliste du monde entier. C’est pour raconter ce qu’il se passe sur scène : il y a du cello, il y a une femme ; cello-femme ça sonnait moins bien que cellowoman et en plus il se trouve que c’est quand même mes initiales C.W, Catherine Waldteufel. Et là les gens le retiennent et arrivent à le prononcer normalement, du coup ça me va.

 

Cellowoman, ça fait aussi super-héros ! Cellowoman a-t-elle des super-pouvoirs ?

Exactement. En fait, c’est un peu le contre-pied du super-héros : y’a Pretty Woman, Wonder Woman et il y a Cello Woman. Je pense que les héros modernes n’ont rien à voir avec les héros qu’on nous montre dans les livres et les films, c’est-à-dire que je propose vraiment ce que je suis, le plus authentiquement possible : je montre que je ne suis pas la plus forte ni la meilleure mais qu’il y a un peu de bonheur par là et finalement les gens se sentent rejoints dans ce qu’il y a d’imparfait car nous sommes tous les mêmes dans cette imperfection. C’est ce qui nous lie tous. Et ce n’est pas grave ! Le monde nous montre ce modèle de perfection et effectivement, ça fait rêver, on a besoin de rêve mais à un moment donné, il faut aussi voir l’autre côté.

 

Mais justement une Cello Woman, c’est original, ça appelle au rêve !

Eh bien Cellowoman s’appelle aussi Cellowoman parce qu’il ya Mr Cello. C’est de l’ordre de l’onirique. Et sa vie sur scène, c’est avec Mr Cello.

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A chanson qui rocke, Katrin rocke!

Et comment se passe cette vie de couple ?

Alors il y a Cellowoman sur scène et Catherine dans la vie, c’est du 2 en 1 comme l’exprime le titre de mon album. On peut être double : il y a un peu de cello en moi et Mr Cello a un peu de Cellowoman en lui. Je suis femme et violoncelliste, la femme violoncelle et sur scène, effectivement, nous sommes inséparables. Ca peut ressembler à une vie de couple mais le jour où les violoncelles parleront, les poules auront des dents ! On est dans un univers onirique et poétique, c’est ce côté entre la vie très quotidienne et la vie fantastique qu’on s’invente.

 

On dit que le violoncelle est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix. C’est donc peut-être toi, qui le fait « parler » …

C’est vrai qu’à un moment donné, sur la formule que je vais présenter au Festifaï, le but est que l’on ne distingue pas qui chante et qui joue. Ce n’est pas la seule que je fais sur scène mais ici c’est ce que je veux, mêler les deux. Dans l’album, il y a ces deux formules : la première « solo » que je viens de décrire, « deux en une » et une formule « duo », plus large, travaillée avec un multi-instrumentiste, qui donne un son plus large et où je lâche parfois mon violoncelle. C’est le CD blanc de l’album. Et finalement cet album montre bien mon côté duel, de mon travail, de mon univers, de ma personnalité et de ce que je présente sur scène.

 

Enfin, en regardant ton affiche et en t’ayant vue pendant la résidence, on sent un grain de folie percer derrière une apparence de sériosité !

[rires] Exactement, ce qui transparaît sur scène ne se voit pas forcément dans la vie mais je pense que beaucoup d’artistes ont ça en eux, pas vraiment un côté schizophrène mais pour s’exprimer d’une façon plus fantaisiste, il faut un cadre, et c’est ce que donne la scène, un espace-temps cadré. Donc oui, la Cellowoman est toujours là en moi, mais elle s’exprime à des moments particuliers.

 

Elsa Gelly, la femme à voix nue

 

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Elsa et Katrin en résidence

 

Elsa Gelly est une grande détourneuse de chansons (françaises) ! Elle a commencé par le saxophone classique – « je ne sais pas quelle idée m’avait prise » dit-elle à ce sujet –. Pour s’en libérer et aller plus loin, elle a préféré chanter. Bien lui en a pris ! Depuis c’est a capella qu’elle a chanté et jazzé dans plusieurs ensembles, et depuis peu, seule. Chose curieuse mais courante : quand elle chante, elle n’a pas l’accent du Sud. Et pourtant, elle vient de Montpellier.  Sinon elle aime aussi le chocolat, mais son vrai besoin, c’est chanter…au second degré!

 [une interviou réalisée rien que pour vous un croissant entre les dents et les pieds sur le départ de la résidence!]

La première chose que j’ai pu apercevoir de toi est ton affiche avec cette image très sensuelle ainsi que le titre de ton spectacle « La Femme à voix nue ». En quel sens te mets-tu à nu ou te déshabilles-tu sur scène ?

Je ne me déshabille pas sur scène, qu’on soit bien clair [rires] ! La première raison, c’est que je suis a cappella, il n’y a pas d’accompagnement. Ensuite, l’histoire de mon spectacle c’est un peu ça : comment certaines situations font qu’on doit se dévêtir petit à petit de « couches » qui nous montrent finalement tels que l’on est vraiment. Dans ce spectacle, je suis arrivée avec une liste de chanson que j’avais rassemblées et il a fallu chercher avec mon metteur en scène Michèle Guigon comment relier ces chansons pour pouvoir trouver un sens et les habiter. Et puis j’aime beaucoup les histoires de transformation de nous-même, qui on est, cette quête de soi ; à travers les chansons je parle de ça. Ces chansons ne sont que des reprises, je m’en sers donc comme des outils pour dire quelque chose sur moi et la nature humaine, c’est tout un parcours qui va à l’essentiel de ce que l’on est.

 

Tu interprètes mais tu n’écris pas de chansons. Est-ce un choix ? As-tu déjà pensé à écrire tes propres chansons ?

J’y ai pensé mais j’ai l’impression que c’est un tout autre métier. C’est devenu un choix ; ceci dit il y a sûrement une partie de moi qui n’ose pas le faire, tout en me disant qu’être interprète, c’est AUSSI un vrai travail de recherche et de pratique.

 

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L’interprétation de chansons « d’autres », c’est le boulot de la résidence et pas des moindres!

 

Quelles sont les chansons que tu préfères interpréter, as-tu un titre ou un auteur particulier ?

Non pas vraiment. Il y a un auteur que j’aime beaucoup, c’est Nougaro. J’aime aussi beaucoup détourner. Par exemple dans le spectacle, là, j’ai une chanson de Johnny [Hallyday !], au départ c’est pas forcément ma tasse de thé mais j’aime bien les transformer avec le second degré, c’est quelque chose que j’aime beaucoup et d’ailleurs ça te permet de découvrir des textes qui sont certes assez simples dans l’écriture mais qui ne sont pas si nazes au final !

 

En effet, j’ai remarqué à l’écoute de certaines de tes chansons que l’humour y est très présent. Est-ce un ingrédient essentiel pour toi, pour une bonne chanson ?

Oui, absolument, j’ai besoin de ça. Hier, on parlait de Leprest sur lequel on a fait un spectacle avec Katrin Waldteufel ; pour moi c’est hyper dur de chanter Leprest car c’est trop premier degré, ça m’étouffe. Ça ne m’empêche pas d’être aussi touchée mais c’est très important pour moi d’avoir un décalage, de l’humour pour faire passer tout ça.

 

Et pour finir: as-tu déjà chanté sur un quai de gare ?

Eh bien…non ! J’ai hâte de voir quelle ambiance cela va créer. Je ne doute pas de l’effet, je trouve que c’est un bel endroit pour chanter !

Line Tafomat, la voix dans tous ses états

 

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Pas évident de transcrire une rencontre avec Line, qui mêle à la parole beatbox, percus et chant ! Chez elle la voix, c’est le corps, nourri de yoga la tête en bas et…de chocolat. Il n’y a pas de note, il y a le mouvement au-devant de la pensée, le ressenti d’une pulsation et les voix des autres, celles à explorer. Inspirée des circle songs de Bobby Mc Ferrin, formée à la technique du chanteur moderne d’Allan Wright mais se baladant dans ses rêves d’une nuit aux côtés de Serge Gainsbourg, Line à la voix enveloppante de contre-alto nous fait groover grave !

[HF s’excuse d’avance pour la retranscription aléatoire des onomatopées, s’adresser à l’intéressée pour les sons originaux !]

 

On t’a aperçue au FestiFaï en 2014 aux côtés de Delphine Coutant ; aujourd’hui tu reviens en solo pour l’édition 2017. Qu’est-ce qui t’as fait revenir au FestiFaï ?

Eh bien parce qu’on me l’a proposé ! J’ai vraiment apprécié la découverte de ce festival il y a 3 ans, son ambiance, son atmosphère ; je trouvais qu’il y avait une jolie musicalité mêlée d’une jolie humanité… Et du coup quand on m’a proposé, j’ai dit « oui » !

 

Sur le programme, on peut lire « concert participatif » et « concert récréatif » pour ton spectacle du 22 juillet. Qu’est-ce donc ? Y-a-t-il une subtile différence entre ces deux notions ?

Alors, un concert participatif, c’est un concert auquel on participe…- en fait des fois, je pense qu’il ne faut pas aller chercher très loin [rires], et un concert « récréatif », a priori, c’est un concert où on s’amuse…L’idée étant de cocréer avec l’artiste, où moi-même j’amène de la matière vocale, de la matière percussive et que cette matière s’exprime dans toute une marge qui va aller du solo absolu à la chorale dans laquelle les gens deviennent « spect-acteurs ». Ceci vient du fait que je suis artiste-chanteuse ET artiste-pédagogue et j’aime vraiment, sincèrement, les deux. Dans ma pratique artistique, je me sers donc du public comme une chorale et c’est fou tout ce qu’on peut lui faire faire [rires] ! C’est en fait assez impressionnant de voir ce qu’on est capable d’impulser et ce que les gens sont capables de sortir alors qu’on ne s’y attendait pas. Et puis il y a souvent, je trouve, des moments suspendus où les gens font « lalala » [chante tout bas] et toi tu les relances tu fais « LALALA » [chante très fort] et tu reçois toujours un « lalala » [tout bas] mais tu commences à voir arriver des sourires…Et au fur et à mesure, tu vois la tête des gens qui commencent à faire ça, à se regarder les uns les autres et à se dire « waou c’est nous qui faisons ça!».

 

Et ça prend toujours facilement ?

Ça dépend vachement des publics et moments. Des fois toi-même tu lances des trucs en mode diesel et donc tu es content que les gens le soient aussi, des fois tu es en mode « trois, quatre tsshh ! » et des fois tu donnes toute ton énergie et ce que tu récoltes, c’est tout petit petit. Ca fait partie des inconnus du processus. Mais en faisant pas mal d’ateliers pédagogiques et d’ateliers polyphoniques, j’accumule des expériences, et le concert participatif-récréatif vient mêler tout cela. Généralement, les gens viennent me voir à la fin et me dire « mais pourquoi c’est trop court ?! »

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« Concert participatif », on entend cet adjectif un peu partout aujourd’hui : est-ce que cette démarche vient s’inscrire dans la tendance du « co-  tel qu’on peut le trouver dans les transports, la nourriture et ces autres initiatives d’aujourd’hui ?

Ça peut ! Ça a du sens en tous cas car c’est l’idée de faire ensemble et faire avec ce qu’on a. Tu viens avec ton corps et avec ton corps tu peux faire – poumtchak – pleins de choses. C’est aussi l’idée d’exprimer la créativité que chacun porte en soi et qu’on ose peu montrer. On est quelques-uns auto-proclamés artistes, mais c’est présent chez tout le monde, et faire sortir cela joue sur l’estime de soi, le partage avec les autres. Alors oui, effectivement on peut dire que c’est bio, écolo…local ! Ou plutôt local international : c’est ce qui est génial avec cette formule, tu vas partout.

 

Et quelles sont tes influences dans ton apport de matière vocale et percussive ?

Je cherche dans toute cette famille-là qui est musique corporelle. La musique organique, de base, elle est universelle. Ensuite, musicalement, je suis influencée par les bonnes musiques du monde entier. J’ai un goût particulier pour les musiques panafricaines – bon ça veut rien dire mais afro-américain, afro-caribéen, afro-réunionnais, afro-africain…. L’identité musicale africaine ne se limite pas à l’histoire de l’esclavage. On a une vision assez réductrice de cette identité.

 

Et du coup, comment se passe la coopération artistique avec les 3 autres pour l’instant ?

On s’est rencontrés plusieurs fois par Skype avant cette résidence. Je suis curieuse de rencontrer les filles en chair et en os car je ne les connais pas du tout: je ne suis pas dans le milieu chanson, je suis dans le milieu vocal.

 

Avec ton ensemble vocal, faites-vous également de la chanson française ?

Dans notre ensemble, ce n’est pas moi qui chante, c’est elles! Mais c’est en général plutôt groove et polyphonies: on a fait par exemple un chant occitan du XVIème siècle, du gospel, Stevie Wonder… Je dois être la pièce outsider du FestiFaï!

 

Dans la résidence, chaque artiste apporte ses chansons, et toi ?

Oui, moi aussi. Ah, tu entends quoi par chanson française ? Parce que c’est large, si ce sont des chansons en français alors oui.   Là où je me retrouve aussi pas mal, ce sont dans les textes ; c’est d’ailleurs là où on s’est retrouvées avec Delphine Coutant, ce même amour des mots, de la poésie…et finalement, pas vraiment de la musique.

 

Quel est ton parcours pour en arriver à musicienne-pédagogue ?

Quand j’étais enfant j’ai joué du saxophone, puis à 19-20 ans j’ai commencé le chant et là j’me suis dit « vazy j’continue ! ». J’ai donc poursuivi à l’envie et à la motivation car il y avait « là où j’étais » et « là où je voulais aller » et il existait comme une petite distance entre les deux  donc j’ai commencé à prendre des cours de technique vocale. J’ai notamment réalisé une formation de deux ans avec Allan Wright et sa technique du chanteur moderne ; j’adore son approche très cartésienne du chant et sa conception mouvante de cette technique qu’il ne souhaite pas figer en une « méthode ».

 

Et la discussion continua, continua, continua…jusqu’à ce que Line change la parole pour le piano!

~The End~

 

 

Philippe Séranne et la résidence

En plus d’être chanteur, Séranne est un inspirateur inspiré « en apesanteur ». Il suffit qu’il lance une idée – même la plus folle – pour que celle-ci voit le jour. Voyez un peu : il imagine une scène sur l’eau à la Ferme du Faï (Le Saix), quelques temps après, le festival naît de la construction de cette scène. H-F n’entrera donc pas pour l’instant dans les profondeurs de son univers mais évoquera ici son rôle de pilote de la création, qui fait aussi la spécificité de FestiFaï.

 

Cette année, le thème de la résidence est le temps. Pourquoi ce choix ; peux-tu un peu détailler ?

En fait, cette idée part d’un manque d’idées. A ce moment, j’étais sur ma tournée « Le Temps des gens » et Aline [conseillère artistique] a proposé que ce soit ce même thème.  Mais je voulais éviter que FestiFaï ne tourne qu’autour de Philippe Séranne, donc on a gardé « Le temps ».

Oui, et finalement ce thème est assez large…

Ce qui m’a plu avec le thème du temps, c’est également le rapport au train : le train a un rapport au temps assez compliqué. C’est réglé comme du papier à musique et ça passe son temps à être en retard. De surcroit, le temps c’est aussi le bon vieux temps, l’autrefois et ceci c’est un truc très fort dans le Veyn’art.

Y-a-t-il une dimension future aussi ?

Alors, dans le Temps des Gens, oui ! Mais ici, ce que j’ai proposé aux autres chanteuses c’est de travailler sur la notion de présent. D’où le titre de notre création « Chansons pour arrêter le temps ». L’idée est que la musique, la chanson, la poésie sont des moments qui permettent d’arrêter le cours du temps.

On a remarqué que le lieu avait une extrême importance dans le festival ainsi que dans ta propre pratique artistique. Le fait de le faire au Faï, de revenir sur ce lieu à l’origine de FestiFaï conserve-t-il toujours cette importance ?

Absolument ! FestiFaï ça vient du Faï ! Ça faisait 3 ans qu’on n’y était pas, quel pied d’y retourner ! Pour moi, c’est un lieu énergétique central. J’espère qu’il n’y aura pas d’orage ni de vent du Nord ce soir-là, j’espère qu’on va vivre un bon moment là-haut et que ce sera un renouveau pour le travail avec le Faï.

Votre création s’entoure cette année de danseurs. Est-ce pour créer un effet particulier ? En quoi cela peut-il s’allier à la chanson ?

Le Faï est un lieu pour moi très visuel, très graphique. Il y a bien sûr la scène sur l’eau, mais pour moi c’est l’ensemble qui est l’espace scénique. Pour des chanteurs c’est difficile d’investir le reste de l’espace car on est bloqués par nos micros, nos instruments ; finalement on est assez peu mobiles. Et la liberté des danseurs, c’est de pouvoir aller partout. J’ai envie qu’ils donnent vie à cet espace élargi.

 

Cela fait à présent 4 ans au moins que la formule « résidence-> création » constitue le principe-clé du festival. Est-ce qu’on travaille toujours pareil d’années en années ?

Ça fait plus que 4 ans, c’est en fait depuis le début car le festival est né de cette idée – rassembler différents artistes pendant un temps pour créer un spectacle. Il y a bien sûr des évolutions, je dirais qu’il y a eu 3 temps : les deux premières années où je m’étais contenté de mettre en tas des artistes et d’allumer le feu dessous me disant ça va cuire tout seul. Ça marche, mais par la suite, on a fait venir Xavier Lacouture pendant 2 ans où j’ai appris des techniques pour aller plus loin que mélanger des ingrédients et savoir construire un spectacle à partir d’univers très différents, grâce notamment à un thème mais aussi à une manière particulière de se préparer pour la résidence. Depuis que Xavier n’est plus là, je continue sur la lancée, parfois avec l’aide artistique d’un autre musicien comme en 2014 où j’avais confié les clés musicales à Mickaël Paquier [batteur], parfois avec moi-même pilotant le projet – ce qu’on fait ici pour la 2ième année. Ce qui est particulier cette année, c’est l’accent sur la voix : ce sont avant tout des voix que l’on va mélanger.

Donc tu as choisi tout d’abord des « voix » pour FestiFaï 2017 ?

Tout à fait.

 

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« On commence à voir se dessiner les limites de chacun et les tempéraments! » Line, résidence J2

 

Et le fait que cela soit uniquement des voix féminines ?

Peut-être parce que les filles chantent mieux ! Non ça c’est vraiment une connerie [rires]. Ceci dit, curieusement, il y a beaucoup de garçons qui font de la chanson en ayant très peu de vocal et chez les filles, bien souvent, la voix est plus investie et sont celles qui ouvrent des portes complètement nouvelles. Dans la chanson en particulier, on considère souvent que le texte est le plus important, pas la voix, et il y en a quand même beaucoup qui font l’impasse dessus. Et puis bon comme moi je n’aime pas les chanteurs qui ne chantent pas, j’ai tendance à inviter des gens qui ont quelque chose dans la voix! Enfin, c’est loin d’être le critère premier mais on a toujours eu plus de garçons que de filles donc si pour une fois on peut avoir plus de filles que de garçons, ce n’est pas plus mal !  La première dont j’étais sûr d’inviter était Elsa car il y a quelque chose au niveau de la voix que j’avais envie d’expérimenter. Assez vite, j’ai pensé à Line car Delphine Coutant m’en avait beaucoup parlé mais j’ai beaucoup hésité car elle n’arrive pas avec un univers d’auteur même en écrivant beaucoup, on est pas dans la chanson; mais tant mieux! Ca m’a fait hésiter par rapport à d’autres personnes, je voulais inviter Eric Toulis, un humoriste et c’est ça qui me manquait cette année, un « gros débile », un « déconneur », un personnage qui a un peu tendance à l’exagération quoi ! Et Katrin, c’est de la délation: Xavier Lacouture qui a travaillé sur la mise en scène de son spectacle et qui m’a dit « elle est super » ! J’avais déjà repéré quelque chose de très original en elle et comme en plus, j’adore le violoncelle, instrument dont elle joue hyper bien, ce sera notre 5ème voix.

Et toi, finalement,  quel est ton rapport au temps : en retard, en avance, pile à l’heure ?

Alors je dirais que j’ai un côté hyperactif et je suis toujours à la recherche de moments d’intensité. Par exemple, ce que je trouve génial dans une chanson, c’est que tu concentre en 3mn, 1000h de travail. J’adore tout ce qui concentre le temps, on voit ça beaucoup dans un film, ou même une œuvre d’art en général, partout où le talent s’exprime finalement. Une belle baraque, un bon plat… ; c’est de la concentration de temps et de talent !

 

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Prof et élève? Ca se saurait! Ci-dessus, expérimentation d’une partition pour trombones sans trombones (et des voix à la place!)