La métamorphose en images

Métamorphose du piano de Michaël Relave

Métamorphose du piano d’Emilie Teillaud

 Métamorphose du piano de Marie-Sophie Koulischer

Métamorphose du piano de Gaëlle de Feraudy

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La Rotonde, késako?

La Rotonde, lieu de concert du 23 juillet, est l’ancien emplacement de garage et réparation des trains; un cercle où défilaient wagons et locomotives sous une grande coupole. Il en existe encore, comme à Chambéry. Celle de Veynes, cependant, a été détruite en 1971 et a suscité beaucoup d’émotions; comme le témoigne ses quelques extraits…

[merci à la compagnie Dernière Minute pour ses extraits choisis!]

 

6 novembre 1971, la dernière rotonde de la région méditerranée part en fumée. Certes, elle était en mauvais état, mais elle était l’un des symboles de la gloire du PLM 36 voies et…72 fenêtres pour 80m de diamètre.

 Le personnel est utilisé à la démolition des locomotives…et là, y’a pas que la rotonde qui est abattue !… Roger Marrou, cheminot veynois (dit La Repi) en a fait un poème intitulé « la fin d’un règne » :

« La fin d’un règne

Ce lent écroulement leur rappelait soudain

Celui que les trompettes chantèrent avant combat

Bien des siècles en arrière, au bord du Jourdain.

Mais ce soir ne sonnait que le bronze d’un glas

Un airain qui pleurait sur une sépulture,

Des songes envolés, un règne qui s’achève.

Des illusions perdues que des foulées impures

Inexorablement repoussaient vers le rêve.

Puis la dernière pierre tomba comme lassée

Suivie par des regards perdus loin dans le temps

Qui tentaient de chercher les traces du passé,

Ce passé qui fuyait déjà depuis longtemps

Comme un vieux souvenir, un conte trop usé

Au passage des ans, et qui s’oublie bien vite.

Une larme brilla en goutte de rosée

Puis coula doucement sur une face cuite.

Il ne restait plus rien du colosse de pierre.

Rien qu’un immense vide emplissait le regret.

Là-haut dans le ciel bleu où planait la poussière

Un ange pris son vol ,bouté par le progrès.

Les yeux se détournèrent sur le gris du chemin

Où passaient lentement les fantômes ternis

d’une ère révolue que la main du destin

Refoulait sans pitié vers l’éternelle nuit…

Le long piétinement d’un groupe soudain las,

S’en allait tristement suivant une autre vie,

Foulant une autre route où résonnent les pas

De ceux qui auraient maudit cette lente agonie

Et le dépôt SNCF tomba… « 

 

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Dans le Veyn’art ensoleillé: la nostalgie jusqu’au bout

 

La fabrique d’un festival

Installation de la Rotonde : pied-à-terre sur une étoile

Un festival itinérant dans un train, ça fait rêver non ? FestiFaï et le Veyn’art l’ont fait, mais pas depuis un nuage : l’ambition onirique se heurte toujours à la réalité de la réalisation, notamment dans de tels projets impliquant une multitude d’acteurs, notamment la grosse machine de la SNCF. Il a fallu entre autres avoir l’accord de toutes les gares d’arrêts et dépêcher du personnel en plus – vu qu’il s’agit également « de périodes de congés », nous précise Brigitte –  chef de gare à Veynes, enthousiasme aux lèvres discret mais palpable et la conscience des précautions.

Quant au concert du 23 juillet clouant le festival, c’est aussi en gare qu’il va se dérouler, mais celle des trains, des anciens trains qu’on réparait sur une Rotonde, aujourd’hui friche industrielle, verdure réapparaissant entre les pavés et plateforme d’une jolie couleur rouille. Evidemment, même processus :  c’est ici un dossier complet, photos à l’appui qu’il a été nécessaire de transmettre pour obtenir l’autorisation de la région SNCF. On ne lésine pas ensuite sur la sécurité dans l’installation des gradins qui doivent être prêts à recevoir d’éventuels transports d’amour, de joie, ou autres effusions des spectateurs : « Imagine qu’ils décident tous d’un coup de se lever pour aller embrasser les artistes à la fin », lance Jean-Michel Pillone, en train de fixer avec attachement les planches qui accueilleront séants de spectateurs.

Bref, les rêves sont réalisables… avec un solide pied-à-terre !

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« Chansons pour arrêter le temps », ressentis de résidence

On demande souvent l’avis du public, on demande plus rarement celui des artistes. Que pensent-ils de leurs concerts en gare et de la résidence, les 4 chanteurs du FestiFaï ? Enquête spéciale d’Hors-Format réalisée par l’interviouvée elle-même (autant vous dire qu’elle est spéciale celle-là !).

J+7 déjà (et que) une semaine qu’on joue ensemble, qu’on explore nos univers respectifs, qu’on fait connaissance musicalement et humainement.

Musicalement, à J+7, on a appris les chansons des uns et des autres, on se les approprie, on s’amuse aussi, allant là où on n’a pas l’habitude de s’aventurer, hors de la zone de confort. A J+7, le répertoire au début disparate s’étoffe, s’assume, se pose. Du coup, la folie s’immisce et accentue le contraste pour dessiner le relief.

Humainement, à J+7, on titille les tics découverts au fil des répétitions, on cerne nos limites qu’on ose pousser pour les dépasser et avancer ensemble, dans le respect de chacun. Car tout professionnels que nous sommes, à J+7, quasi 24h/24, on a chacun-e eu un moment de tristesse, de fragilité, de stress, de doute. Et parce qu’en même temps que la musique s’écrit, les humains se lient, ces moments on les transcendent, dans l’échange, la parole, le chant.

Rythmés par le balancement du Veyn’art, les jours se suivent et ne se ressemblent pas, ponctués de rencontres en tous genres, de chocolat au lait et des chaleureux repas d’Aline [non, pas la contrôleuse du Veyn’art mais la responsable accueil des artistes sur le FestiFaï !] …

L’aventure continue, prochaine étape : le FestiFaï…A J+7, ce n’est pas encore fini qu’on pense déjà à revenir…

Par Line Tafomat, dans le Vey’nart au retour d’un concert en gare de Briançon

 

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Générale, 19 juillet [photo: C.Mery]
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En gare de Briançon, 16 juillet, 10h35 [photo: AA]
 

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A la résidence vocale des 4 chanteurs, s’est immiscée la résidence dansée de la Compagnie Chrysalide qui a eu 2 jours pour mettre en mouvement « Chansons pour arrêter le temps ». Retour sur leur travail et sur leur ressentis de danseurs dans un lieu atypique qu’est le Faï.

Hf: Comment avez-vous procédé pour vous intégrer à ce que les chanteurs avaient déjà construits?

Christelle, chorégraphe de la compagnie Chrysalide: Très simplement: en amont, je connaissais l’univers de Philippe [ Christelle a travaillé avec Philippe Séranne sur la scénographie] et il m’a également envoyé des extraits musicaux des 4 artistes sur scène. Sinon, on a écouté ce matin tout le set musical, on a échangé à propos des moments où les chanteurs et moi-même voyaient de la danse. Puis j’ai enregistré ce qui m’intéressait d’eux au niveau musical et on s’est retirés avec les danseurs pendant une demi-journée pour travailler et structurer chorégraphiquement parlant. Enfin, on a reéchangé avec les chanteurs en fin d’après-midi.

Hf: Dans la chorégraphie, travailles-tu à partir de la musique ou bien directement du mouvement?

Christelle: Les deux; la musique est très écrite donc on essaye de se caler sur elle. Ensuite, mes consignes pour les danseurs, ce sont des choses qui ont trait uniquement au mouvement.

Hf: Y-a-t-il des moments musicaux qui provoquent particulièrement le mouvement pour vous, par exemple avec la voix du violoncelle?

Christelle: Ah oui effectivement. On danse principalement sur les morceaux de Line qui étaient extrêmement inspirants: ça a tout de suite parlé aux danseurs de retrouver cette rythmique très présente. J’ai fait le choix de ne pas intervenir sur les chansons à trop-à-texte car il y a des chansons qui s’écoutent et trop de visuel tue le texte. Il fallait donc trouver un équilibre entre tous les arts ici présents et les chansons de Line s’y prêtent assez bien. Ensuite, on a les Trompes qui sont un vrai bonheur; avec un vrai travail d’improvisation et un son vraiment particulier, qui pose une ambiance un peu magique, de science-fiction…

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Pendant la générale, le 19 juillet [photo: Claude Mery]

A quoi êtes-vous sensibles lorsque vous dansez dans ce spectacle ?

(Hf précise que la question a été posée séparément aux 2 premiers)

Camille, 22 ans, a commencé la danse dans sa baignoire – à tout ! Le lieu, l’ambiance, le son…on reçoit beaucoup d’informations et il faut composer avec cela. Dans une des chansons, j’ai commencé à improviser dans quelque chose qui n’est pas mon répertoire et c’est resté, c’est intéressant, ça me met en difficulté !

Adrien, 20 ans, médite quand il ne danse pas– à tout ! Le lieu, les personnes, la musique…et de toute façon quand la musique s’arrête, celle-ci est encore dans le silence, dans la respiration.

Céline, 18 ans, fière bachelière – à ce qui se passe en moi quand je danse, j’essaye de me regarder danser, c’est comme s’il y avait des petits explorateurs dans mon corps ; oui, cette conscience du corps. Et de celle des autres aussi, car nous sommes un groupe.

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Considérations ferroviaires – épisode 1

 

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Laurie et David dans leur tenue quotidienne d’agents du patrimoine à la CCBD

 

 

« On ne sait pas ce qui nous attend sur les rails ! »

Si vous lisez ces mots, c’est que vous êtes sûrement assis sur les redoutables sièges en sky de la jolie et âgée micheline vanille-fraise plus connue sous le nom de « Veyn’art » ou en passe de le faire! Vous pensiez avoir réservé votre voyage, planifié vos activités, gouguelisé votre destination, minuté votre départ et votre arrivée ; bref, vous pensiez savoir où vous mettiez les pieds : dans un train.

Mais le Veyn’art n’est pas un train comme les autres, d’ailleurs à la connaissance de Laurie, nouvelle agente du patrimoine à la Communauté de Communes d’ici, « il n’en existe pas d’autres » !

Laurie et David, petits nouveaux de la CCBD sur le versant culture et communication remplacent Martine, grande manitoute de ce projet que vous avez sûrement aperçue si vous avez pris le Veyn’art les années précédentes.  Je les débusque dans leur bureau jouxtant l’écomusée ferroviaire, entre TGV magazine, maquettes de train en toutes les matières et casquettes de contrôleurs. Tous les deux historiens de formation, ce n’est pas du tout le train qui les a emballés mais plutôt la curiosité, qualité essentielle au métier. Et quelques autres détails… « Ça m’a rappelé ma région [St Etienne] où on a eu la première ligne de train industrielle », ajoute Laurie ; quant à David, « attaché à la vallée du Buëch et à son histoire, c’est plutôt « le côté multipartenaires » et « des gens avec la banane ! » qui l’a séduit. Tous séduits qu’ils sont, il y a eu quelques défis à relever dont l’adaptation à une nouvelle équipe et le manque de temps (4 mois pour préparer). Mais tout de même, « c’est génial d’avoir ce train qui révèle vraiment différents horizons pour faire découvrir une région d’un point de vue totalement nouveau dans une alliance des 4 : historique, artistique, gustatif et même sportif…On vous avait dit : tout est imprévu !

 

Mais que dire de la pérennisation d’un tarin touristique quand les trains ordinaires disparaissent des petites lignes?

D ‘après le documentaire « SNCF, quand le service public déraille » (disponible sur Youtube), le réseau ferroviaire français a été divisé par 2 en 80 ans, passant de 60000km à 30000km de voies. Alain Gardon, membre et fédérateur du « Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes » créé en novembre dernier et dont vous venez d’assister à une action ce 13 juillet 2017, donne son point de vue sur un sujet dont nous ne parlons plus guère tant il est devenu commun: une énième grève à la SNCF? Un énième retard? Des billets hors de prix? Faites du covoiturage! Alain explique donc ici en propos toujours mesurés, en quel sens le train peut avoir une utilité aujourd’hui et pour quelles raisons il s’avère nécessaire dans un avenir proche; notamment dans une région où Veynes, gare de « petites lignes », se situe au cœur d’axes très importants (Valence, Grenoble, Marseille, Briançon).

Pour revenir en quelque sorte à l’origine, pour quelles raisons défendez-vous le train ?

Là on parle maintenant de convictions, les chiffres existent mais ils sont toujours discutables. Ceux que l’on donne nous, comme ceux que donnent les autorités. Alors je vais prendre une image : à l’époque de mes parents, il y avait des trams qui desservaient tous les environs d’une ville ; par exemple à Grenoble, on desservait aussi le Vercors en tram. Puis la mode de la voiture est arrivée et on a détruit tous les trams. Jusqu’à ce que 50 ans après on s’aperçoive que c’est en fait une grosse connerie écologique ainsi que de circulation, de confort, de desserte, etc. On a donc reconstruit des trams. A titre personnel, j’ai la conviction que l’on est en train de faire exactement la même connerie avec les petites lignes de trains. On est en train de dire « ça coûte trop cher », en trichant sur plein de choses , car autant faut-il être auto-critique avec sa propre opinion des choses, autant il y a des choses qui m’apparaissent assez certaines dans la stratégie SNCF. Quand on veut se débarrasser d’une ligne, on commence par ne pas faire les travaux et diminuer les contrôleurs, donc ça dysfonctionne, les gens ne la prennent plus et à la fin c’est en effet facile de dire « mais vous voyez bien, personne ne la prend plus ! ». Ce phénomène est pour moi une certitude. Je pense donc que toutes ces petites lignes qu’on laisse pourrir parce qu’on ne fait pas les travaux nécessaires vont être supprimées. Dans un certain nombre d’années, on s’apercevra que les routes sont surchargées et qu’écologiquement, on court à la catastrophe. Je prends moi-même très peu le train car j’ai encore un pied-à-terre en Belledonne, inaccessible sauf par la voiture. Ce qui fait que concrètement je suis un mauvais défenseur du train car je prends très peu le train ! Malgré cela, je crois que c’est une erreur à long terme de supprimer les petites lignes. Je rajouterai une raison un peu « égoïste » : le car dans nos régions de montagne, ce n’est pas tout à fait la même chose que le car en région de plaine ! Mal de cœur, sécurité – surtout l’hiver : un car sera toujours bloqué avec la neige. A l’époque où la SNCF était sérieuse, on n’aurait jamais vu un train bloqué par la neige.

 

Pensez-vous alors qu’un train artistique tel que le Veyn’art pourrait apporter un point positif à cette politique ?

Je ne sais pas quelle est ma part d’optimisme là-dedans, mais oui, je pense que oui. Car le Veyn’art installe du plaisir de prendre le train même si cela est un train particulier, un train historique… ça peut redonner l’idée de prendre le train, d’autant plus qu’il passe ici par des lignes très belles et les voyageurs peuvent donc redécouvrir que c’est plus confortable qu’en voiture avec en plus le plaisir des yeux : on ne sort pas de livre, on regarde le paysage !

 

Voyez-vous d’autres solutions envisageables pour un avoir un impact sur cette politique?

Ca, c’est peut-être notre boulot principal ; on repère par exemple tous les dysfonctionnements des lignes afin d’avoir des chiffres, ce qui est un outil fort pour éviter la langue de bois des Comités de lignes…Mais rien n’est gagné.

 

 

En savoir plus sur le train haut-alpin:

*La voix ferrée des Alpes, journal dont le 2ième n° vient de paraître (parution aléatoire)

*Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes sur Facebook.