La métamorphose en images

Métamorphose du piano de Michaël Relave

Métamorphose du piano d’Emilie Teillaud

 Métamorphose du piano de Marie-Sophie Koulischer

Métamorphose du piano de Gaëlle de Feraudy

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Métamorphoses du piano et mélodie du vin : vernissage

 

Deuxième évènement du festival d’arts et de chanson en lieux insolites, « les pianos transformés » ont su créer poésie et rencontres en ce vendredi 21 juillet dernier.

A FestiFaï, il est d’usage de se jouer du piano et de l’accorder en d’insolites harmonies : dans la cour de l’écomusée cheminot de Veynes, ce vendredi soir anormalement animée sous une pluie d’orage, une mélodie bien différente de celles des trains et des vieilles horloges ferroviaires fixées par le temps s’y élève. Notes de piano et bruit de bouteilles que l’on débouche ; le temps est à la fête, le temps est au vernissage des pianos métamorphosés !  Aux mains de quatre plasticiens professionnels et amateurs – Michaël Relave, Marie-Sophie Koulischer, Emilie Teillaud et Gaëlle de Feraudy, au terme d’une résidence d’environ 1 semaine, ont épousé ou décortiqué tables d’harmonies en de nouveaux accords sublimés tantôt « en convergence », tantôt « en contraste » par Philippe Rodriguez alias Vinomelody, caviste de Veynes. Lui-même plasticien de formation, la fibre esthétique qui l’anime se réveille alliée d’une pointe de spirituel à chacun de ses commentaires décapants. Dans un florilège d’adjectifs que Philippe Rodriguez anime comme s’il était partie prenante du piano, chacun se voit associer « un vin bio élevé en levure naturelle » aux noms de domaines inconnus des supermarchés et autres caves ordinaires. Du Viognier pour l’univers « chantant » et assoiffé de couleurs de Michaël, au rouge puissant évoquant épices et sécheresse de la garrigue pour le piano démantelé et sec de Gaëlle, en passant par les plus sensuels et enveloppés instruments d’Emilie et Marie-Sophie ; les visiteurs trinquent et se font leur propre idée, entamant de multiples « dialogues avec les œuvres d’art ». Véritable petite poésie de la rencontre, ces pianos sans le vouloir créent les liens : entre deux vins, Line Tafomat, chanteuse du festival, exprime sa joie par un « I’m feeling good » au piano d’Emilie, voix qui prend soudain toute la place dans le silence qui se fait autour d’elle. Deux très jeunes visiteuses venues aider Michaël Relave dans sa peinture se mettent elles aussi au clavier…  S’il ne faut qu’un piano et quelques accords pour rapprocher les gens, FestiFaï a trouvé le bon cru !

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Et pour finir sur une touche généreuse, un super-montage réalisé par Elisabeth Chedebois:

 

Vous en voulez plus? L’intégralité du tube de l’été « Avec ma grand-mère », c’est par ici!

 

 

 

 

La fabrique d’un festival

Installation de la Rotonde : pied-à-terre sur une étoile

Un festival itinérant dans un train, ça fait rêver non ? FestiFaï et le Veyn’art l’ont fait, mais pas depuis un nuage : l’ambition onirique se heurte toujours à la réalité de la réalisation, notamment dans de tels projets impliquant une multitude d’acteurs, notamment la grosse machine de la SNCF. Il a fallu entre autres avoir l’accord de toutes les gares d’arrêts et dépêcher du personnel en plus – vu qu’il s’agit également « de périodes de congés », nous précise Brigitte –  chef de gare à Veynes, enthousiasme aux lèvres discret mais palpable et la conscience des précautions.

Quant au concert du 23 juillet clouant le festival, c’est aussi en gare qu’il va se dérouler, mais celle des trains, des anciens trains qu’on réparait sur une Rotonde, aujourd’hui friche industrielle, verdure réapparaissant entre les pavés et plateforme d’une jolie couleur rouille. Evidemment, même processus :  c’est ici un dossier complet, photos à l’appui qu’il a été nécessaire de transmettre pour obtenir l’autorisation de la région SNCF. On ne lésine pas ensuite sur la sécurité dans l’installation des gradins qui doivent être prêts à recevoir d’éventuels transports d’amour, de joie, ou autres effusions des spectateurs : « Imagine qu’ils décident tous d’un coup de se lever pour aller embrasser les artistes à la fin », lance Jean-Michel Pillone, en train de fixer avec attachement les planches qui accueilleront séants de spectateurs.

Bref, les rêves sont réalisables… avec un solide pied-à-terre !

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« Chansons pour arrêter le temps », ressentis de résidence

On demande souvent l’avis du public, on demande plus rarement celui des artistes. Que pensent-ils de leurs concerts en gare et de la résidence, les 4 chanteurs du FestiFaï ? Enquête spéciale d’Hors-Format réalisée par l’interviouvée elle-même (autant vous dire qu’elle est spéciale celle-là !).

J+7 déjà (et que) une semaine qu’on joue ensemble, qu’on explore nos univers respectifs, qu’on fait connaissance musicalement et humainement.

Musicalement, à J+7, on a appris les chansons des uns et des autres, on se les approprie, on s’amuse aussi, allant là où on n’a pas l’habitude de s’aventurer, hors de la zone de confort. A J+7, le répertoire au début disparate s’étoffe, s’assume, se pose. Du coup, la folie s’immisce et accentue le contraste pour dessiner le relief.

Humainement, à J+7, on titille les tics découverts au fil des répétitions, on cerne nos limites qu’on ose pousser pour les dépasser et avancer ensemble, dans le respect de chacun. Car tout professionnels que nous sommes, à J+7, quasi 24h/24, on a chacun-e eu un moment de tristesse, de fragilité, de stress, de doute. Et parce qu’en même temps que la musique s’écrit, les humains se lient, ces moments on les transcendent, dans l’échange, la parole, le chant.

Rythmés par le balancement du Veyn’art, les jours se suivent et ne se ressemblent pas, ponctués de rencontres en tous genres, de chocolat au lait et des chaleureux repas d’Aline [non, pas la contrôleuse du Veyn’art mais la responsable accueil des artistes sur le FestiFaï !] …

L’aventure continue, prochaine étape : le FestiFaï…A J+7, ce n’est pas encore fini qu’on pense déjà à revenir…

Par Line Tafomat, dans le Vey’nart au retour d’un concert en gare de Briançon

 

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Générale, 19 juillet [photo: C.Mery]
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En gare de Briançon, 16 juillet, 10h35 [photo: AA]
 

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A la résidence vocale des 4 chanteurs, s’est immiscée la résidence dansée de la Compagnie Chrysalide qui a eu 2 jours pour mettre en mouvement « Chansons pour arrêter le temps ». Retour sur leur travail et sur leur ressentis de danseurs dans un lieu atypique qu’est le Faï.

Hf: Comment avez-vous procédé pour vous intégrer à ce que les chanteurs avaient déjà construits?

Christelle, chorégraphe de la compagnie Chrysalide: Très simplement: en amont, je connaissais l’univers de Philippe [ Christelle a travaillé avec Philippe Séranne sur la scénographie] et il m’a également envoyé des extraits musicaux des 4 artistes sur scène. Sinon, on a écouté ce matin tout le set musical, on a échangé à propos des moments où les chanteurs et moi-même voyaient de la danse. Puis j’ai enregistré ce qui m’intéressait d’eux au niveau musical et on s’est retirés avec les danseurs pendant une demi-journée pour travailler et structurer chorégraphiquement parlant. Enfin, on a reéchangé avec les chanteurs en fin d’après-midi.

Hf: Dans la chorégraphie, travailles-tu à partir de la musique ou bien directement du mouvement?

Christelle: Les deux; la musique est très écrite donc on essaye de se caler sur elle. Ensuite, mes consignes pour les danseurs, ce sont des choses qui ont trait uniquement au mouvement.

Hf: Y-a-t-il des moments musicaux qui provoquent particulièrement le mouvement pour vous, par exemple avec la voix du violoncelle?

Christelle: Ah oui effectivement. On danse principalement sur les morceaux de Line qui étaient extrêmement inspirants: ça a tout de suite parlé aux danseurs de retrouver cette rythmique très présente. J’ai fait le choix de ne pas intervenir sur les chansons à trop-à-texte car il y a des chansons qui s’écoutent et trop de visuel tue le texte. Il fallait donc trouver un équilibre entre tous les arts ici présents et les chansons de Line s’y prêtent assez bien. Ensuite, on a les Trompes qui sont un vrai bonheur; avec un vrai travail d’improvisation et un son vraiment particulier, qui pose une ambiance un peu magique, de science-fiction…

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Pendant la générale, le 19 juillet [photo: Claude Mery]

A quoi êtes-vous sensibles lorsque vous dansez dans ce spectacle ?

(Hf précise que la question a été posée séparément aux 2 premiers)

Camille, 22 ans, a commencé la danse dans sa baignoire – à tout ! Le lieu, l’ambiance, le son…on reçoit beaucoup d’informations et il faut composer avec cela. Dans une des chansons, j’ai commencé à improviser dans quelque chose qui n’est pas mon répertoire et c’est resté, c’est intéressant, ça me met en difficulté !

Adrien, 20 ans, médite quand il ne danse pas– à tout ! Le lieu, les personnes, la musique…et de toute façon quand la musique s’arrête, celle-ci est encore dans le silence, dans la respiration.

Céline, 18 ans, fière bachelière – à ce qui se passe en moi quand je danse, j’essaye de me regarder danser, c’est comme s’il y avait des petits explorateurs dans mon corps ; oui, cette conscience du corps. Et de celle des autres aussi, car nous sommes un groupe.

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Tout, tout, tout, vous saurez tout…sur l’affiche de FestiFaï!

Tu signes « Les 4 étages » ; c’est un nom bien mystérieux…Qui se cache donc dans ces 4 étages ?

C’est un nom trouvé dans l’urgence, quand nous avions créé l’affiche 2013. Il nous fallait un pseudo collectif puisque nous l’avions faite à 2, ma fille Suzanne et moi, or nous habitons au 4e étage… c’est trivial mais j’aime bien ce pseudo trivial. Maintenant, le collectif c’est moi toute seule mais c’est commode de garder ce nom.

 

Depuis 2013, tu reviens régulièrement apporter ton univers pour les affiches du festival. Pourquoi ?

En fait, c’est juste la 2ième fois. Mais je ne propose pas spontanément, je réponds à une commande. En 2013, c’était pour dépanner, je n’y croyais pas ; puis me suis prise au jeu et ça a plu ! En 2014, dépannage encore mais ma proposition n’a pas été retenue. Ensuite, en 2017, j’ai eu deux ans pour y penser, coup de bol, ça a plu.

 

 

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L’affiche qui n’a pas vu le jour

 

On voit souvent apparaître une jeune fille ou une femme dans tes dessins. Pourtant FestiFaï, ce ne sont pas que des chanteuses (sauf cette année peut-être !). Y-a-t-il une symbolique particulière derrière cette jeune femme ?

La gamine qui dansait sur le piano en 2013 a pris un peu de lest avec la femme piano de 2017 ; le seul point commun, c’est la chevelure rousse ! Mais peut-être est-ce en effet la même, qui sait ? En tout cas, elle est venue toute seule sous mon crayon. D’habitude, je fais des dragons et des petites créatures tourmentées, mais en terre cuite ; c’est différent, le geste n’est pas le même.

 

Enfin, comment travailles-tu ? Est-ce l’idée du festival et sa programmation qui t’inspire? Ou bien commences-tu par dessiner, choisir des matières et des couleurs?

La réponse est simple : je fais ce qu’Aline [responsable visuels pour FestiFaï] me demande. Comme ses demandes sont à la fois très précises sur les éléments à inscrire et très vagues sur le rendu, c’est parfait, je peux m’amuser. J’ai d’ailleurs retrouvé la commande de 2013 : « J’aimerais un piano à queue bleu sur l’eau avec une danseuse qui danse sur le piano. Est-ce que vous pourriez me dessiner ça ? ». Je n’avais aucun matériel sauf de la peinture, des feutres et du papier canson. C’était donc tout vu pour les matières et les couleurs (sauf la robe rouge à pois blancs ; ça, c’est le génie de Suzanne). Cette fois-ci, la demande initiale était de trouver un visuel qui associe piano et chant, le chant étant quand même l’essence même de FestiFaï, or on n’avait encore pas mis de chanteur/se sur les affiches. Il fallait aussi que le visuel soit déclinable plusieurs années, pour que le public identifie rapidement FestiFaï (et que les organisateurs soient moins angoissés au sujet de l’affiche). Là j’ai eu le temps de cogiter, de faire des esquisses, de jeter tout et de refaire. La silhouette est prête depuis plus d’un an mais le fond est arrivé par hasard, en passant près d’une grille rouillée…

 

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La jeune fille, robe rouge à pois blancs

 

 

Les 4 étages sont sur la toile et c’est ici!

 

Katrin Waldteufel alias Cellowoman

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Fan de Wonderwoman quand elle était petite et de son aïeul alsacien, grand compositeur pour soirées dansantes, Catherine ou Katrin’ est devenue par une métamorphose incongrue – Cellowoman, une femme à cordes aux pouvoirs de voix décuplés (au moins par deux) qui ne dort pas avec son violoncelle mais « à côté ». A l’écoute de son album sorti en février dernier, c’est tout à fait bluffant : les deux s’en mêlent mais ne font qu’un (HF en est déboussolé) ! Sinon, elle aime les fleurs dans les cheveux et la couleur rose-rouge, et elle a l’air très sérieuse et très sage comme ça mais vraiment, ne vous fiez pas aux apparences : elle vous déménage un Café du Peuple entier à son énergie vocale trépidante !

 [une autre interviou faite au vol avant une résidence]

 

Bonjour Katrin, Tu te nommes également Cellowoman. Pourquoi ce nom aux consonances mystérieuses ?

Mon nom d’artiste, quand j’ai commencé, c’est Katrin’ pour faire plus court que l’orthographe ordinaire et j’ai gardé mon nom de famille qui est illustre grâce à un aïeul compositeur avec un nom qui est magnifique et dont je suis très fière mais à part en Alsace et en Allemagne c’est toujours compliqué pour le prononcer, les gens bloquent sur le « waldtttt » et du coup en entendant les gens prononcer mon nom avec une certaine difficulté, je me suis dit « pourquoi pas trouver un truc plus simple qui parlerait aussi directement de mon univers ! Cello c’est en effet l’abréviation, le terme générique qui vient de l’italien pour tout violoncelliste du monde entier. C’est pour raconter ce qu’il se passe sur scène : il y a du cello, il y a une femme ; cello-femme ça sonnait moins bien que cellowoman et en plus il se trouve que c’est quand même mes initiales C.W, Catherine Waldteufel. Et là les gens le retiennent et arrivent à le prononcer normalement, du coup ça me va.

 

Cellowoman, ça fait aussi super-héros ! Cellowoman a-t-elle des super-pouvoirs ?

Exactement. En fait, c’est un peu le contre-pied du super-héros : y’a Pretty Woman, Wonder Woman et il y a Cello Woman. Je pense que les héros modernes n’ont rien à voir avec les héros qu’on nous montre dans les livres et les films, c’est-à-dire que je propose vraiment ce que je suis, le plus authentiquement possible : je montre que je ne suis pas la plus forte ni la meilleure mais qu’il y a un peu de bonheur par là et finalement les gens se sentent rejoints dans ce qu’il y a d’imparfait car nous sommes tous les mêmes dans cette imperfection. C’est ce qui nous lie tous. Et ce n’est pas grave ! Le monde nous montre ce modèle de perfection et effectivement, ça fait rêver, on a besoin de rêve mais à un moment donné, il faut aussi voir l’autre côté.

 

Mais justement une Cello Woman, c’est original, ça appelle au rêve !

Eh bien Cellowoman s’appelle aussi Cellowoman parce qu’il ya Mr Cello. C’est de l’ordre de l’onirique. Et sa vie sur scène, c’est avec Mr Cello.

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A chanson qui rocke, Katrin rocke!

Et comment se passe cette vie de couple ?

Alors il y a Cellowoman sur scène et Catherine dans la vie, c’est du 2 en 1 comme l’exprime le titre de mon album. On peut être double : il y a un peu de cello en moi et Mr Cello a un peu de Cellowoman en lui. Je suis femme et violoncelliste, la femme violoncelle et sur scène, effectivement, nous sommes inséparables. Ca peut ressembler à une vie de couple mais le jour où les violoncelles parleront, les poules auront des dents ! On est dans un univers onirique et poétique, c’est ce côté entre la vie très quotidienne et la vie fantastique qu’on s’invente.

 

On dit que le violoncelle est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix. C’est donc peut-être toi, qui le fait « parler » …

C’est vrai qu’à un moment donné, sur la formule que je vais présenter au Festifaï, le but est que l’on ne distingue pas qui chante et qui joue. Ce n’est pas la seule que je fais sur scène mais ici c’est ce que je veux, mêler les deux. Dans l’album, il y a ces deux formules : la première « solo » que je viens de décrire, « deux en une » et une formule « duo », plus large, travaillée avec un multi-instrumentiste, qui donne un son plus large et où je lâche parfois mon violoncelle. C’est le CD blanc de l’album. Et finalement cet album montre bien mon côté duel, de mon travail, de mon univers, de ma personnalité et de ce que je présente sur scène.

 

Enfin, en regardant ton affiche et en t’ayant vue pendant la résidence, on sent un grain de folie percer derrière une apparence de sériosité !

[rires] Exactement, ce qui transparaît sur scène ne se voit pas forcément dans la vie mais je pense que beaucoup d’artistes ont ça en eux, pas vraiment un côté schizophrène mais pour s’exprimer d’une façon plus fantaisiste, il faut un cadre, et c’est ce que donne la scène, un espace-temps cadré. Donc oui, la Cellowoman est toujours là en moi, mais elle s’exprime à des moments particuliers.

 

Elsa Gelly, la femme à voix nue

 

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Elsa et Katrin en résidence

 

Elsa Gelly est une grande détourneuse de chansons (françaises) ! Elle a commencé par le saxophone classique – « je ne sais pas quelle idée m’avait prise » dit-elle à ce sujet –. Pour s’en libérer et aller plus loin, elle a préféré chanter. Bien lui en a pris ! Depuis c’est a capella qu’elle a chanté et jazzé dans plusieurs ensembles, et depuis peu, seule. Chose curieuse mais courante : quand elle chante, elle n’a pas l’accent du Sud. Et pourtant, elle vient de Montpellier.  Sinon elle aime aussi le chocolat, mais son vrai besoin, c’est chanter…au second degré!

 [une interviou réalisée rien que pour vous un croissant entre les dents et les pieds sur le départ de la résidence!]

La première chose que j’ai pu apercevoir de toi est ton affiche avec cette image très sensuelle ainsi que le titre de ton spectacle « La Femme à voix nue ». En quel sens te mets-tu à nu ou te déshabilles-tu sur scène ?

Je ne me déshabille pas sur scène, qu’on soit bien clair [rires] ! La première raison, c’est que je suis a cappella, il n’y a pas d’accompagnement. Ensuite, l’histoire de mon spectacle c’est un peu ça : comment certaines situations font qu’on doit se dévêtir petit à petit de « couches » qui nous montrent finalement tels que l’on est vraiment. Dans ce spectacle, je suis arrivée avec une liste de chanson que j’avais rassemblées et il a fallu chercher avec mon metteur en scène Michèle Guigon comment relier ces chansons pour pouvoir trouver un sens et les habiter. Et puis j’aime beaucoup les histoires de transformation de nous-même, qui on est, cette quête de soi ; à travers les chansons je parle de ça. Ces chansons ne sont que des reprises, je m’en sers donc comme des outils pour dire quelque chose sur moi et la nature humaine, c’est tout un parcours qui va à l’essentiel de ce que l’on est.

 

Tu interprètes mais tu n’écris pas de chansons. Est-ce un choix ? As-tu déjà pensé à écrire tes propres chansons ?

J’y ai pensé mais j’ai l’impression que c’est un tout autre métier. C’est devenu un choix ; ceci dit il y a sûrement une partie de moi qui n’ose pas le faire, tout en me disant qu’être interprète, c’est AUSSI un vrai travail de recherche et de pratique.

 

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L’interprétation de chansons « d’autres », c’est le boulot de la résidence et pas des moindres!

 

Quelles sont les chansons que tu préfères interpréter, as-tu un titre ou un auteur particulier ?

Non pas vraiment. Il y a un auteur que j’aime beaucoup, c’est Nougaro. J’aime aussi beaucoup détourner. Par exemple dans le spectacle, là, j’ai une chanson de Johnny [Hallyday !], au départ c’est pas forcément ma tasse de thé mais j’aime bien les transformer avec le second degré, c’est quelque chose que j’aime beaucoup et d’ailleurs ça te permet de découvrir des textes qui sont certes assez simples dans l’écriture mais qui ne sont pas si nazes au final !

 

En effet, j’ai remarqué à l’écoute de certaines de tes chansons que l’humour y est très présent. Est-ce un ingrédient essentiel pour toi, pour une bonne chanson ?

Oui, absolument, j’ai besoin de ça. Hier, on parlait de Leprest sur lequel on a fait un spectacle avec Katrin Waldteufel ; pour moi c’est hyper dur de chanter Leprest car c’est trop premier degré, ça m’étouffe. Ça ne m’empêche pas d’être aussi touchée mais c’est très important pour moi d’avoir un décalage, de l’humour pour faire passer tout ça.

 

Et pour finir: as-tu déjà chanté sur un quai de gare ?

Eh bien…non ! J’ai hâte de voir quelle ambiance cela va créer. Je ne doute pas de l’effet, je trouve que c’est un bel endroit pour chanter !

Line Tafomat, la voix dans tous ses états

 

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Pas évident de transcrire une rencontre avec Line, qui mêle à la parole beatbox, percus et chant ! Chez elle la voix, c’est le corps, nourri de yoga la tête en bas et…de chocolat. Il n’y a pas de note, il y a le mouvement au-devant de la pensée, le ressenti d’une pulsation et les voix des autres, celles à explorer. Inspirée des circle songs de Bobby Mc Ferrin, formée à la technique du chanteur moderne d’Allan Wright mais se baladant dans ses rêves d’une nuit aux côtés de Serge Gainsbourg, Line à la voix enveloppante de contre-alto nous fait groover grave !

[HF s’excuse d’avance pour la retranscription aléatoire des onomatopées, s’adresser à l’intéressée pour les sons originaux !]

 

On t’a aperçue au FestiFaï en 2014 aux côtés de Delphine Coutant ; aujourd’hui tu reviens en solo pour l’édition 2017. Qu’est-ce qui t’as fait revenir au FestiFaï ?

Eh bien parce qu’on me l’a proposé ! J’ai vraiment apprécié la découverte de ce festival il y a 3 ans, son ambiance, son atmosphère ; je trouvais qu’il y avait une jolie musicalité mêlée d’une jolie humanité… Et du coup quand on m’a proposé, j’ai dit « oui » !

 

Sur le programme, on peut lire « concert participatif » et « concert récréatif » pour ton spectacle du 22 juillet. Qu’est-ce donc ? Y-a-t-il une subtile différence entre ces deux notions ?

Alors, un concert participatif, c’est un concert auquel on participe…- en fait des fois, je pense qu’il ne faut pas aller chercher très loin [rires], et un concert « récréatif », a priori, c’est un concert où on s’amuse…L’idée étant de cocréer avec l’artiste, où moi-même j’amène de la matière vocale, de la matière percussive et que cette matière s’exprime dans toute une marge qui va aller du solo absolu à la chorale dans laquelle les gens deviennent « spect-acteurs ». Ceci vient du fait que je suis artiste-chanteuse ET artiste-pédagogue et j’aime vraiment, sincèrement, les deux. Dans ma pratique artistique, je me sers donc du public comme une chorale et c’est fou tout ce qu’on peut lui faire faire [rires] ! C’est en fait assez impressionnant de voir ce qu’on est capable d’impulser et ce que les gens sont capables de sortir alors qu’on ne s’y attendait pas. Et puis il y a souvent, je trouve, des moments suspendus où les gens font « lalala » [chante tout bas] et toi tu les relances tu fais « LALALA » [chante très fort] et tu reçois toujours un « lalala » [tout bas] mais tu commences à voir arriver des sourires…Et au fur et à mesure, tu vois la tête des gens qui commencent à faire ça, à se regarder les uns les autres et à se dire « waou c’est nous qui faisons ça!».

 

Et ça prend toujours facilement ?

Ça dépend vachement des publics et moments. Des fois toi-même tu lances des trucs en mode diesel et donc tu es content que les gens le soient aussi, des fois tu es en mode « trois, quatre tsshh ! » et des fois tu donnes toute ton énergie et ce que tu récoltes, c’est tout petit petit. Ca fait partie des inconnus du processus. Mais en faisant pas mal d’ateliers pédagogiques et d’ateliers polyphoniques, j’accumule des expériences, et le concert participatif-récréatif vient mêler tout cela. Généralement, les gens viennent me voir à la fin et me dire « mais pourquoi c’est trop court ?! »

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« Concert participatif », on entend cet adjectif un peu partout aujourd’hui : est-ce que cette démarche vient s’inscrire dans la tendance du « co-  tel qu’on peut le trouver dans les transports, la nourriture et ces autres initiatives d’aujourd’hui ?

Ça peut ! Ça a du sens en tous cas car c’est l’idée de faire ensemble et faire avec ce qu’on a. Tu viens avec ton corps et avec ton corps tu peux faire – poumtchak – pleins de choses. C’est aussi l’idée d’exprimer la créativité que chacun porte en soi et qu’on ose peu montrer. On est quelques-uns auto-proclamés artistes, mais c’est présent chez tout le monde, et faire sortir cela joue sur l’estime de soi, le partage avec les autres. Alors oui, effectivement on peut dire que c’est bio, écolo…local ! Ou plutôt local international : c’est ce qui est génial avec cette formule, tu vas partout.

 

Et quelles sont tes influences dans ton apport de matière vocale et percussive ?

Je cherche dans toute cette famille-là qui est musique corporelle. La musique organique, de base, elle est universelle. Ensuite, musicalement, je suis influencée par les bonnes musiques du monde entier. J’ai un goût particulier pour les musiques panafricaines – bon ça veut rien dire mais afro-américain, afro-caribéen, afro-réunionnais, afro-africain…. L’identité musicale africaine ne se limite pas à l’histoire de l’esclavage. On a une vision assez réductrice de cette identité.

 

Et du coup, comment se passe la coopération artistique avec les 3 autres pour l’instant ?

On s’est rencontrés plusieurs fois par Skype avant cette résidence. Je suis curieuse de rencontrer les filles en chair et en os car je ne les connais pas du tout: je ne suis pas dans le milieu chanson, je suis dans le milieu vocal.

 

Avec ton ensemble vocal, faites-vous également de la chanson française ?

Dans notre ensemble, ce n’est pas moi qui chante, c’est elles! Mais c’est en général plutôt groove et polyphonies: on a fait par exemple un chant occitan du XVIème siècle, du gospel, Stevie Wonder… Je dois être la pièce outsider du FestiFaï!

 

Dans la résidence, chaque artiste apporte ses chansons, et toi ?

Oui, moi aussi. Ah, tu entends quoi par chanson française ? Parce que c’est large, si ce sont des chansons en français alors oui.   Là où je me retrouve aussi pas mal, ce sont dans les textes ; c’est d’ailleurs là où on s’est retrouvées avec Delphine Coutant, ce même amour des mots, de la poésie…et finalement, pas vraiment de la musique.

 

Quel est ton parcours pour en arriver à musicienne-pédagogue ?

Quand j’étais enfant j’ai joué du saxophone, puis à 19-20 ans j’ai commencé le chant et là j’me suis dit « vazy j’continue ! ». J’ai donc poursuivi à l’envie et à la motivation car il y avait « là où j’étais » et « là où je voulais aller » et il existait comme une petite distance entre les deux  donc j’ai commencé à prendre des cours de technique vocale. J’ai notamment réalisé une formation de deux ans avec Allan Wright et sa technique du chanteur moderne ; j’adore son approche très cartésienne du chant et sa conception mouvante de cette technique qu’il ne souhaite pas figer en une « méthode ».

 

Et la discussion continua, continua, continua…jusqu’à ce que Line change la parole pour le piano!

~The End~

 

 

Philippe Séranne et la résidence

En plus d’être chanteur, Séranne est un inspirateur inspiré « en apesanteur ». Il suffit qu’il lance une idée – même la plus folle – pour que celle-ci voit le jour. Voyez un peu : il imagine une scène sur l’eau à la Ferme du Faï (Le Saix), quelques temps après, le festival naît de la construction de cette scène. H-F n’entrera donc pas pour l’instant dans les profondeurs de son univers mais évoquera ici son rôle de pilote de la création, qui fait aussi la spécificité de FestiFaï.

 

Cette année, le thème de la résidence est le temps. Pourquoi ce choix ; peux-tu un peu détailler ?

En fait, cette idée part d’un manque d’idées. A ce moment, j’étais sur ma tournée « Le Temps des gens » et Aline [conseillère artistique] a proposé que ce soit ce même thème.  Mais je voulais éviter que FestiFaï ne tourne qu’autour de Philippe Séranne, donc on a gardé « Le temps ».

Oui, et finalement ce thème est assez large…

Ce qui m’a plu avec le thème du temps, c’est également le rapport au train : le train a un rapport au temps assez compliqué. C’est réglé comme du papier à musique et ça passe son temps à être en retard. De surcroit, le temps c’est aussi le bon vieux temps, l’autrefois et ceci c’est un truc très fort dans le Veyn’art.

Y-a-t-il une dimension future aussi ?

Alors, dans le Temps des Gens, oui ! Mais ici, ce que j’ai proposé aux autres chanteuses c’est de travailler sur la notion de présent. D’où le titre de notre création « Chansons pour arrêter le temps ». L’idée est que la musique, la chanson, la poésie sont des moments qui permettent d’arrêter le cours du temps.

On a remarqué que le lieu avait une extrême importance dans le festival ainsi que dans ta propre pratique artistique. Le fait de le faire au Faï, de revenir sur ce lieu à l’origine de FestiFaï conserve-t-il toujours cette importance ?

Absolument ! FestiFaï ça vient du Faï ! Ça faisait 3 ans qu’on n’y était pas, quel pied d’y retourner ! Pour moi, c’est un lieu énergétique central. J’espère qu’il n’y aura pas d’orage ni de vent du Nord ce soir-là, j’espère qu’on va vivre un bon moment là-haut et que ce sera un renouveau pour le travail avec le Faï.

Votre création s’entoure cette année de danseurs. Est-ce pour créer un effet particulier ? En quoi cela peut-il s’allier à la chanson ?

Le Faï est un lieu pour moi très visuel, très graphique. Il y a bien sûr la scène sur l’eau, mais pour moi c’est l’ensemble qui est l’espace scénique. Pour des chanteurs c’est difficile d’investir le reste de l’espace car on est bloqués par nos micros, nos instruments ; finalement on est assez peu mobiles. Et la liberté des danseurs, c’est de pouvoir aller partout. J’ai envie qu’ils donnent vie à cet espace élargi.

 

Cela fait à présent 4 ans au moins que la formule « résidence-> création » constitue le principe-clé du festival. Est-ce qu’on travaille toujours pareil d’années en années ?

Ça fait plus que 4 ans, c’est en fait depuis le début car le festival est né de cette idée – rassembler différents artistes pendant un temps pour créer un spectacle. Il y a bien sûr des évolutions, je dirais qu’il y a eu 3 temps : les deux premières années où je m’étais contenté de mettre en tas des artistes et d’allumer le feu dessous me disant ça va cuire tout seul. Ça marche, mais par la suite, on a fait venir Xavier Lacouture pendant 2 ans où j’ai appris des techniques pour aller plus loin que mélanger des ingrédients et savoir construire un spectacle à partir d’univers très différents, grâce notamment à un thème mais aussi à une manière particulière de se préparer pour la résidence. Depuis que Xavier n’est plus là, je continue sur la lancée, parfois avec l’aide artistique d’un autre musicien comme en 2014 où j’avais confié les clés musicales à Mickaël Paquier [batteur], parfois avec moi-même pilotant le projet – ce qu’on fait ici pour la 2ième année. Ce qui est particulier cette année, c’est l’accent sur la voix : ce sont avant tout des voix que l’on va mélanger.

Donc tu as choisi tout d’abord des « voix » pour FestiFaï 2017 ?

Tout à fait.

 

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« On commence à voir se dessiner les limites de chacun et les tempéraments! » Line, résidence J2

 

Et le fait que cela soit uniquement des voix féminines ?

Peut-être parce que les filles chantent mieux ! Non ça c’est vraiment une connerie [rires]. Ceci dit, curieusement, il y a beaucoup de garçons qui font de la chanson en ayant très peu de vocal et chez les filles, bien souvent, la voix est plus investie et sont celles qui ouvrent des portes complètement nouvelles. Dans la chanson en particulier, on considère souvent que le texte est le plus important, pas la voix, et il y en a quand même beaucoup qui font l’impasse dessus. Et puis bon comme moi je n’aime pas les chanteurs qui ne chantent pas, j’ai tendance à inviter des gens qui ont quelque chose dans la voix! Enfin, c’est loin d’être le critère premier mais on a toujours eu plus de garçons que de filles donc si pour une fois on peut avoir plus de filles que de garçons, ce n’est pas plus mal !  La première dont j’étais sûr d’inviter était Elsa car il y a quelque chose au niveau de la voix que j’avais envie d’expérimenter. Assez vite, j’ai pensé à Line car Delphine Coutant m’en avait beaucoup parlé mais j’ai beaucoup hésité car elle n’arrive pas avec un univers d’auteur même en écrivant beaucoup, on est pas dans la chanson; mais tant mieux! Ca m’a fait hésiter par rapport à d’autres personnes, je voulais inviter Eric Toulis, un humoriste et c’est ça qui me manquait cette année, un « gros débile », un « déconneur », un personnage qui a un peu tendance à l’exagération quoi ! Et Katrin, c’est de la délation: Xavier Lacouture qui a travaillé sur la mise en scène de son spectacle et qui m’a dit « elle est super » ! J’avais déjà repéré quelque chose de très original en elle et comme en plus, j’adore le violoncelle, instrument dont elle joue hyper bien, ce sera notre 5ème voix.

Et toi, finalement,  quel est ton rapport au temps : en retard, en avance, pile à l’heure ?

Alors je dirais que j’ai un côté hyperactif et je suis toujours à la recherche de moments d’intensité. Par exemple, ce que je trouve génial dans une chanson, c’est que tu concentre en 3mn, 1000h de travail. J’adore tout ce qui concentre le temps, on voit ça beaucoup dans un film, ou même une œuvre d’art en général, partout où le talent s’exprime finalement. Une belle baraque, un bon plat… ; c’est de la concentration de temps et de talent !

 

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Prof et élève? Ca se saurait! Ci-dessus, expérimentation d’une partition pour trombones sans trombones (et des voix à la place!)