La métamorphose en images

Métamorphose du piano de Michaël Relave

Métamorphose du piano d’Emilie Teillaud

 Métamorphose du piano de Marie-Sophie Koulischer

Métamorphose du piano de Gaëlle de Feraudy

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Métamorphoses du piano et mélodie du vin : vernissage

 

Deuxième évènement du festival d’arts et de chanson en lieux insolites, « les pianos transformés » ont su créer poésie et rencontres en ce vendredi 21 juillet dernier.

A FestiFaï, il est d’usage de se jouer du piano et de l’accorder en d’insolites harmonies : dans la cour de l’écomusée cheminot de Veynes, ce vendredi soir anormalement animée sous une pluie d’orage, une mélodie bien différente de celles des trains et des vieilles horloges ferroviaires fixées par le temps s’y élève. Notes de piano et bruit de bouteilles que l’on débouche ; le temps est à la fête, le temps est au vernissage des pianos métamorphosés !  Aux mains de quatre plasticiens professionnels et amateurs – Michaël Relave, Marie-Sophie Koulischer, Emilie Teillaud et Gaëlle de Feraudy, au terme d’une résidence d’environ 1 semaine, ont épousé ou décortiqué tables d’harmonies en de nouveaux accords sublimés tantôt « en convergence », tantôt « en contraste » par Philippe Rodriguez alias Vinomelody, caviste de Veynes. Lui-même plasticien de formation, la fibre esthétique qui l’anime se réveille alliée d’une pointe de spirituel à chacun de ses commentaires décapants. Dans un florilège d’adjectifs que Philippe Rodriguez anime comme s’il était partie prenante du piano, chacun se voit associer « un vin bio élevé en levure naturelle » aux noms de domaines inconnus des supermarchés et autres caves ordinaires. Du Viognier pour l’univers « chantant » et assoiffé de couleurs de Michaël, au rouge puissant évoquant épices et sécheresse de la garrigue pour le piano démantelé et sec de Gaëlle, en passant par les plus sensuels et enveloppés instruments d’Emilie et Marie-Sophie ; les visiteurs trinquent et se font leur propre idée, entamant de multiples « dialogues avec les œuvres d’art ». Véritable petite poésie de la rencontre, ces pianos sans le vouloir créent les liens : entre deux vins, Line Tafomat, chanteuse du festival, exprime sa joie par un « I’m feeling good » au piano d’Emilie, voix qui prend soudain toute la place dans le silence qui se fait autour d’elle. Deux très jeunes visiteuses venues aider Michaël Relave dans sa peinture se mettent elles aussi au clavier…  S’il ne faut qu’un piano et quelques accords pour rapprocher les gens, FestiFaï a trouvé le bon cru !

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Et pour finir sur une touche généreuse, un super-montage réalisé par Elisabeth Chedebois:

 

Vous en voulez plus? L’intégralité du tube de l’été « Avec ma grand-mère », c’est par ici!

 

 

 

 

Pièce pour plasticiens

Par contagion de la métamorphose, le reportage sur la résidence des pianos transformés s'est mué en pièce de théâtre sous ce magnifique titre que voilà...

D’où vient votre inspiration, du piano ou d’ailleurs ?

(« Comme de longs échos qui de loin se confondent/ (…) les parfums, les couleurs et les sons se répondent. » Baudelaire)

une pièce pour un nombre pas tout à fait défini d’acteurs d’après les propos réels de personnages réels dans un décor que l’on pourrait penser réel.

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant tout à fait réels, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé n’est pas vraiment une coïncidence. »

 

Personnages en ordre d’apparition non respecté

Emilie, plasticienne et compagne de Mickaël

Mickaël, plasticien et compagnon d’Emilie

Gaëlle de Feraudy, plasticienne

Marie-Sophie Koulischer, plasticienne

Agnès, observatrice

Les Belges germanophones en vacances

Léa, veynoise et serbo-croate d’adoption

 

Jardin de l’écomusée cheminot de Veynes. On entre par une grille ouverte, piano à l’entrée accueillant le chaland. Le soleil de fin de matinée y troue l’ombre rafraîchissante dans laquelle les pianos reposent, livrés aux 4 paires de mains des plasticiens. Des anciennes horloges ferroviaires à l’heure aléatoire réinventent le temps. Autour des pianos : un vrai bordel de papier, crayons, pinceaux de toutes tailles, peintures, visseuses, pinces, boîtes à outils, lianes de clématite, marteaux à piano, bombes de peinture, grands et petits pots de peinture, godets d’eaux colorées….Bref, un vrai bordel !

 

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Mickaël Relave: un p’tit bazar organisé

 

 

Acte I, scène I

Depuis la grille, c’est le piano de Marie-Sophie, recouvert d’une sorte de robe blanche, qui nous attrape l’œil. Mais Marie-Sophie n’est pas là. A gauche, le long du mur, Emilie et Mickaël fignolent leurs peintures. Plus loin, Gaëlle, arrivée un peu après, commence tout juste à décortiquer un piano. Bruits intermittents de piano en détresse.

 

Agnès, parapluie argenté à la main – Bonjour bonjour !

Emilie – wa trop bien ton parapluie ! J’en veux un aussi ! (Emilie a le goût de l’argenté)

Agnès – Je t’en donnerai les références va. Alors, ça se passe bien ? C’est plutôt le piano ou votre inspiration intérieure qui vous fait faire ces jolies choses ?

Emilie, la femme qui peint des femmes aux jambes molles – c’est viscéral, généralement ça vient d’un coup, sans pause. Et j’ai tout de suite eu un coup de cœur pour ce piano qui était blanc et argenté.

Mickaël, en t-shirt superman et pantalon à trous et à couleurs –  Moi, c’est la forme de mon piano, le support qui m’inspire. Mais là, c’est Emilie qui m’a piqué mon piano, elle a crié : « lui, jle veux !», j’ai pas eu le choix ! Alors je me suis contenté de celui-ci (tend la main vers un piano à la robe brune). En fait, ici, je voulais une envolée d’oiseaux mais ça a bifurqué sur autre chose. Mais comme on peut le constater, je suis dans ma période végétale ! – il est en train de peindre des feuilles, des roses violettes, des lianes et autres végétaux sur le cadre du piano.

Gaëlle, derrière, nous arrose de sons dissonants, ouvrant les viscères de la bêtes – Quant à moi, j’ai un piano chez moi, je l’ai observé pour pouvoir découper celui-ci en morceaux.

J’appuie sur une touche – silence-. Ah oui, au moins on ne joue jamais faux avec celui-ci !

Soudain un cri brise le silence :

Emilie – aaaa j’ai perdu mon stylo fétiche ! où est mon stylo ???

 

Acte I, scène 2

Même endroit. Agnès a posé son parapluie et son sac sur une chaise près du piano de Gaëlle. Elle se balade entre les pianos et prend quelques photos. Emilie farfouille pour chercher son stylo. Resoudain, grand cri de piano du côté de Gaëlle comme un écho au cri d’Emilie. Cette dernière se penche, ramasse quelque chose.

Emilie – ah, j’ai retrouvé mon stylo !… Ben alors Gaëlle tu te venges ?

Gaëlle, l’air discret mais redoutable – Ah et bien j’ai pris des cours de piano quand j’étais petite et je me souviens très bien que j’avais triplé ma première année, il y a peut-être quelques souvenirs qui se réveillent…Maintenant j’ai une fille qui fait du piano, j’essaye de l’en dissuader mais ça marche pas trop. Du coup là, ça me va très bien de découper un piano en morceaux, c’est plutôt défoulant !

 

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Gaëlle de Feraudy décortiquant

 

 

Acte I, scène 3

Même décor.

Agnès à Mickaël et Emilie– et les vôtres, ils jouent encore vos pianos ?

Mickaël– oui oui, Philippe va essayer de les accorder pour le vernissage. Ça va être d’enfer.

Agnès tripote les touches du piano d’Emilie. Sons de piano : sons graves pas trop piquants. Sons aigus un peu plus piquants. Emilie plaque deux trois accords. On entend un homme gueuler un truc.

Emilie – eh il m’a dit « ta gueule » le mec !

Mickaël – vazy c’est qui là ? C’est le papy d’en face ? C’est l’mec dans la rue ? Le mec d’à côté ? vazy c’est qui ?

On voit un homme à la fenêtre du deuxième étage de l’immeuble d’en face qui nous observe. Emilie lui fait coucou, il renvoie son coucou.

Emilie, toujours optimiste – ba voilà, il suffit d’être souriant.

Mickaël, un tout tout petit peu ironique – oh c’était ptète à sa femme qu’il disait « ta gueule »…

 

Acte I, scène 4

Même décor. Agnès est assise sur une chaise. Derrière Gaëlle s’acharne toujours délicatement sur son piano. Agnès change de sujet – ce n’est pas que la femme du voisin ne l’intéresse pas mais elle a quand même des informations précises à recueillir.

Agnès –Emilie, j’ai remarqué que tu peins sur des coussins ; là c’est un piano : tu aimes les supports originaux dis-moi !

Emilie, qui ne sait plus où commencer – d’autant plus qu’elle fait deux choses en même temps, c’est-à-dire qu’elle envoie des photos sur Facebook à Agnès tout en tentant de contenir en quelques mots sa création – Ah ben tiens, un exemple récent de support original : j’ai créé un top pour le Festival de Cannes. C’est l’actrice Victoria Wmszpk [nous conservons ici l’anonymat des personnes célèbres] qui l’a porté à la montée des marches.

Agnès – Victoria qui ?

Emilie – Victoria Wmszpk. Elle a bossé avec Alain Chabat notamment.

Agnès, apparemment toujours dans le flou de l’ignorance peoplesque – Connait pas. Mais impressionnant tout de même ! Ça coûte combien un t-shirt comme ça ?

Emilie – Oh, 250€.

Agnès – Ah oui. Modeste.

Emilie – Oui bon, j’ai créé aussi des coussins que je vends 45€. J’essaye d’avoir toute la gamme de prix dans mes créations.  Tiens, j’ai mon book ici.

Elle va chercher un livre dans le bazar de peintures et autres ustensiles plastiques qu’elle tend à Agnès.

 

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Crayon sur piano – Emilie Teillaud

 

 

Acte II, scène 1

Agnès consulte le book d’Emilie, un livre tout en longueur où l’on retrouve coussins, chaises, robes de mariées aux couleurs et aux formes arrondies du pinceau d’Emilie. Beaucoup de femmes à jambes molles notamment.

Agnès – Gaëlle, tu as une collection comme ça de tes œuvres ?

Gaëlle, toujours en train de pincer et décorder le piano – Non, pas du tout. Moi, je suis instit à mes heures perdues, avec les tout-petits. C’est génial, y’a vachement de liberté. Du coup, mes œuvres, je les fais comme ça pour le plaisir, et parfois je les offre à quelqu’un. C’est tout en fil de fer et en papier de soie. Quand tu enduis le papier de soie de vernis-colle, il prend cette teinte transparente et lumineuse. Et en fait, les photos que je t’ai données ont été faites par un ami qui adore la photo.

Agnès – Et toi Mickaël, t’as un book ?

Mickaël – ben non.

Emilie – Mais si, il est où ton book ?

Mickaël – Mais non j’en ai pas j’te dis !

Emilie – Bien sûr que si, le catalogue que tu as vendu aux clients là…

Mickaël – ah mais oui mais j’en ai plus. Et puis de toute façon j’ai un site !

Emilie – Ah ouai d’accord alors t’as un site donc les gens n’ont pas l’droit à un book !

Mickaël – ba… si tu regardes le piano, c’est un peu ce que je fais !

 

(Aparté : Mickaël et Emilie se sont rencontrés à une soirée barbecue d’un pote de basket pour Mickaël, d’un pote de pote pour Emilie. Emilie, à l’époque, était en fac de psycho et kinésiologie. Depuis, la création l’a dépassée. Entre temps, ils se sont séparés « il m’a largué. J’mettais pas assez d’glaçons dans son pastis » « ouai chuis chiant, avoua-t-il ». Et puis voilà, là ça fait 18 ans qu’ils sont ensemble. Maintenant, ils promènent leurs enfants dans une cariole le long des doux ruisseaux vaseux de la cité sainte qu’est Ars. Ils ont aussi essayé de se marier. Ils se sont vraiment mariés mais la fête de mariage était -comment dire – originale. La raconter semble avoir fonction catharsistique, ce qui est doublement intéressant. Et puis c’est drôle. Fin de l’aparté)

 

Acte II, scène 2

Entre des inconnus. A leur accent, on devine une sorte de germanité prononcée. Ils regardent un peu les pianos puis s’arrêtent devant une installation de jardinières-bouteilles en plastique.

Un touriste– Was machen Sie hier?

Agnès, dans un allemand approximatif – Wir machen eine FestiFal. Musik und Art. Und dir ?

Un touriste – Nous sommes en vacances.

Agnès– Ah mais vous parlez français ! Vous venez pour la première fois ?

Un touriste – Non, mon fils habite à St Auban d’Oze.

Un autre touriste – On vient de la Belgique.

Agnès –  ah des Belges germanophones !

Sur cette conversation profonde, les Belges germanophones en vacances, enthousiastes à cette vue rafraîchissante et rassurés sur le niveau d’allemand des Français qui sont pas plus nuls qu’eux dans la langue de Proust, Marc Levy, Molière, Houellebecq, choisissez celui qui vous convient – continuent leur balade parmi les pianos puis ressortent par où ils sont venus.

 

Acte II, scène 3

Après ces dernières scènes chargées en émotions, Agnès est allée faire un tour. Pendant ce temps-là, Marie-Sophie arrive. Quand Agnès rerentre, elle est en train de discuter avec Emilie. Gaëlle est toujours concentrée sur le fastidieux et méticuleux boulot de décordage ; elle ne s’arrête plus ! La conversation est prise au vol.

 

Emilie – Oui moi aussi ça a évolué. C’est difficile de s’arrêter parfois, j’aimais bien aussi les débuts de mon piano qui me faisaient presque penser à une BD d’Enki Bilal.

MSK– Oui, pas évident de s’arrêter au bon moment. Les idées évoluent.

Agnès, sautant sur l’occasion – Ah Marie-Sophie, toi c’est le piano qui t’as inspiré ce que tu as fait ?

MSK–  Moi j’avais beaucoup d’idées avant de commencer, je voulais de la légèreté.

Agnès, amusée – ah pour contraster avec le poids du piano !?

MSK, un peu confuse dans ses propos (c’est ça les artistes) – oui mais avant j’avais quelques souvenirs plutôt horribles de cours de piano étant petite. Et quand j’ai vu mon piano, mes idées ont complètement changées. Il y a pour moi cette idée de légèreté dans la musique que je voulais représenter.  Là j’ai ajouté du végétal, et ici (elle montre le bas du piano) ce sont donc les petits ouvriers du piano.  Et là en fait (elle montre le haut du piano), ce que j’ai fait ne me plaît plus : il me faut plus de courbes pour que ça soit plus léger ! Je veux adoucir le piano, l’arrondir.

Agnès – Ah oui, ce n’est pas ton support de prédilection il me semble ; d’habitude c’est plutôt le « tout végétal » non ?

MSK– Oui mais du coup, ça m’a fait réfléchir et poser des questions que je ne me serais pas posées autrement.

Agnès, en montrant la tête d’un des « ouvriers du piano » – et ça c’est quoi ?

MSK– ce sont des physalis – ou « amour en cage ».

Agnès– chouette nom, tu les as choisis à cause de ça ?

MSK– ah non, plutôt pour leur forme et leur texture.

Agnès – oui, c’est vrai que ça leur sied bien à ces petites créatures. (Elle fait un petit tour dans la cour. Les horloges, fixes, la regardent). Bon, moi j’m’arrache, on m’appelle ailleurs. Travaillez bien !

Agnès s’en va. Les quatre autres restent, leurs 4 paires de mains « pianotouillant » sec.

 

MSK
Marie-Sophie Koulischer, aérienne

 

Acte III, scène 1

Saut dans le temps : nuit, dans la voiture de Marie-Sophie descendant du Faï. A l’intérieur : Gaëlle, Marie-Sophie, Agnès et Léa. Un cubi de rouge traîne aux pieds de Léa, très élégante dans sa robe longue à rayures. Elle fait la moue : ça la gonfle d’être avec des gens qui parlent d’horaires et de trucs de festival. Gaëlle, Marie-Sophie et Agnès parlent justement du festival. On descend dans la nuit, nuit où la montagne ne dort pas encore : un lapin manque de se faire aplatir, un tracteur travaille encore, deux ploucs le long de la route, jouant avec leur lampe de poche, nous gueulent « ah on vous a fait peur ! » (en fait, non). On prend la conversation en route.

 

Agnès – Bon finalement, Emilie et Mickaël n’ont pas trop pris de risques par rapport à vous : vous, le piano ce n’est pas forcément votre support de travail…

Gaëlle – ah ouai, ben moi ça ne m’a pas dérangée (on sent le souvenir pesant de cette première année de piano triplée) !

MSK– Oh peut-être, mais justement ça fait poser des questions. Emilie et Mickaël ont leurs univers picturaux bien à eux…D’ailleurs j’étais étonnée quand j’ai vu les photos sur le site, je trouvais qu’il y avait beaucoup de similitudes entre eux deux : la même souplesse du trait, les mêmes coloris parfois.

Agnès – Ah c’est drôle, à part quelques éléments, je n’ai pas du tout observé ça. Emilie m’a juste fait remarquer qu’elle se sentait très proche de l’univers d’Elizabeth Brainos qui expose à Veynes, elle est apparemment assez connue.

MSK– Ah oui, effectivement ; c’est à la galerie G’M ! Bon ils m’ont dit les deux qu’ils ne travaillaient généralement pas ensemble, mais sur les pianos, ils se demandaient toujours leurs avis respectifs et ils utilisent aussi les mêmes outils, les mêmes stylos.

Agnès – ça ne marcherait pas avec Gaëlle ça ? Tu lui prêtes tes physalis, elle te prête la perceuse…

Léa, avec le mot de la fin philoso-nostalgique – Nek’bude šta bude. (« Que soit ce qui sera »).

Sur ces mots sages, nous débarquons car la voiture arrive à destination. Gaëlle et Léa descendent (avec le cubi de rouge), puis Agnès et enfin Marie-Sophie. Les conversations s’éteignent : c’est pas grave, on se verra demain.

 

FIN

Mais ça continue sur la galerie des pianos ici!

Et en exclusivité, petit bonus sur les techniques des plasticiens…