Elsa Gelly, Philippe Séranne: des mots et non des moindres

L’article est par ici !

Illustrations par les photos de Claude Mery et Nicolas Scarpellini ci-dessous!

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Métamorphoses du piano et mélodie du vin : vernissage

 

Deuxième évènement du festival d’arts et de chanson en lieux insolites, « les pianos transformés » ont su créer poésie et rencontres en ce vendredi 21 juillet dernier.

A FestiFaï, il est d’usage de se jouer du piano et de l’accorder en d’insolites harmonies : dans la cour de l’écomusée cheminot de Veynes, ce vendredi soir anormalement animée sous une pluie d’orage, une mélodie bien différente de celles des trains et des vieilles horloges ferroviaires fixées par le temps s’y élève. Notes de piano et bruit de bouteilles que l’on débouche ; le temps est à la fête, le temps est au vernissage des pianos métamorphosés !  Aux mains de quatre plasticiens professionnels et amateurs – Michaël Relave, Marie-Sophie Koulischer, Emilie Teillaud et Gaëlle de Feraudy, au terme d’une résidence d’environ 1 semaine, ont épousé ou décortiqué tables d’harmonies en de nouveaux accords sublimés tantôt « en convergence », tantôt « en contraste » par Philippe Rodriguez alias Vinomelody, caviste de Veynes. Lui-même plasticien de formation, la fibre esthétique qui l’anime se réveille alliée d’une pointe de spirituel à chacun de ses commentaires décapants. Dans un florilège d’adjectifs que Philippe Rodriguez anime comme s’il était partie prenante du piano, chacun se voit associer « un vin bio élevé en levure naturelle » aux noms de domaines inconnus des supermarchés et autres caves ordinaires. Du Viognier pour l’univers « chantant » et assoiffé de couleurs de Michaël, au rouge puissant évoquant épices et sécheresse de la garrigue pour le piano démantelé et sec de Gaëlle, en passant par les plus sensuels et enveloppés instruments d’Emilie et Marie-Sophie ; les visiteurs trinquent et se font leur propre idée, entamant de multiples « dialogues avec les œuvres d’art ». Véritable petite poésie de la rencontre, ces pianos sans le vouloir créent les liens : entre deux vins, Line Tafomat, chanteuse du festival, exprime sa joie par un « I’m feeling good » au piano d’Emilie, voix qui prend soudain toute la place dans le silence qui se fait autour d’elle. Deux très jeunes visiteuses venues aider Michaël Relave dans sa peinture se mettent elles aussi au clavier…  S’il ne faut qu’un piano et quelques accords pour rapprocher les gens, FestiFaï a trouvé le bon cru !

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Et pour finir sur une touche généreuse, un super-montage réalisé par Elisabeth Chedebois:

 

Vous en voulez plus? L’intégralité du tube de l’été « Avec ma grand-mère », c’est par ici!

 

 

 

 

Jouer de concert: quand deux festivals s’allient

Un partenariat réussi pour le Festival de Chaillol et le FestiFaï accueillis par la Ferme du Faï ce 20 juillet dernier pour un double plateau et un double plaisir.

On aurait plutôt l’habitude de voir les festivals se disputer le temps des potentiels spectateurs en cette période estivale.  Ce 20 juillet, ce fut l’inverse. La Ferme du Faï (commune du Saix), connue pour accueillir les chantiers de Village des Jeunes – association réunissant des jeunes de tous pays et cultures autour d’un projet commun concret-, a vu naître en son lieu et pour la première fois un double plateau Festival de Chaillol/FestiFaï.

Qu’on ne se leurre, pas cette collaboration provient à l’origine…d’un conflit de dates ! Les deux festivals souhaitaient organiser un concert au même lieu le même jour. Mais quelle belle rencontre que ce conflit a produite. D’un côté, le Faï représentant la marque de fabrique du FestiFaï, revenu après 3 ans d’absence à son berceau créé par Jean-Michel Pillone, directeur du la Ferme du Faï à l’époque, et Philippe Séranne ; de l’autre Chaillol, « conjuguant les joies de la découverte musicale à celles d’une joyeuse itinérance dans le vaste territoire alpin ». Côté organisation, ce dernier s’est chargé de la billetterie afin de faciliter l’entreprise déjà colossale.

Ainsi, rencontres des cultures liées pour un temps à ce qui semble son contraire – des identités culturelles marquées, la patte artistique de Chaillol ; la fête s’ouvre sur les ardents musiciens de Mazalda accompagnés de Sofiane Saidi, la voix du raï et Manu Théron, voix de l’occitan. Le raï se marie à l’occitan sans accroche et ondulent dans les corps ; ce n’est plus musique mais mouvement et les voix réveillent images enfouies de paysages imaginaires, invitent à la danse sous les sons aux limites de la trance.

Les Trompes du Faï, système sonore unique en son genre, se charge de la transition qui n’est pas des moindres, les accents de Sofiane Saidi répercutés en échos contre la falaise : de 10 musiciens, on passe à 4 – Elsa Gelly, Line Tafomat, Katrin’Waldteufel et Philippe Séranne accompagnés des 3 jeunes danseurs de la compagnie Chrysalide.  S’ensuit une toute autre exploration vocale, au doux mélange non pas raï mais plutôt railleur, tantôt mélancolique ou joyeux sur des chansons originales des chanteurs ou de reprises de classiques de la chanson. La fête fait place à l’intimité, aux harmonies soigneusement accordées, à la respiration du silence entre les voix et les corps. La musique s’achève, naturelle, dans la nuit qui a déjà pris les plus jeunes spectateurs, endormis dans les échos de la montagne.

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Philippe Séranne et la résidence

En plus d’être chanteur, Séranne est un inspirateur inspiré « en apesanteur ». Il suffit qu’il lance une idée – même la plus folle – pour que celle-ci voit le jour. Voyez un peu : il imagine une scène sur l’eau à la Ferme du Faï (Le Saix), quelques temps après, le festival naît de la construction de cette scène. H-F n’entrera donc pas pour l’instant dans les profondeurs de son univers mais évoquera ici son rôle de pilote de la création, qui fait aussi la spécificité de FestiFaï.

 

Cette année, le thème de la résidence est le temps. Pourquoi ce choix ; peux-tu un peu détailler ?

En fait, cette idée part d’un manque d’idées. A ce moment, j’étais sur ma tournée « Le Temps des gens » et Aline [conseillère artistique] a proposé que ce soit ce même thème.  Mais je voulais éviter que FestiFaï ne tourne qu’autour de Philippe Séranne, donc on a gardé « Le temps ».

Oui, et finalement ce thème est assez large…

Ce qui m’a plu avec le thème du temps, c’est également le rapport au train : le train a un rapport au temps assez compliqué. C’est réglé comme du papier à musique et ça passe son temps à être en retard. De surcroit, le temps c’est aussi le bon vieux temps, l’autrefois et ceci c’est un truc très fort dans le Veyn’art.

Y-a-t-il une dimension future aussi ?

Alors, dans le Temps des Gens, oui ! Mais ici, ce que j’ai proposé aux autres chanteuses c’est de travailler sur la notion de présent. D’où le titre de notre création « Chansons pour arrêter le temps ». L’idée est que la musique, la chanson, la poésie sont des moments qui permettent d’arrêter le cours du temps.

On a remarqué que le lieu avait une extrême importance dans le festival ainsi que dans ta propre pratique artistique. Le fait de le faire au Faï, de revenir sur ce lieu à l’origine de FestiFaï conserve-t-il toujours cette importance ?

Absolument ! FestiFaï ça vient du Faï ! Ça faisait 3 ans qu’on n’y était pas, quel pied d’y retourner ! Pour moi, c’est un lieu énergétique central. J’espère qu’il n’y aura pas d’orage ni de vent du Nord ce soir-là, j’espère qu’on va vivre un bon moment là-haut et que ce sera un renouveau pour le travail avec le Faï.

Votre création s’entoure cette année de danseurs. Est-ce pour créer un effet particulier ? En quoi cela peut-il s’allier à la chanson ?

Le Faï est un lieu pour moi très visuel, très graphique. Il y a bien sûr la scène sur l’eau, mais pour moi c’est l’ensemble qui est l’espace scénique. Pour des chanteurs c’est difficile d’investir le reste de l’espace car on est bloqués par nos micros, nos instruments ; finalement on est assez peu mobiles. Et la liberté des danseurs, c’est de pouvoir aller partout. J’ai envie qu’ils donnent vie à cet espace élargi.

 

Cela fait à présent 4 ans au moins que la formule « résidence-> création » constitue le principe-clé du festival. Est-ce qu’on travaille toujours pareil d’années en années ?

Ça fait plus que 4 ans, c’est en fait depuis le début car le festival est né de cette idée – rassembler différents artistes pendant un temps pour créer un spectacle. Il y a bien sûr des évolutions, je dirais qu’il y a eu 3 temps : les deux premières années où je m’étais contenté de mettre en tas des artistes et d’allumer le feu dessous me disant ça va cuire tout seul. Ça marche, mais par la suite, on a fait venir Xavier Lacouture pendant 2 ans où j’ai appris des techniques pour aller plus loin que mélanger des ingrédients et savoir construire un spectacle à partir d’univers très différents, grâce notamment à un thème mais aussi à une manière particulière de se préparer pour la résidence. Depuis que Xavier n’est plus là, je continue sur la lancée, parfois avec l’aide artistique d’un autre musicien comme en 2014 où j’avais confié les clés musicales à Mickaël Paquier [batteur], parfois avec moi-même pilotant le projet – ce qu’on fait ici pour la 2ième année. Ce qui est particulier cette année, c’est l’accent sur la voix : ce sont avant tout des voix que l’on va mélanger.

Donc tu as choisi tout d’abord des « voix » pour FestiFaï 2017 ?

Tout à fait.

 

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« On commence à voir se dessiner les limites de chacun et les tempéraments! » Line, résidence J2

 

Et le fait que cela soit uniquement des voix féminines ?

Peut-être parce que les filles chantent mieux ! Non ça c’est vraiment une connerie [rires]. Ceci dit, curieusement, il y a beaucoup de garçons qui font de la chanson en ayant très peu de vocal et chez les filles, bien souvent, la voix est plus investie et sont celles qui ouvrent des portes complètement nouvelles. Dans la chanson en particulier, on considère souvent que le texte est le plus important, pas la voix, et il y en a quand même beaucoup qui font l’impasse dessus. Et puis bon comme moi je n’aime pas les chanteurs qui ne chantent pas, j’ai tendance à inviter des gens qui ont quelque chose dans la voix! Enfin, c’est loin d’être le critère premier mais on a toujours eu plus de garçons que de filles donc si pour une fois on peut avoir plus de filles que de garçons, ce n’est pas plus mal !  La première dont j’étais sûr d’inviter était Elsa car il y a quelque chose au niveau de la voix que j’avais envie d’expérimenter. Assez vite, j’ai pensé à Line car Delphine Coutant m’en avait beaucoup parlé mais j’ai beaucoup hésité car elle n’arrive pas avec un univers d’auteur même en écrivant beaucoup, on est pas dans la chanson; mais tant mieux! Ca m’a fait hésiter par rapport à d’autres personnes, je voulais inviter Eric Toulis, un humoriste et c’est ça qui me manquait cette année, un « gros débile », un « déconneur », un personnage qui a un peu tendance à l’exagération quoi ! Et Katrin, c’est de la délation: Xavier Lacouture qui a travaillé sur la mise en scène de son spectacle et qui m’a dit « elle est super » ! J’avais déjà repéré quelque chose de très original en elle et comme en plus, j’adore le violoncelle, instrument dont elle joue hyper bien, ce sera notre 5ème voix.

Et toi, finalement,  quel est ton rapport au temps : en retard, en avance, pile à l’heure ?

Alors je dirais que j’ai un côté hyperactif et je suis toujours à la recherche de moments d’intensité. Par exemple, ce que je trouve génial dans une chanson, c’est que tu concentre en 3mn, 1000h de travail. J’adore tout ce qui concentre le temps, on voit ça beaucoup dans un film, ou même une œuvre d’art en général, partout où le talent s’exprime finalement. Une belle baraque, un bon plat… ; c’est de la concentration de temps et de talent !

 

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Prof et élève? Ca se saurait! Ci-dessus, expérimentation d’une partition pour trombones sans trombones (et des voix à la place!)