Vinomelody, accordeur d’harmonies

« Un bon spiritueux n’arrache jamais la gueule »

De la pièce de théâtre pour plasticiens en sages adages de caviste…. Il est en effet bien connu que ceux qui s’occupent des spiritueux planent aussi dans des sphères spirituelles. La preuve: qui donc fait la Chartreuse? Des moines. Et les bières d’abbaye, hein? Bref ici, Philippe Rodriguez alias Vinomelody, tout à fait versé dans le spiritueux et très spirituel- mais pas tout à fait comme un moine, nous a accordé une interviou presque normale, entre dégustation d’une bière fumée et d’un gin aux douces notes d’agrumes. De dégustations en digressions, voici l’intégralité de cette interviou.

 

Comment tu as accueilli l’idée d’associer un vin à un « piano transformé » ?

Assez favorablement dans le sens où dès qu’il y a un petit partenariat qui se propose avec des gens dans l’coin, ça me plaît bien.

En fait, ce n’est pas la première fois que tu fais cela, n’est-ce pas?  On t’avais déjà vu avec des chanteurs du festival en 2015 il me semble…

Oui c’est vrai. Et là, par exemple, j’ai un projet avec une chanteuse ibérique qui va se faire accompagner au piano, et à 3 nous devons monter un petit spectacle où elle, elle chante ses  morceaux et entre je présente des vins qui elle l’incite à chanter, qui moi m’incite à présenter un autre vin en une sorte de ping-pong comme ça.

Et à la fin d’un tel spectacle, on finit …

On finit contents ! Hyper contents ! [rires]

Et là ici le fait que ça soit des plasticiens, ça me remet aussi dans le bain, Ça converge avec ma reprise du crayon car, à la base, je suis diplômé des Beaux-Arts et j’ai été plasticien aussi. A un moment donné y’a plus rien qui sortait donc j’ai arrêté ce qui fait maintenant 15 ou 17 ans d’arrêt. Je me remets d’ailleurs en ce moment à faire des dessins qui se rapprochent de l’univers de l’art brut;  donc oui, ça m’a plu cette idée ! Surtout qu’à terme j’aimerais reprendre totalement cette activité pour lâcher celle-là. Enfin bon cette activité me fait plus vivre que l’autre ! [rires]

Oui, enfin d’après ton esthétique aperçue sur le site et quand je te parle, il me semble que choisir des vins est aussi entreprise artistique !

Ah bien sûr, tu ne trouveras pas ici ce qu’il y a au supermarché ou dans les chaines comme les Nicolas où les mecs sont obligés de prendre à la plateforme. Après il suffit que certains cavistes indépendants soient beaucoup plus commerçants. Moi je suis plus caviste que commerçant, je vais être beaucoup plus restrictif; mais déjà parce qu’on est dans le Buëch: il y a cette réalité économique et comme me dit un mec qui vient prendre du vin ici et qui est assez pointu en dégustation : « les meilleurs rapports qualité/prix je les ai toujours trouvés chez vous dans le sens où je comprends votre problématique où vous ne pouvez pas stocker énormément », parce que oui, ça coûte un bras le stock ! et encore un bras c’est gentil…

 

Payer des grands vins à 100/200/300€ une bouteille, c’est une pure connerie, aujourd’hui à 15€ t’as les mêmes vins. C’est ce que vont dire les vendeurs de luxe :  » nous on vend du rêve ». Non, « toi tu t’fout de la gueule du monde ». C’est ce que j’aime démontrer – pour les avoir goûté ces vins qui coûtent des bras.

 

Et alors pour revenir au sujet…

Donc oui, du coup j’étais content voilà ! [rires]

A quoi es- tu sensible dans le piano pour choisir un vin ?

Alors là il faut que j’y retourne ! J’y suis allé une fois, samedi dernier [2ième jour de résidence].

Ils t’ont déjà inspiré quelque chose ces pianos ?

Non pas vraiment. C’était presque un peu trop tôt et j’attendais en fait la quatrième personne [Gaëlle de Feraudy, arrivée un peu plus tard ] pour faire une composition équilibrée. Quand j’y suis allée samedi [14 juillet, 2ième jour de résidence artistique], j’avais l’impression que Marie-Sophie avait encore rien foutu – feignasse ! [rires] Avec les deux Lyonnais, c’était plus avancé, notamment avec Emilie.

Et du coup, que regardes-tu dans le piano, qu’est-ce qui attire ton œil avisé esthétiquement parlant ?

Ce qui va forcément être déterminant, c’est l’appropriation du piano car ce sont à peu près tous les mêmes, des pianos droits. Par exemple, j’ai vu que Emilie avait créé un univers un peu lyrique, un petit univers de fées.

Tu avais vu leur univers avant ?

Non, après c’est un problème de contagion. C’est comme quand tu dégustes avec des copains, t’es là, tu cherches une saveur, une odeur, quelque chose qui en fait est propre à tes sens, ton vécu, ton histoire et pi là y’en a un qui dit « : fraise ! ». Et toi: « ah, c’est ça j’y étais, merci parce que sinon je n’allais pas trouver ». Mais en fait non, tu avais quelque chose en tête et comme le cerveau est très feignant, il va chercher au plus facile : « ah ben tiens tu m’enlèves une épine du pied. Qu’est-ce qu’on goûte maintenant qu’on a trouvé la fraise ? »

Je ne voulais donc pas trop voir en amont ce qu’ils faisaient pour me débarrasser du « tout cuit » : « bon voilà celle-là elle a cet univers-là, ok », je voulais vraiment voir s’il y avait quelque chose de plus qui se passait avec l’interaction avec le piano, tous les 4 pour isoler cette proposition.

Ca marche aussi en dessin: tant que je n’ai pas emmagasiné un tas de choses personnelles, je ne me sens pas de repartir sur d’autres influences que j’avais avant, c’est-à-dire que je ne replonge pas encore dans les univers d’arts plastiques pour éviter un parasitage trop précoce. Je pense que toute reconstruction quelle qu’elle soit part de là, de toi. J’ai des potes qui hallucinent par exemple de voir comment on est comment on réseaute mais en même temps ce truc-là, ce bonheur, tu ne le trouve pas par terre. Tu peux être prêt à te tourner vers les autres si déjà tu as fait un chemin vers les autres et que tu es dispo, que t’es suffisamment solide pour aller vers les autres.

Ah, ça devient très philosophique! Y-a-t-il un autre critère dans le choix des vins que la pure esthétique?

Il y a aussi la question du coût à prendre en compte bien sûr, on va taper dans les 8-10€ la bouteille, y’a des choses très bien dans ces prix-là. Allez, j’vais pas m’faire chier, j’vais prendre un blanc, un rosé, un rouge.

Nan mais y sont 4 les plasticiens hé !

Alors euh blanc, rosé, un rouge, blanc …nan, blanc, rosé, un rouge euh …une bière ! Non, je plaisante,  si ça se trouve il y aura pas de blanc du tout. Je vais voir comment ça se présente!

 

Et « Vinomelody », ça vient d’où?

La mélodie du vin? Eh bien non: cette melody là provient de la célèbre chanson de Serge Gainsbourg. La seconde partie vient d’un personnage inventé « Nicomelody »; et tout de même…du vin!

 

Philippe Rodriguez est installé depuis 12 ans dans le Buëch et 3 ans dans sa boutique de la Place de la République à Veynes, qui ne contient les vins que d’amis et « de connaissances dans le pire des cas ». Il se souvient de marchés à Veynes, levé à 6h30 et revenu à 12h30 ayant vendu en tout et pour tout une bouteille de jus de fruit. Car oui, il vend aussi du jus de fruits – ou vendait car « personne ne vient acheter du jus de fruits chez le caviste » – du thé, et du café; les bonnes choses qui se dégustent, s’explorent, se développent au palais se colorant d’adjectifs en tous genres lorsqu’il les se met à les décrire.

 

 

 

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