La métamorphose en images

Métamorphose du piano de Michaël Relave

Métamorphose du piano d’Emilie Teillaud

 Métamorphose du piano de Marie-Sophie Koulischer

Métamorphose du piano de Gaëlle de Feraudy

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Voies littéraires: le train dans les bouquins

Le train est omniprésent dans la littérature – même actuelle, à l’heure où on lui préfère le covoiturage. Sur d’autres continents où le train est plus – ou moins – présent; jusqu’à s’en faire l’objet plus que le sujet:  « The evening train is a literary device » (« le train du soir est un outil littéraire ») décide David Berman dans un de ses poèmes.

Extraits de lectures faites…au gré de voyages en trains. Bon voyage!

Voyage à Steno

Dans le jour gris du petit matin, nous partons pour la gare. Je vais enfin savoir vers quel pays nous allons, car je n’ai encore rien compris aux explications vagues données hier, dans la salle à manger.

Voice la gare, dans un faubourg endormi. On dirait une station de tramway départemental. Les voies d’ailleurs n’ont qu’un mètre. Le train est là, devant la gare, formé de cinq ou six wagons, les portières ouvertes pour absorber les voyageurs éventuels, assez rares à cette heure très matinale.

Pendant ce temps, la machine se promène toute seule, sur des voies de garage verdoyantes où elle semble paître, pour se donner des forces. Les compartiments reçoivent la lumière et la fumée par une unique fenêtre très étroite, à chaque portière. Ces antiques véhicules me rappellent bien assez les vieux wagons de troisième classe de la Compagnie du Midi, où j’ai roulé pendant mon enfance, sur la ligne de Perpignan.

On sonne une cloche pour appeler les voyageurs retardataires. Le chef de gare jette un dernier coup d’œil sur la rue déserte. Il joue de la trompette. Le chef de train siffle. Alors, la machine répond sur un ton grave, disparaît dans une apothéose de vapeur, et le train démarre. Il circule d’abord familièrement dans les rues du Pirée. Les amis se saluent ; des femmes jettent des paquets au mécanicien qui fait aussi les commissions, puis c’est enfin la campagne, et le train se lance à vingt kilomètres à l’heure.

Un véritable enchantement que ce trajet du Pirée à Athènes, le matin, au lever du soleil, à travers des vergers de grenadiers,  d’orangers, de citronniers et, partout, des roses, des buissons, des haies, des forêts de roses. Au loin, l’Acropole, sur sa montagne toute dorée par le soleil, et d’autres ruines mettent sur ces campagnes la puissante poésie des souvenirs.

Brusquement tout disparaît, quand le train s’engouffre dans la hall de la gare d’Athènes, puant le poisson, le coaltar et la fumée.

Trente minutes à contempler cette œuvre de civilisation, ce progrès, et le petit train repart.

La ligne s’infléchit tout de suite à l’ouest, au flanc de ces montagnes bleues et roses, aperçues hier de la mer, roches grises et bleuâtres émergeant du tapis mordoré des cistes. Cà et là des maisons isolées, de style grec, colorées en jaune pâle ou en rose tendre, aux toits plats en tuiles à canaux, au milieu d’enclos d’oliviers et de vignes. De grands cyprès sombres se détachent, très droits, dans l’air limpide, comme les impassibles habitants d’un monde où tout vibre en lumière.

Puis ce sont des pins aux troncs rouges qui embaument l’air de senteur de résine, et la mer, derrière nous, s’étale toujours plus vaste à mesure que nous montons.

AU haut du col, brusquement, le golfe d’Athènes se découvre tout entier, entouré de chaînes de montagnes élevées. La mer est si bleue qu’elle semble avoir des reflets violets, par opposition à l’ocre des côtes.

La ligne par instants surplombe la mer et, à travers le cristal de ses eaux pures, on voit le détail des fonds, les rochers, les forêts d’algues roses, s’enfoncer vers les abîmes bleus, à mesure que le regard s’éloigne de la plage.

[…]

Notre petit train est express. Depuis deux heures, nous roulons sans arrêt, à ving-cinq kilomètres à l’heure, dans ce féerique décor, brûlant les rares stations solitaires qui desservent de petits villages aux toits vieil or, accrochés tout là-haut, au flanc de la montagne, comme si notre passage avait mis leurs maisons en fuite, tel un troupeau peureux.

[…]

Nous arrivons à la gare de Corinthe. […] Puis, c’est de nouveau la montagne. […]

Les gares sont rares en ce pays désert et les bourgades qu’elles desservent sont très loin dans la montagne. Des sentiers rocailleux tiennent lieu de route et, seuls, les mules et les ânes y peuvent circuler.

Pendant les arrêts, on boit du vin blanc sec parfumé à la résine, le « crachi retzina », qui se paie un sou le verre et qui est fort bon quand on a vaincu la répugnance pour son arôme résineux et amer.

Le train dévale maintenant en une course folle vers Argos et Myli, au fond du golfe de Nauplie où jadis vivait Agamemnon. Ce n’est plus qu’une jolie vallée large et fertile où paissent, dans une herbe grasse, de lents troupeaux de bœufs.

Le golfe s’ouvre, vaste, vers le grand large, sur la mer libre, et je pense aux nefs des temps héroïques partant pour la guerre de Troie. Mais toutes ces images sont filles de mon esprit, car plus rien maintenant, ici, ne parle du passé…A-t-il même existé ? […]

Un brusque contour, et voilà devant nous les hauts-plateaux couverts de verdoyantes cultures, dominés au loin par la masse d’une chaîne de montagnes neigeuses, toutes roses dans le soleil qui baisse.

Nous sommes arrivés. Nous descendons à Steno, petite gare à huit kilomètres avant Tripoli. 

Henry de Monfreid

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Les levers de soleil sont un accompagnement des longs voyages en chemin de fer, comme les œufs durs, les journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s’évertuent sans avancer. A un moment où je dénombrais les pensées qui avaient rempli mon esprit pendant les minutes précédentes, pour me rendre compte si je venais ou non de dormir (et où l’incertitude même qui me faisait poser la question était en train de me fournir une réponse affirmative), dans le carreau de la fenêtre, au-dessus d’un petit bois noir, je vis des nuages échancrés dont le doux duvet était un rose fixé, mort, qui ne changera plus, comme celui qui teint les plumes de l’aile qui l’a assimilé ou le pastel sur lequel l’a déposé la fantaisie du peintre. Mais je sentais qu’au contraire cette couleur n’était ni inertie ni caprice, mais nécessité et vie. Bientôt s’amoncelèrent derrière elle des réserves de lumière. Elle s’aviva, le ciel devint d’un incarnat que je tâchais en collant mes yeux à la vitre, de mieux voir car je le sentais en rapport avec l’existence profonde de la nature, mais la ligne du chemin de fer ayant changé de direction, le train tourna, la scène matinale fut remplacée dans le cadre de la fenêtre par un village nocturne aux toits bleus de clair de lune, avec un lavoir encrassé de la nacre opaline de la nuit, sous un ciel semé encore de toutes ses étoiles, et je me désolais d’avoir perdu ma bande de ciel rose quand je l’aperçus de nouveau, mais rouge cette fois, dans la fenêtre d’en face qu’elle abandonna à un deuxième coude de voie ferrée ; si bien que je passais mon temps à courir d’une fenêtre à l’autre pour rapprocher, pour rentoiler les fragments intermittents et opposites de mon beau matin écarlate et versatile et en avoir une vue totale et un tableau continu.

Le paysage devint accidenté, abrupt, le train s’arrêta à une petite gare entre deux montagnes. On ne voyait au fond de la gorge, au bord du torrent, qu’une maison de garde enfoncée dans l’eau qui coulait au ras des fenêtres.  Si un être peut être le produit d’un sol dont on goûte en lui le charme particulier, plus encore que la paysanne que j’avais tant désiré voir apparaître quand j’errais seul du côté de Méséglise, dans les bois de Roussainville, ce devait être la grande fille que je vis sortir de cette maison et, sur le sentier qu’illuminait obliquement le soleil levant, venir vers la gare en portant une jarre de lait. Dans la vallée à qui ces hauteurs cachaient le reste du monde, elle ne devait voir personne que dans ces trains qui ne s’arrêtaient qu’un instant. Elle longea les wagons, offrant du café au lait à quelques voyageurs réveillés. Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel.

Marcel Proust

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Debout à la portière, le préfet salua de la main. […] Il ne songeait pas au retour. Il relut encore une fois, dans son indicateur, les noms de toutes les stations : « Changer à Oderberg ! » se répéta-t-il. Il compara les heures de départ et d’arrivée indiquées avec les heures réelles, et sa montre avec toutes les horloges des gares devant lesquelles son train passait. Toute irrégularité le réjouissait, lui rafraîchissait même étrangement le cœur. A Oderberg, il laissa passer un train. Jetant des regards curieux de tous les côtés, il traversa les voies, les salles d’attente, fit même un petit bout de chemin sur la longue route qui mène à la ville. Revenu à la gare, il fit comme s’il s’était mis en retard sans le vouloir et dit expressément à l’employé :

– J’ai manqué mon train !

Il fut déçu que l’employé ne manifestât pas de surprise. Il dut changer encore une fois à Cracovie. Il y trouva de l’agrément. S’il n’avait pas annoncé son arrivée à Charles-Joseph et s’il n’y avait eu deux trains par jour pour « ce dangereux trou », il aurait volontiers fait un nouvel arrêt pour observer le monde.

Joseph Roth

Katrin Waldteufel alias Cellowoman

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Fan de Wonderwoman quand elle était petite et de son aïeul alsacien, grand compositeur pour soirées dansantes, Catherine ou Katrin’ est devenue par une métamorphose incongrue – Cellowoman, une femme à cordes aux pouvoirs de voix décuplés (au moins par deux) qui ne dort pas avec son violoncelle mais « à côté ». A l’écoute de son album sorti en février dernier, c’est tout à fait bluffant : les deux s’en mêlent mais ne font qu’un (HF en est déboussolé) ! Sinon, elle aime les fleurs dans les cheveux et la couleur rose-rouge, et elle a l’air très sérieuse et très sage comme ça mais vraiment, ne vous fiez pas aux apparences : elle vous déménage un Café du Peuple entier à son énergie vocale trépidante !

 [une autre interviou faite au vol avant une résidence]

 

Bonjour Katrin, Tu te nommes également Cellowoman. Pourquoi ce nom aux consonances mystérieuses ?

Mon nom d’artiste, quand j’ai commencé, c’est Katrin’ pour faire plus court que l’orthographe ordinaire et j’ai gardé mon nom de famille qui est illustre grâce à un aïeul compositeur avec un nom qui est magnifique et dont je suis très fière mais à part en Alsace et en Allemagne c’est toujours compliqué pour le prononcer, les gens bloquent sur le « waldtttt » et du coup en entendant les gens prononcer mon nom avec une certaine difficulté, je me suis dit « pourquoi pas trouver un truc plus simple qui parlerait aussi directement de mon univers ! Cello c’est en effet l’abréviation, le terme générique qui vient de l’italien pour tout violoncelliste du monde entier. C’est pour raconter ce qu’il se passe sur scène : il y a du cello, il y a une femme ; cello-femme ça sonnait moins bien que cellowoman et en plus il se trouve que c’est quand même mes initiales C.W, Catherine Waldteufel. Et là les gens le retiennent et arrivent à le prononcer normalement, du coup ça me va.

 

Cellowoman, ça fait aussi super-héros ! Cellowoman a-t-elle des super-pouvoirs ?

Exactement. En fait, c’est un peu le contre-pied du super-héros : y’a Pretty Woman, Wonder Woman et il y a Cello Woman. Je pense que les héros modernes n’ont rien à voir avec les héros qu’on nous montre dans les livres et les films, c’est-à-dire que je propose vraiment ce que je suis, le plus authentiquement possible : je montre que je ne suis pas la plus forte ni la meilleure mais qu’il y a un peu de bonheur par là et finalement les gens se sentent rejoints dans ce qu’il y a d’imparfait car nous sommes tous les mêmes dans cette imperfection. C’est ce qui nous lie tous. Et ce n’est pas grave ! Le monde nous montre ce modèle de perfection et effectivement, ça fait rêver, on a besoin de rêve mais à un moment donné, il faut aussi voir l’autre côté.

 

Mais justement une Cello Woman, c’est original, ça appelle au rêve !

Eh bien Cellowoman s’appelle aussi Cellowoman parce qu’il ya Mr Cello. C’est de l’ordre de l’onirique. Et sa vie sur scène, c’est avec Mr Cello.

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A chanson qui rocke, Katrin rocke!

Et comment se passe cette vie de couple ?

Alors il y a Cellowoman sur scène et Catherine dans la vie, c’est du 2 en 1 comme l’exprime le titre de mon album. On peut être double : il y a un peu de cello en moi et Mr Cello a un peu de Cellowoman en lui. Je suis femme et violoncelliste, la femme violoncelle et sur scène, effectivement, nous sommes inséparables. Ca peut ressembler à une vie de couple mais le jour où les violoncelles parleront, les poules auront des dents ! On est dans un univers onirique et poétique, c’est ce côté entre la vie très quotidienne et la vie fantastique qu’on s’invente.

 

On dit que le violoncelle est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix. C’est donc peut-être toi, qui le fait « parler » …

C’est vrai qu’à un moment donné, sur la formule que je vais présenter au Festifaï, le but est que l’on ne distingue pas qui chante et qui joue. Ce n’est pas la seule que je fais sur scène mais ici c’est ce que je veux, mêler les deux. Dans l’album, il y a ces deux formules : la première « solo » que je viens de décrire, « deux en une » et une formule « duo », plus large, travaillée avec un multi-instrumentiste, qui donne un son plus large et où je lâche parfois mon violoncelle. C’est le CD blanc de l’album. Et finalement cet album montre bien mon côté duel, de mon travail, de mon univers, de ma personnalité et de ce que je présente sur scène.

 

Enfin, en regardant ton affiche et en t’ayant vue pendant la résidence, on sent un grain de folie percer derrière une apparence de sériosité !

[rires] Exactement, ce qui transparaît sur scène ne se voit pas forcément dans la vie mais je pense que beaucoup d’artistes ont ça en eux, pas vraiment un côté schizophrène mais pour s’exprimer d’une façon plus fantaisiste, il faut un cadre, et c’est ce que donne la scène, un espace-temps cadré. Donc oui, la Cellowoman est toujours là en moi, mais elle s’exprime à des moments particuliers.

 

Elsa Gelly, la femme à voix nue

 

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Elsa et Katrin en résidence

 

Elsa Gelly est une grande détourneuse de chansons (françaises) ! Elle a commencé par le saxophone classique – « je ne sais pas quelle idée m’avait prise » dit-elle à ce sujet –. Pour s’en libérer et aller plus loin, elle a préféré chanter. Bien lui en a pris ! Depuis c’est a capella qu’elle a chanté et jazzé dans plusieurs ensembles, et depuis peu, seule. Chose curieuse mais courante : quand elle chante, elle n’a pas l’accent du Sud. Et pourtant, elle vient de Montpellier.  Sinon elle aime aussi le chocolat, mais son vrai besoin, c’est chanter…au second degré!

 [une interviou réalisée rien que pour vous un croissant entre les dents et les pieds sur le départ de la résidence!]

La première chose que j’ai pu apercevoir de toi est ton affiche avec cette image très sensuelle ainsi que le titre de ton spectacle « La Femme à voix nue ». En quel sens te mets-tu à nu ou te déshabilles-tu sur scène ?

Je ne me déshabille pas sur scène, qu’on soit bien clair [rires] ! La première raison, c’est que je suis a cappella, il n’y a pas d’accompagnement. Ensuite, l’histoire de mon spectacle c’est un peu ça : comment certaines situations font qu’on doit se dévêtir petit à petit de « couches » qui nous montrent finalement tels que l’on est vraiment. Dans ce spectacle, je suis arrivée avec une liste de chanson que j’avais rassemblées et il a fallu chercher avec mon metteur en scène Michèle Guigon comment relier ces chansons pour pouvoir trouver un sens et les habiter. Et puis j’aime beaucoup les histoires de transformation de nous-même, qui on est, cette quête de soi ; à travers les chansons je parle de ça. Ces chansons ne sont que des reprises, je m’en sers donc comme des outils pour dire quelque chose sur moi et la nature humaine, c’est tout un parcours qui va à l’essentiel de ce que l’on est.

 

Tu interprètes mais tu n’écris pas de chansons. Est-ce un choix ? As-tu déjà pensé à écrire tes propres chansons ?

J’y ai pensé mais j’ai l’impression que c’est un tout autre métier. C’est devenu un choix ; ceci dit il y a sûrement une partie de moi qui n’ose pas le faire, tout en me disant qu’être interprète, c’est AUSSI un vrai travail de recherche et de pratique.

 

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L’interprétation de chansons « d’autres », c’est le boulot de la résidence et pas des moindres!

 

Quelles sont les chansons que tu préfères interpréter, as-tu un titre ou un auteur particulier ?

Non pas vraiment. Il y a un auteur que j’aime beaucoup, c’est Nougaro. J’aime aussi beaucoup détourner. Par exemple dans le spectacle, là, j’ai une chanson de Johnny [Hallyday !], au départ c’est pas forcément ma tasse de thé mais j’aime bien les transformer avec le second degré, c’est quelque chose que j’aime beaucoup et d’ailleurs ça te permet de découvrir des textes qui sont certes assez simples dans l’écriture mais qui ne sont pas si nazes au final !

 

En effet, j’ai remarqué à l’écoute de certaines de tes chansons que l’humour y est très présent. Est-ce un ingrédient essentiel pour toi, pour une bonne chanson ?

Oui, absolument, j’ai besoin de ça. Hier, on parlait de Leprest sur lequel on a fait un spectacle avec Katrin Waldteufel ; pour moi c’est hyper dur de chanter Leprest car c’est trop premier degré, ça m’étouffe. Ça ne m’empêche pas d’être aussi touchée mais c’est très important pour moi d’avoir un décalage, de l’humour pour faire passer tout ça.

 

Et pour finir: as-tu déjà chanté sur un quai de gare ?

Eh bien…non ! J’ai hâte de voir quelle ambiance cela va créer. Je ne doute pas de l’effet, je trouve que c’est un bel endroit pour chanter !

Line Tafomat, la voix dans tous ses états

 

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Pas évident de transcrire une rencontre avec Line, qui mêle à la parole beatbox, percus et chant ! Chez elle la voix, c’est le corps, nourri de yoga la tête en bas et…de chocolat. Il n’y a pas de note, il y a le mouvement au-devant de la pensée, le ressenti d’une pulsation et les voix des autres, celles à explorer. Inspirée des circle songs de Bobby Mc Ferrin, formée à la technique du chanteur moderne d’Allan Wright mais se baladant dans ses rêves d’une nuit aux côtés de Serge Gainsbourg, Line à la voix enveloppante de contre-alto nous fait groover grave !

[HF s’excuse d’avance pour la retranscription aléatoire des onomatopées, s’adresser à l’intéressée pour les sons originaux !]

 

On t’a aperçue au FestiFaï en 2014 aux côtés de Delphine Coutant ; aujourd’hui tu reviens en solo pour l’édition 2017. Qu’est-ce qui t’as fait revenir au FestiFaï ?

Eh bien parce qu’on me l’a proposé ! J’ai vraiment apprécié la découverte de ce festival il y a 3 ans, son ambiance, son atmosphère ; je trouvais qu’il y avait une jolie musicalité mêlée d’une jolie humanité… Et du coup quand on m’a proposé, j’ai dit « oui » !

 

Sur le programme, on peut lire « concert participatif » et « concert récréatif » pour ton spectacle du 22 juillet. Qu’est-ce donc ? Y-a-t-il une subtile différence entre ces deux notions ?

Alors, un concert participatif, c’est un concert auquel on participe…- en fait des fois, je pense qu’il ne faut pas aller chercher très loin [rires], et un concert « récréatif », a priori, c’est un concert où on s’amuse…L’idée étant de cocréer avec l’artiste, où moi-même j’amène de la matière vocale, de la matière percussive et que cette matière s’exprime dans toute une marge qui va aller du solo absolu à la chorale dans laquelle les gens deviennent « spect-acteurs ». Ceci vient du fait que je suis artiste-chanteuse ET artiste-pédagogue et j’aime vraiment, sincèrement, les deux. Dans ma pratique artistique, je me sers donc du public comme une chorale et c’est fou tout ce qu’on peut lui faire faire [rires] ! C’est en fait assez impressionnant de voir ce qu’on est capable d’impulser et ce que les gens sont capables de sortir alors qu’on ne s’y attendait pas. Et puis il y a souvent, je trouve, des moments suspendus où les gens font « lalala » [chante tout bas] et toi tu les relances tu fais « LALALA » [chante très fort] et tu reçois toujours un « lalala » [tout bas] mais tu commences à voir arriver des sourires…Et au fur et à mesure, tu vois la tête des gens qui commencent à faire ça, à se regarder les uns les autres et à se dire « waou c’est nous qui faisons ça!».

 

Et ça prend toujours facilement ?

Ça dépend vachement des publics et moments. Des fois toi-même tu lances des trucs en mode diesel et donc tu es content que les gens le soient aussi, des fois tu es en mode « trois, quatre tsshh ! » et des fois tu donnes toute ton énergie et ce que tu récoltes, c’est tout petit petit. Ca fait partie des inconnus du processus. Mais en faisant pas mal d’ateliers pédagogiques et d’ateliers polyphoniques, j’accumule des expériences, et le concert participatif-récréatif vient mêler tout cela. Généralement, les gens viennent me voir à la fin et me dire « mais pourquoi c’est trop court ?! »

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« Concert participatif », on entend cet adjectif un peu partout aujourd’hui : est-ce que cette démarche vient s’inscrire dans la tendance du « co-  tel qu’on peut le trouver dans les transports, la nourriture et ces autres initiatives d’aujourd’hui ?

Ça peut ! Ça a du sens en tous cas car c’est l’idée de faire ensemble et faire avec ce qu’on a. Tu viens avec ton corps et avec ton corps tu peux faire – poumtchak – pleins de choses. C’est aussi l’idée d’exprimer la créativité que chacun porte en soi et qu’on ose peu montrer. On est quelques-uns auto-proclamés artistes, mais c’est présent chez tout le monde, et faire sortir cela joue sur l’estime de soi, le partage avec les autres. Alors oui, effectivement on peut dire que c’est bio, écolo…local ! Ou plutôt local international : c’est ce qui est génial avec cette formule, tu vas partout.

 

Et quelles sont tes influences dans ton apport de matière vocale et percussive ?

Je cherche dans toute cette famille-là qui est musique corporelle. La musique organique, de base, elle est universelle. Ensuite, musicalement, je suis influencée par les bonnes musiques du monde entier. J’ai un goût particulier pour les musiques panafricaines – bon ça veut rien dire mais afro-américain, afro-caribéen, afro-réunionnais, afro-africain…. L’identité musicale africaine ne se limite pas à l’histoire de l’esclavage. On a une vision assez réductrice de cette identité.

 

Et du coup, comment se passe la coopération artistique avec les 3 autres pour l’instant ?

On s’est rencontrés plusieurs fois par Skype avant cette résidence. Je suis curieuse de rencontrer les filles en chair et en os car je ne les connais pas du tout: je ne suis pas dans le milieu chanson, je suis dans le milieu vocal.

 

Avec ton ensemble vocal, faites-vous également de la chanson française ?

Dans notre ensemble, ce n’est pas moi qui chante, c’est elles! Mais c’est en général plutôt groove et polyphonies: on a fait par exemple un chant occitan du XVIème siècle, du gospel, Stevie Wonder… Je dois être la pièce outsider du FestiFaï!

 

Dans la résidence, chaque artiste apporte ses chansons, et toi ?

Oui, moi aussi. Ah, tu entends quoi par chanson française ? Parce que c’est large, si ce sont des chansons en français alors oui.   Là où je me retrouve aussi pas mal, ce sont dans les textes ; c’est d’ailleurs là où on s’est retrouvées avec Delphine Coutant, ce même amour des mots, de la poésie…et finalement, pas vraiment de la musique.

 

Quel est ton parcours pour en arriver à musicienne-pédagogue ?

Quand j’étais enfant j’ai joué du saxophone, puis à 19-20 ans j’ai commencé le chant et là j’me suis dit « vazy j’continue ! ». J’ai donc poursuivi à l’envie et à la motivation car il y avait « là où j’étais » et « là où je voulais aller » et il existait comme une petite distance entre les deux  donc j’ai commencé à prendre des cours de technique vocale. J’ai notamment réalisé une formation de deux ans avec Allan Wright et sa technique du chanteur moderne ; j’adore son approche très cartésienne du chant et sa conception mouvante de cette technique qu’il ne souhaite pas figer en une « méthode ».

 

Et la discussion continua, continua, continua…jusqu’à ce que Line change la parole pour le piano!

~The End~

 

 

Philippe Séranne et la résidence

En plus d’être chanteur, Séranne est un inspirateur inspiré « en apesanteur ». Il suffit qu’il lance une idée – même la plus folle – pour que celle-ci voit le jour. Voyez un peu : il imagine une scène sur l’eau à la Ferme du Faï (Le Saix), quelques temps après, le festival naît de la construction de cette scène. H-F n’entrera donc pas pour l’instant dans les profondeurs de son univers mais évoquera ici son rôle de pilote de la création, qui fait aussi la spécificité de FestiFaï.

 

Cette année, le thème de la résidence est le temps. Pourquoi ce choix ; peux-tu un peu détailler ?

En fait, cette idée part d’un manque d’idées. A ce moment, j’étais sur ma tournée « Le Temps des gens » et Aline [conseillère artistique] a proposé que ce soit ce même thème.  Mais je voulais éviter que FestiFaï ne tourne qu’autour de Philippe Séranne, donc on a gardé « Le temps ».

Oui, et finalement ce thème est assez large…

Ce qui m’a plu avec le thème du temps, c’est également le rapport au train : le train a un rapport au temps assez compliqué. C’est réglé comme du papier à musique et ça passe son temps à être en retard. De surcroit, le temps c’est aussi le bon vieux temps, l’autrefois et ceci c’est un truc très fort dans le Veyn’art.

Y-a-t-il une dimension future aussi ?

Alors, dans le Temps des Gens, oui ! Mais ici, ce que j’ai proposé aux autres chanteuses c’est de travailler sur la notion de présent. D’où le titre de notre création « Chansons pour arrêter le temps ». L’idée est que la musique, la chanson, la poésie sont des moments qui permettent d’arrêter le cours du temps.

On a remarqué que le lieu avait une extrême importance dans le festival ainsi que dans ta propre pratique artistique. Le fait de le faire au Faï, de revenir sur ce lieu à l’origine de FestiFaï conserve-t-il toujours cette importance ?

Absolument ! FestiFaï ça vient du Faï ! Ça faisait 3 ans qu’on n’y était pas, quel pied d’y retourner ! Pour moi, c’est un lieu énergétique central. J’espère qu’il n’y aura pas d’orage ni de vent du Nord ce soir-là, j’espère qu’on va vivre un bon moment là-haut et que ce sera un renouveau pour le travail avec le Faï.

Votre création s’entoure cette année de danseurs. Est-ce pour créer un effet particulier ? En quoi cela peut-il s’allier à la chanson ?

Le Faï est un lieu pour moi très visuel, très graphique. Il y a bien sûr la scène sur l’eau, mais pour moi c’est l’ensemble qui est l’espace scénique. Pour des chanteurs c’est difficile d’investir le reste de l’espace car on est bloqués par nos micros, nos instruments ; finalement on est assez peu mobiles. Et la liberté des danseurs, c’est de pouvoir aller partout. J’ai envie qu’ils donnent vie à cet espace élargi.

 

Cela fait à présent 4 ans au moins que la formule « résidence-> création » constitue le principe-clé du festival. Est-ce qu’on travaille toujours pareil d’années en années ?

Ça fait plus que 4 ans, c’est en fait depuis le début car le festival est né de cette idée – rassembler différents artistes pendant un temps pour créer un spectacle. Il y a bien sûr des évolutions, je dirais qu’il y a eu 3 temps : les deux premières années où je m’étais contenté de mettre en tas des artistes et d’allumer le feu dessous me disant ça va cuire tout seul. Ça marche, mais par la suite, on a fait venir Xavier Lacouture pendant 2 ans où j’ai appris des techniques pour aller plus loin que mélanger des ingrédients et savoir construire un spectacle à partir d’univers très différents, grâce notamment à un thème mais aussi à une manière particulière de se préparer pour la résidence. Depuis que Xavier n’est plus là, je continue sur la lancée, parfois avec l’aide artistique d’un autre musicien comme en 2014 où j’avais confié les clés musicales à Mickaël Paquier [batteur], parfois avec moi-même pilotant le projet – ce qu’on fait ici pour la 2ième année. Ce qui est particulier cette année, c’est l’accent sur la voix : ce sont avant tout des voix que l’on va mélanger.

Donc tu as choisi tout d’abord des « voix » pour FestiFaï 2017 ?

Tout à fait.

 

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« On commence à voir se dessiner les limites de chacun et les tempéraments! » Line, résidence J2

 

Et le fait que cela soit uniquement des voix féminines ?

Peut-être parce que les filles chantent mieux ! Non ça c’est vraiment une connerie [rires]. Ceci dit, curieusement, il y a beaucoup de garçons qui font de la chanson en ayant très peu de vocal et chez les filles, bien souvent, la voix est plus investie et sont celles qui ouvrent des portes complètement nouvelles. Dans la chanson en particulier, on considère souvent que le texte est le plus important, pas la voix, et il y en a quand même beaucoup qui font l’impasse dessus. Et puis bon comme moi je n’aime pas les chanteurs qui ne chantent pas, j’ai tendance à inviter des gens qui ont quelque chose dans la voix! Enfin, c’est loin d’être le critère premier mais on a toujours eu plus de garçons que de filles donc si pour une fois on peut avoir plus de filles que de garçons, ce n’est pas plus mal !  La première dont j’étais sûr d’inviter était Elsa car il y a quelque chose au niveau de la voix que j’avais envie d’expérimenter. Assez vite, j’ai pensé à Line car Delphine Coutant m’en avait beaucoup parlé mais j’ai beaucoup hésité car elle n’arrive pas avec un univers d’auteur même en écrivant beaucoup, on est pas dans la chanson; mais tant mieux! Ca m’a fait hésiter par rapport à d’autres personnes, je voulais inviter Eric Toulis, un humoriste et c’est ça qui me manquait cette année, un « gros débile », un « déconneur », un personnage qui a un peu tendance à l’exagération quoi ! Et Katrin, c’est de la délation: Xavier Lacouture qui a travaillé sur la mise en scène de son spectacle et qui m’a dit « elle est super » ! J’avais déjà repéré quelque chose de très original en elle et comme en plus, j’adore le violoncelle, instrument dont elle joue hyper bien, ce sera notre 5ème voix.

Et toi, finalement,  quel est ton rapport au temps : en retard, en avance, pile à l’heure ?

Alors je dirais que j’ai un côté hyperactif et je suis toujours à la recherche de moments d’intensité. Par exemple, ce que je trouve génial dans une chanson, c’est que tu concentre en 3mn, 1000h de travail. J’adore tout ce qui concentre le temps, on voit ça beaucoup dans un film, ou même une œuvre d’art en général, partout où le talent s’exprime finalement. Une belle baraque, un bon plat… ; c’est de la concentration de temps et de talent !

 

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Prof et élève? Ca se saurait! Ci-dessus, expérimentation d’une partition pour trombones sans trombones (et des voix à la place!)