Considérations ferroviaires – épisode 2

Samedi dernier, le Veyn’art faisait le concert prévu en gare de Sisteron…en gare de Veynes ! Et oui, petit incident technique (et probablement amour inconditionnel des Hautes-Alpes) ! Qui s’occupe de le réparer ? Le Veyn’art, est-ce la SNCF ? Enquête dans les méandres d’une coopération à quatre voix (encore !). En voici ici deux!

 

Julien, président de l’ATTCV – Association du train touristique centre-var, et très actif pour le Veyn’art nous donne un petit aperçu du métier de conducteur, de la mise en place du Veyn’art, et de bien d’autres choses encore…

Que fais-tu Julien ?

Je conduis pour l’association mais dans la « vraie vie » je travaille à la SNCF, je gère les TER. J’y gère tous les trains qui tournent en opérationnel dans la région, en ce qui concerne la journée du conducteur ; par exemple si un train est très en retard peut-être que le conducteur qui était censé finir à Briançon va se retrouver à Gap. Il va donc falloir lui trouver un hôtel ou un taxi. Je vais aussi gérer le matériel par exemple, s’il y a une avarie sur le matos en cours de route. On va appliquer des procédures et c’est moi qui vais gérer pour acheminer le matériel vers le centre de maintenance pour être réparé et rerouler derrière.

Depuis quelques temps, les trains ne sont plus très souvent à l’heure, n’est-ce pas de plus en plus difficile de gérer le tout ?

Sur la région, on a beaucoup de circulation, on a des retards qui sont liés à la fois à des problèmes de réseau qui est en train d’être rénové un peu partout et il  y a aussi des problématiques sur le matériel au sens où on a beaucoup de matériel différent.

Et pour le Veyn’art, quelle fonction as-tu ?

Pour le Veyn’art, je suis président de l’association qui préserve le matériel. Le matériel est confié par la SNCF à l’association et on a été sollicités par la Communauté de Communes pour faire circuler un train touristique sur l’étoile de Veynes. Nous mettons donc à disposition l’autorail, le préposé à la conduite et l’accompagnement et toute la maintenance qu’il y a derrière bien sûr. On est un train SNCF et on roule avec un cadre de la SNCF qui vient nous piloter sur les lignes. On connaît l’engin moteur mais on ne connaît pas l’infrastructure. Donc on vient nous dire à quelle vitesse on doit rouler, etc…

Et l’ATTCV là-dedans ?

L’association est maintenant basée à Carnoules, dans le Var et maintenant que c’est la 4ième année que le Veyn’art roule, on est en train de réfléchir à ce qu’elle soit à la fois varoise et haut-alpine pour que le Veyn’art puisse continuer à circuler et à se développer un petit peu.

Et pour préciser un peu, l’ATTCV exploite une ligne de chemin de fer entre Carnoules et Brignoles et qui fait 21km, fermée au trafic SNCF. C’est une ligne qui ne sert plus depuis plus de 30 ans et nous y faisons par exemple des circulations historiques.

 

Quand on vous a proposé le projet du Veyn’art, avez-vous accepté tout de suite ?

Oui, et on a porté toute la partie technique ferroviaire du projet du Veyn’art.

Comment avez-vous mené ce projet ? Quelles ont été les étapes ?

On fait tout d’abord une demande de circulation ; notre engin est déjà autorisé à circuler et on fait cette demande tôt dans l’année pour que la SNCF puisse vérifier que l’autorail puisse bien rouler et que tout ce qu’il faut faire soit fait pour qu’on roule en sécurité et qu’on ait des horaires car il faut s’intercaler entre les TER sans les gêner.  Il ne faut pas qu’il vienne perturber ces autres trains.

Etait-ce tâche aisée ?

Non, faire rouler un train aujourd’hui, c’est devenu compliqué. A la fois pour des problèmes de sécurité mais aussi d’organisation puisque quand on roule par exemple sur la ligne entre Aix et Veynes, entre les trains, il y a des plages travaux pour faire la maintenance de la voie et pour que le Veyn’art puisse passer, il faut demander à la SNCF si elle peut décaler les travaux pour laisser passer le Veyn’art. Ce sont des choses qu’on ne voit pas forcément mais il y a des opérations de maintenance assez fréquentes où des tournées sont effectuées à pied.

 

Le 13 juillet, on a pu voir une action « Grand Train Ta Marre » contre la fermeture de la ligne. Penses-tu que ce train touristique ou ce genre d’actions permettrait de conserver le train ?

Je pense qu’un train touristique sur la ligne Veynes-Grenoble montre que la ligne au-delà du transport quotidien pour le travail – cette dimension touristique – peut contribuer au développement de la ligne. Après c’est vrai que derrière, ce sont aux élus de choisir ce qu’ils souhaitent pour l’intérêt général. Parce que la voie ferrée, c’est comme la route, ça a un coût et on ne peut pas se permettre de faire rouler un train sur une voie ferrée qui est mal entretenue ou sur laquelle il peut y avoir un risque de sécurité mais encore une fois,  c’est aux élus de choisir ce qu’ils souhaitent pour la région, dans l’intérêt régional et général.

 

P1000869
en gare…
IMG_0740
Les techniciens ferroviaires nous aident à décharger l’piano!
IMG_0811
à la conduite du train et à l’écoute du concert!
IMG_0832
membres de la CCBD en voyage

 

On a ensuite interrogé Franck Gatounes, conducteur de trains depuis plus de 30 ans. Partant à la retraite dans 2 mois, il nous a fait une petite rétrospective ferroviaire. Cela fait maintenant 18 ans qu’il conduit sur l’étoile de Veynes (axe Grenoble, Briançon, Marseille) après avoir commencé en région parisienne. Sa ligne préférée est la ligne Veynes-Grenoble au travers du Trièves. Lorsque je l’appelle, il est en vacances, et pourtant le « clacclac » du train sur les rails se fait toujours entendre…

Est-ce que tu pourrais nous décrire un peu ton métier ?

Comment dire…C’est une bonne question ça ! C’est-à-dire que la conduite d’un train n’a rien à voir avec la conduite d’une automobile : quand on conduit une auto, on conduit par rapport à ce que l’on voit devant nous alors que quand on conduit un train, on conduit suivant différents types de situations qui peuvent arriver, on conduit par rapport à ce qui pourrait arriver ! Pendant la formation qui dure 18 mois, on nous apprend presque toutes les situations qu’on pourrait rencontrer. Pour la simple et unique raison que lorsqu’on est dans un TGV qui roule à 300km/h, il lui faut 3km pour s’arrêter, or nous n’avons pas la vision à 3km ! Même dans un TER, même en freinage d’urgence avec le matériel le plus moderne qui soit, quand on a freiné en 500m, c’est magnifique ! Et 500m, s’il y a une courbe, on ne voit pas du tout où on va s’arrêter.

 

As-tu également participé à la mise en place du Veyn’art ?

Oui, je suis aussi élu à Veynes ainsi qu’à la Communauté de Communes. Les autres années, il m’est arrivé aussi de conduire sur le Veyn’art en plus d’être acteur du projet.

 

Avez-vous rencontré des difficultés dans cette mise en place ?

Alors oui, c’est compliqué dans le sens où il faut s’intercaler avec tout le système de la SNCF. Par exemple, pour obtenir le droit de circulation au mois de juillet, il faut qu’on la commande au mois d’octobre- novembre. Il faut toujours prendre énormément d’avance avec la grosse grosse machine de la SNCF. Nous n’y sommes qu’un grain de sable, même en étant au premier plan en tant que conducteur.

 

On dit que la SNCF va mal en ce moment, le train devient extrêmement cher et plus très pratique…

Ce n’est pas qu’une question de coût, c’est aussi une question de fiabilité, c’est-à-dire que ce sont les régions qui commandent les trains et heures de circulation et c’est la SNCF qui doit mettre en place un plan de transport, mais la SNCF de son côté espace énormément les visites de maintenance des engins, ce qui fait qu’on a beaucoup de pannes; et ce pour pouvoir réduire les coûts, tout simplement. On trouve la même chose sur l’entretien des voies, c’est-à-dire qu’elles sont entretenues mais de plus en plus sporadiquement. Résultat, on a beaucoup d’accidents. En ce moment il y a beaucoup de travaux sur les lignes de l’étoile, mais c’est parce que l’entretien a été négligé pendant longtemps et il devient extrêmement nécessaire de les réparer. Après il existe deux solutions,  soit on répare, soit on diminue la vitesse.

 

Penses-tu alors que le Veyn’art pourrait apporter quelque chose de positif dans la politique du train ?

Oui dans le sens où il amène sur le réseau ferroviaire d’autres voyageurs qui n’ont pas l’habitude de prendre le train et je trouve cela très intéressant: quelqu’un qui vient passer un moment convivial entre un spectacle et une découverte du paysage, ce n’est pas forcément quelqu’un qui prend le train obligatoirement. On amène donc une autre population sur le réseau ferroviaire.

Un meilleur/pire moment sur la voie ?

Les pires, ça paraît logique, ce sont les accidents de personne. Les meilleurs, c’est quand on a l’occasion de conduire un train particulier, tel qu’un train de marchandise qui fait 750m de long, c’est la longueur maximale. Le Veyn’art aussi est original, dans le sens où c’est un autorail des années 50-60. Ensuite au niveau de la conduite, c’est ordinaire, mais au moins il n’y a pas du tout d’assistance technologique comme on le trouve dans les nouveaux trains. C’est bien aussi de savoir conduire sans ces aides!

***

 

 

 

 

 

Publicités

Nathalie Tison, en équilibre très stable entre lard et cochon

 

Bonjour Nathalie, es-tu Nathalie ? Comme on t’as vu apparaître sous divers personnages, je vérifie !

Oui, c’est moi ! C’est vrai que je me dédouble !

Alors puisque je parle à l’originel, pourrais-tu nous expliquer un peu la genèse de ces personnages que tu incarnes ?

J’aime beaucoup le théâtre de l’invisible, c’est-à-dire un théâtre où les gens ne savent pas si c’est du vrai ou du faux, ce n’est pas annoncé comme « du théâtre » et du coup être parmi la population et jouer des choses un tout petit peu décalé mais pas trop, quelque chose qui reste réaliste , c’est ça que j’aime bien. Et là c’est vrai que les personnages que j’ai créés ont été pensés pour le train et d’années en années je les affine, il y en a d’autres qui arrivent, je les essaye et de jour en jour, je les enrichis ou les transforme.

Moi, je fais plutôt du théâtre de rue: j’aime beaucoup cette forme où l’on est parmi la population avec quelque chose d’hyper démocratique dans le sens où les gens n’ont pas forcément payé leur place mais assistent à quelque chose d’incongru à un moment donné, et le théâtre de l’invisible, ça va encore plus loin. Ce n’est pas annoncé comme étant du théâtre, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de place pour cela et que ça peut se dérouler dans n’importe quel endroit de la vie; les gens ne savent pas si c’est du lard ou du cochon et j’adore jouer là-dessus. Après, la particularité du Veynart, c’est que les gens à partir du moment où j’ai joué un personnage, ils me reconnaissent donc ils jouent le jeu mais ne sont plus dupes. C’est pour ça que j’aime bien faire des petites escapades dans les gares parce que j’y ai un public plus frais qui se fait prendre au piège.

IMG_0830

Y-a-t-il un de tes personnages pour lequel tu aurais une préférence ?

En fait, je suis toujours en découverte et en recherche et j’essaye vraiment de rester dans le moment présent, c’est-à-dire de ne pas prévoir trop ce qui va se passer à l’avance car ce sont les gens qui vont me donner du jeu et les situations qui sont différentes donc pour moi, c’est rester ouverte à tout ce qui peut se passer. Après, hier, à un moment j’étais morte de rire car avec ma touriste voyageuse avec sa tente quechua gonflable – c’est un nouveau personnage que je teste cette année – il y a trois personnes qui n’avaient jamais monté une tente de leur vie, ils s’y sont mis pour m’aider et je les laissé  se débrouiller mais ils y arrivaient pas du tout et là j’ai vraiment eu du mal à me retenir de rire, c’était poilant ! Donc voilà, il y a des belles surprises. J’aime bien tous les personnages mais ça dépend plutôt des situations, de ce que me renvoient les gens.

 

 

Le best-off des moments magiques dans le Veyn’art

y’a eu le premier jour [le 13 juillet] quand on est allé à Embrun, le train était bien plein et tout le monde attendait la femme de ménage et ça créé des hurlements dans le train, des trucs complètement improbables. On s’est arrêtés à Gap ou à Embrun et là y’a tout le monde qui est sorti plus le personnel de la gare et j’ai demandé à un gars sur le quai de m’aider à nettoyer les vitres et là j’étais dans ses bras. J’aime bien me mettre en difficulté…S’il y a une difficulté je vais y aller pour créer l’accident et j’aime bien ces moments là qui sont très courts et imprévisibles.

 

Le 15 juillet, au retour de Grenoble, j’ai sorti la tête de Nénette par la fenêtre et je faisais coucou aux voyageurs sur la nationale. Comme la route est au même niveau que la voie ferrée, qu’il y a plein de passages à niveaux et qu’on roulait à 50km/h, on allait tout doucement et je pouvais leur faire coucou. C’était juste énorme parce que toutes les voitures klaxonnaient, c’était le feu sur la nationale ! C’est des moments que tu ne peux pas prévoir !

Et Nénette, c’est qui ???

Normalement, c’est un duo : y’a Mario et Nénette. Mario est resté à la maison. En fait ce sont des marionnettes que m’a cédé une compagnie et que nous avons repris avec ma compagnie Liquidation Totale, ce sont des personnages de rue, complétement en impro avec les gens et là je teste Nénette en solo donc ça me demande d’avoir pour partenaires de jeu le public, je dois aller chercher les gens beaucoup plus qu’en duo (qui est un spectacle de la compagnie).

Mais en fait, Nathalie, tu n’as pas fait toute ta vie du théâtre ?

Ca doit faire 10 ans que je fais du théâtre. C’est vrai que j’ai commencé par les Beaux-Arts donc j’étais plus dans l’art plastique bien que mon travail a toujours été un travail d’installation avec une scénographie et une participation du public où ce dernier était toujours impliqué dans l’œuvre pouvant la faire changer, l’influer. Il y avait déjà une forme de théâtralité. Et en plus, j’ai toujours joué avec ma voix et mon image, soit en me prenant en photo et en me mettant dans des mises en scène, soit avec des enregistrements de voix. Il y a toujours eu un rapport au jeu de ce que tu donnes de ton intimité et comment tu joues avec le faux/vrai donc quand j’ai découvert le théâtre, je m’en suis sentie super proche et le pas n’ a pas été compliqué à franchir finalement. Maintenant je peux en vivre donc je suis très contente!

IMG_0836

T’arrives-tu de te changer en un de tes personnages dans ta vie quotidienne ?

Tous les personnages que je joue – c’est un peu le cas pour tous les comédiens – c’est une petite partie de moi que j’ai développé, que j’ai poussé à outrance. Donc ils font tous partie de moi quelque part …mais après y’a pas de confusion hein ! C’est pas un dédoublement de personnalité ! Ca me fait rire, ça m’amuse !

La croqueuse du Veyn’art: portrait

La croqueuse du Veyn’art : portrait à 9h23, le samedi 15 juillet

A l’ombre sur un banc, elle dessine pendant que voyageurs débarquent et embarquent. Elle s’en fout un peu du train. Ce qui l’intéresse, ce sont les paysages, les personnages. Une situation ou une scène, « une tranche de vie » qu’elle croque pour le plaisir. Ce n’est pas son métier, quoique l’on pourrait dire que ça l’est puisqu’elle fait cela « pour se changer les idées depuis qu’elle est à la retraite ». Depuis sa retraite de l’informatique où elle peignait tous les soirs pour équilibrer sa vie, elle voyage en carnets. On pourrait dire « elle visite » car ce n’est jamais très loin qu’elle bourlingue : Hautes-Alpes, Italie…à côté tout ça ! Mais c’est ceci, le vrai voyage : « il y a tellement à découvrir que ça suffit ! ».  Son mari gravitant autour, complète avec enthousiasme ses propos, peu prolixes, qu’elle réserve à la couleur et au tracé : « c’est aussi rendre hommage à tous ces hommes, ces ouvriers de ces lignes de chemins de fer ! Cela permet de comprendre un peu ces gens, de comprendre le boulot qu’ils ont réalisé : les tunnels, les voies dans des régions montagneuses… Son ton accuse les lignes qu’elle vient de tracer : « et voir que beaucoup en a été détruit ou est en train de se détruire, c’est dommage, c’est presque une insulte à tous ces travailleurs !». C’est lui qui aura le mot de la fin puisque Mireille, elle, esquisse : finalement, « le train c’est serein » !

~~~

Mireille Gullo a commencé à dessiner avec le Veyn’art en 2015. Depuis, on en redemande et elle revient donc.

Elle-même et son mari Jean-Claude participent à la Journée Mondiale du Croquis, elle aux images, lui aux mots. Ils organisent également des projets en partenariat avec la ville de Gap – et les enfants de la ville  – pour les journées du patrimoine.

Leur site : http://instantscroquis.blogspot.fr/

 

IMG_0785

Considérations ferroviaires – épisode 1

 

IMG_3267
Laurie et David dans leur tenue quotidienne d’agents du patrimoine à la CCBD

 

 

« On ne sait pas ce qui nous attend sur les rails ! »

Si vous lisez ces mots, c’est que vous êtes sûrement assis sur les redoutables sièges en sky de la jolie et âgée micheline vanille-fraise plus connue sous le nom de « Veyn’art » ou en passe de le faire! Vous pensiez avoir réservé votre voyage, planifié vos activités, gouguelisé votre destination, minuté votre départ et votre arrivée ; bref, vous pensiez savoir où vous mettiez les pieds : dans un train.

Mais le Veyn’art n’est pas un train comme les autres, d’ailleurs à la connaissance de Laurie, nouvelle agente du patrimoine à la Communauté de Communes d’ici, « il n’en existe pas d’autres » !

Laurie et David, petits nouveaux de la CCBD sur le versant culture et communication remplacent Martine, grande manitoute de ce projet que vous avez sûrement aperçue si vous avez pris le Veyn’art les années précédentes.  Je les débusque dans leur bureau jouxtant l’écomusée ferroviaire, entre TGV magazine, maquettes de train en toutes les matières et casquettes de contrôleurs. Tous les deux historiens de formation, ce n’est pas du tout le train qui les a emballés mais plutôt la curiosité, qualité essentielle au métier. Et quelques autres détails… « Ça m’a rappelé ma région [St Etienne] où on a eu la première ligne de train industrielle », ajoute Laurie ; quant à David, « attaché à la vallée du Buëch et à son histoire, c’est plutôt « le côté multipartenaires » et « des gens avec la banane ! » qui l’a séduit. Tous séduits qu’ils sont, il y a eu quelques défis à relever dont l’adaptation à une nouvelle équipe et le manque de temps (4 mois pour préparer). Mais tout de même, « c’est génial d’avoir ce train qui révèle vraiment différents horizons pour faire découvrir une région d’un point de vue totalement nouveau dans une alliance des 4 : historique, artistique, gustatif et même sportif…On vous avait dit : tout est imprévu !

 

Mais que dire de la pérennisation d’un tarin touristique quand les trains ordinaires disparaissent des petites lignes?

D ‘après le documentaire « SNCF, quand le service public déraille » (disponible sur Youtube), le réseau ferroviaire français a été divisé par 2 en 80 ans, passant de 60000km à 30000km de voies. Alain Gardon, membre et fédérateur du « Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes » créé en novembre dernier et dont vous venez d’assister à une action ce 13 juillet 2017, donne son point de vue sur un sujet dont nous ne parlons plus guère tant il est devenu commun: une énième grève à la SNCF? Un énième retard? Des billets hors de prix? Faites du covoiturage! Alain explique donc ici en propos toujours mesurés, en quel sens le train peut avoir une utilité aujourd’hui et pour quelles raisons il s’avère nécessaire dans un avenir proche; notamment dans une région où Veynes, gare de « petites lignes », se situe au cœur d’axes très importants (Valence, Grenoble, Marseille, Briançon).

Pour revenir en quelque sorte à l’origine, pour quelles raisons défendez-vous le train ?

Là on parle maintenant de convictions, les chiffres existent mais ils sont toujours discutables. Ceux que l’on donne nous, comme ceux que donnent les autorités. Alors je vais prendre une image : à l’époque de mes parents, il y avait des trams qui desservaient tous les environs d’une ville ; par exemple à Grenoble, on desservait aussi le Vercors en tram. Puis la mode de la voiture est arrivée et on a détruit tous les trams. Jusqu’à ce que 50 ans après on s’aperçoive que c’est en fait une grosse connerie écologique ainsi que de circulation, de confort, de desserte, etc. On a donc reconstruit des trams. A titre personnel, j’ai la conviction que l’on est en train de faire exactement la même connerie avec les petites lignes de trains. On est en train de dire « ça coûte trop cher », en trichant sur plein de choses , car autant faut-il être auto-critique avec sa propre opinion des choses, autant il y a des choses qui m’apparaissent assez certaines dans la stratégie SNCF. Quand on veut se débarrasser d’une ligne, on commence par ne pas faire les travaux et diminuer les contrôleurs, donc ça dysfonctionne, les gens ne la prennent plus et à la fin c’est en effet facile de dire « mais vous voyez bien, personne ne la prend plus ! ». Ce phénomène est pour moi une certitude. Je pense donc que toutes ces petites lignes qu’on laisse pourrir parce qu’on ne fait pas les travaux nécessaires vont être supprimées. Dans un certain nombre d’années, on s’apercevra que les routes sont surchargées et qu’écologiquement, on court à la catastrophe. Je prends moi-même très peu le train car j’ai encore un pied-à-terre en Belledonne, inaccessible sauf par la voiture. Ce qui fait que concrètement je suis un mauvais défenseur du train car je prends très peu le train ! Malgré cela, je crois que c’est une erreur à long terme de supprimer les petites lignes. Je rajouterai une raison un peu « égoïste » : le car dans nos régions de montagne, ce n’est pas tout à fait la même chose que le car en région de plaine ! Mal de cœur, sécurité – surtout l’hiver : un car sera toujours bloqué avec la neige. A l’époque où la SNCF était sérieuse, on n’aurait jamais vu un train bloqué par la neige.

 

Pensez-vous alors qu’un train artistique tel que le Veyn’art pourrait apporter un point positif à cette politique ?

Je ne sais pas quelle est ma part d’optimisme là-dedans, mais oui, je pense que oui. Car le Veyn’art installe du plaisir de prendre le train même si cela est un train particulier, un train historique… ça peut redonner l’idée de prendre le train, d’autant plus qu’il passe ici par des lignes très belles et les voyageurs peuvent donc redécouvrir que c’est plus confortable qu’en voiture avec en plus le plaisir des yeux : on ne sort pas de livre, on regarde le paysage !

 

Voyez-vous d’autres solutions envisageables pour un avoir un impact sur cette politique?

Ca, c’est peut-être notre boulot principal ; on repère par exemple tous les dysfonctionnements des lignes afin d’avoir des chiffres, ce qui est un outil fort pour éviter la langue de bois des Comités de lignes…Mais rien n’est gagné.

 

 

En savoir plus sur le train haut-alpin:

*La voix ferrée des Alpes, journal dont le 2ième n° vient de paraître (parution aléatoire)

*Collectif de l’étoile ferroviaire de Veynes sur Facebook.